Au Liban, le surréalisme semble être devenu un mode de vie. On n’hésite pas à recourir à l’humour, au sarcasme et à l’ironie dans les pires circonstances qu’on peut traverser. On cherche à se protéger, à rendre l’insupportable plus « tolérable ». C’est peut-être un moyen d’éviter la dépression collective qui nous menace.
On tourne tout en dérision, les coupures d’électricité, la dévaluation de notre monnaie, les drones qui survolent nos régions, la noirceur de la classe politique, etc.
Cet humour crée une sorte de cohésion entre les citoyens, qu’ils soient chrétiens, sunnites, druzes ou chiites. Il s’agit là de problèmes que tout ce monde doit gérer, et d’en rire les rend plus légers à supporter.
La vie donc au Liban tient de la schizophrénie pure !
On voit les gens continuer à vivre comme si tout allait bien, ils gèrent l’inévitable au quotidien, inventent chaque jour des solutions pour combler leurs besoins fondamentaux. Ils discutent entre eux de mille choses qui n’ont pas d’importance par les temps qu’ils traversent. La couleur des rideaux, le thème d’un mariage ou d’une demande en mariage, ils vont en boîte, organisent des dîners, des festivals, investissent dans l’ouverture de nouveaux restaurants malgré une crise financière des plus dures. Ils n’hésitent pas à faire une multitude de projets sous le bourdonnement continu des drones au-dessus de leurs têtes. Ils veulent vivre normalement dans un pays où tout risque de s’effondrer du jour au lendemain.
Et si tout à coup le rideau tombait sur la scène ? Si le spectacle, où les acteurs sont exténués et les spectateurs résignés, prenait fin ?
Supporter, feindre que tout va bien, être le roseau qui plie mais ne rompt pas, faire de l’humour une arme de défense passive contre la peur, est-ce suffisant ? Est-ce qu’on ne devient pas ainsi involontairement complice, offrant un sursis à une classe politique trop contente de nous voir encaisser tous les coups ?
Cette résilience, cet humour dont nous sommes si fiers ne seraient-ils pas nos pires ennemis, et ce déni de tout ce qui arrive nous protégera-t-il du naufrage ? Allons-nous assister en silence à notre propre agonie ?
Rolla AOUN
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