Le président syrien, Ahmad el-Chareh (g.), serrant la main du gouverneur de Riyad, prince Fayçal ben Bandar Ben Abdelaziz al-Saoud, à Riyad, le 6 octobre 2026. Photo Saud Press Agency/Handout via REUTERS
La Syrie examine avec prudence la possibilité d’apporter une assistance militaire à son allié majeur, l’Arabie saoudite, qui fait face à une escalade de la guerre contre les houthis soutenus par l’Iran au Yémen, selon un responsable américain et un officier militaire syrien informés du dossier, contactés par Reuters.
Parmi les options envisagées, la Syrie envisage une aide défensive visant à protéger le royaume contre les attaques, ou le déploiement de forces dans une capacité offensive pour aider les troupes gouvernementales yéménites, soutenues par l’Arabie saoudite, à combattre les houthis, ont indiqué ces sources. Le responsable américain a précisé que Riyad avait demandé à Damas de déployer des forces pour combattre les rebelles yéménites.
En réaction à ces informations, le ministère de l'Information a indiqué que si Damas soutient fermement l’Arabie saoudite face aux attaques, « la politique de la Syrie dans la région repose sur la stabilité, la paix et la coopération, et non sur l’ouverture de nouveaux fronts. » Les priorités du gouvernement sont centrées sur des enjeux internes, notamment la reconstruction après la guerre civile, selon le texte. « Si l’Arabie saoudite devait solliciter une coopération militaire ou un échange d’expertises, cela se ferait exclusivement par les canaux officiels et dans le cadre des accords bilatéraux régissant les relations entre nos deux pays frères », est-il ajouté. De son côté, le conseiller médiatique de la présidence syrienne, Ahmad Mouaffaq Zeidan, a écrit sur X que toute demande du royaume wahhabite d'envoyer des forces syriennes en Arabie saoudite ou au Yémen est « mensonger et sans fondement ».
Le bureau des médias du gouvernement saoudien et le ministre de l’Information du Yémen n’ont pas répondu aux demandes de commentaire.
L’Arabie saoudite sollicite de l’aide de toutes parts, des États-Unis à l’Europe en passant par le Moyen-Orient, tant pour un appui défensif qu’offensif dans une guerre relancée contre le mouvement rebelle, après des semaines d’attaques de missiles et de drones houthis contre le royaume. La guerre est menée au sol par un patchwork de forces gouvernementales yéménites appuyées par l’aviation saoudienne. Ces troupes ont effectué des avancées limitées depuis le lancement de la campagne lundi.
Le président syrien Ahmad el-Chareh s’est rendu à Riyad mardi, où il a rencontré le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane. Lors de cette réunion, il a évoqué, entre autres, une éventuelle assistance militaire syrienne au royaume, selon le responsable américain. Des images diffusées par les médias d’État syriens ont montré qu’il avait été raccompagné jusqu’à son avion par le ministre saoudien de la Défense, Khalid ben Salmane, frère du prince héritier, qui supervise le dossier yéménite.
Tensions avec les voisins de la Syrie ?
Des combattants syriens issus de groupes d’opposition ayant lutté contre l’ancien dirigeant Bachar el-Assad durant la guerre civile ont ces dernières années été recrutés comme mercenaires dans d’autres conflits, notamment dans le conflit interne libyen ou la guerre russo-ukrainienne. Mais pour Damas, tout déploiement potentiel comporte des risques. Les milices ayant constitué, pendant la guerre civile, l’opposition armée au régime Assad, sont désormais sous l’autorité du nouvel État syrien naissant, qui a adopté une politique de neutralité et évite de s'impliquer dans les conflits. Damas a ainsi refusé toute implication dans la guerre contre l'Iran, afin de se concentrer sur la reconstruction après quatorze ans de guerre civile.
L’État tente encore en outre d'unifier son armée à partir de groupes issus de l’ancienne coalition rebelle qui avait renversé Bachar el-Assad, le 8 décembre 2024, laquelle incluait de nombreux combattants islamistes sunnites radicaux et étrangers. Le nouveau régime cherche également à contenir les tensions avec les minorités, dont les Alaouites, branche du chiisme à laquelle appartient le clan Assad.
Un conflit entre l'armée syrienne et les houthis, eux aussi adeptes d’une branche du chiisme, pourrait avoir des connotations religieuses clivantes que l'Etat syrien et ses partenaires occidentaux souhaitent éviter, selon le responsable américain. C’est pour cette raison que la Syrie aurait précédemment refusé une demande américaine d’aider à combattre le Hezbollah au Liban. Une implication dans un affrontement contre les houthis soutenus par l’Iran pourrait également être considérée comme un acte hostile par l’Iran et ses alliés comme le Hezbollah au Liban et des milices en Irak, avec lesquels les anciens rebelles devenus dirigeants syriens ont un passé conflictuel. Le parti chiite libanais a combattu pendant des années en Syrie, aux côtés des forces du régime déchu.
Démontrer le soutien de Damas à Riyad
Dans le même temps, M. Chareh tient à afficher le soutien de son pays à l’Arabie saoudite et à MBS, qui a joué un rôle déterminant pour aider l'ancien chef jihadiste à acquérir une légitimité internationale, notamment en facilitant une rencontre en mai 2025 entre le nouveau dirigeant syrien et le président américain Donald Trump. L’Arabie saoudite a également apporté une aide financière à la Syrie, et un geste de soutien de la part de cette dernière pourrait conduire à une augmentation de cette aide, selon le responsable américain.
« Une Syrie nouvelle envoyant un nombre très restreint de personnels de défense dans les lieux les plus saints du monde musulman, accompagnés d’un appui technique pour neutraliser les drones entrants, serait un symbole extrêmement positif », estime H.A. Hellyer, chercheur associé principal au Royal United Services Institute de Londres. « Mais toute implication au-delà, notamment des troupes syriennes au sol, serait une toute autre affaire, et je pense que Damas éviterait cette option, compte tenu des priorités à traiter en Syrie », a-t-il ajouté.
Cet article est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'une dépêche en anglais de l'agence Reuters.
