Le Premier ministre libanais Nawaf Salam s’exprime lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies, au siège de l’ONU à New York, le 25 septembre 2026. Photo Leonardo MUNOZ / AFP
« Personne ne parle au nom du Liban » : alors que le pays reste pris entre l’occupation israélienne, le bras de fer autour du monopole des armes et l’incertitude sur l’après-Finul, le Premier ministre Nawaf Salam a défendu vendredi devant l’Assemblée générale de l’ONU sa vision d’un État pleinement souverain, capable de conduire les réformes nécessaires au redressement du pays. Une prise de parole conforme à ses prises de positions ces deux derniers jours, au cours de ses entretiens avec le président syrien Ahmad el-Chareh, et iranien Massoud Pezeshkian. Retrait israélien, monopole des armes, présence internationale au Liban-Sud, réformes et question palestinienne : L’Orient-Le Jour revient sur les principaux thèmes et les phrases fortes de son discours.
Pour Nawaf Salam, les décisions relatives à la guerre et à la paix doivent relever exclusivement des institutions de l’État. « Personne ne parle au nom du Liban et personne ne négocie en son nom, si ce n’est l’État libanais, à travers ses institutions constitutionnelles », a-t-il martelé à l'heure où l'Iran et ses alliés locaux préfèrent que la résolution du dossier libanais soit au menu des négociations entre Washington et Téhéran. « Il est vrai que le Liban est affecté par les développements qui l’entourent. Mais cela ne signifie pas que nous acceptons qu’il redevienne une arène pour les conflits des autres ou une monnaie d’échange brûlante entre leurs mains. L’avenir du Liban ne sera pas décidé à sa place, et sa sécurité et sa stabilité ne peuvent devenir le prix de règlements conclus en son absence », a-t-il également dit.
Il a dans le même temps reconnu la responsabilité du Liban dans le renforcement de l’autorité de l’État et la mise en œuvre des réformes, tout en appelant la communauté internationale à assumer la sienne. « Nous assumons notre responsabilité en matière de réformes et d’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble de notre territoire, a déclaré M. Salam. Mais nous sommes en droit de demander à la communauté internationale d’assumer, elle aussi, sa responsabilité : garantir le respect de la souveraineté du Liban et la mise en œuvre des résolutions de la légalité internationale. »
« Retrait israélien de l’ensemble du territoire libanais »
Sur le front Sud, le Premier ministre a réaffirmé les principales exigences de son gouvernement. « Nous voulons que la guerre prenne fin. Nous voulons que le cessez-le-feu soit consolidé. Nous voulons qu’Israël se retire de l’ensemble du territoire libanais jusqu’à nos frontières internationalement reconnues, conformément à la ligne d’armistice de 1949, telle que confirmée par la résolution 1701 », a-t-il affirmé.
Nawaf Salam a également demandé « la libération de tous les détenus », ainsi que le retour des habitants dans leurs villages et leurs villes et la reconstruction des zones détruites par la guerre. Il a lié ces objectifs à la question de la souveraineté, affirmant que celle-ci « est indivisible » et qu’elle suppose à la fois le retrait israélien et l’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble du territoire, à travers ses propres forces, les armes devant être « exclusivement détenues par l’État ». Le Premier ministre a par ailleurs insisté sur la nécessité de traduire l’accord-cadre en « mesures concrètes », selon un « calendrier clair » et avec un mécanisme permettant d’en vérifier l’application. « Le succès de tout accord ne se mesure pas aux intentions déclarées, mais au respect des engagements », a-t-il souligné. Pour M. Salam, la libération du territoire ne saurait enfin se limiter au départ des forces israéliennes. Elle doit aussi permettre « le retour des habitants et la reprise de la vie dans leurs villes et villages », à l'heure où la machine de guerre israélienne rend les villages frontaliers inhabitable pour en faire une zone tampon de facto.
« Les armes exclusivement aux mains de l’État »
Le Premier ministre a détaillé la manière dont son gouvernement entend mettre en œuvre le principe du monopole des armes. « Nous ne nous sommes pas contentés d’affirmer le principe selon lequel les armes doivent être exclusivement aux mains de l’État et que les décisions de guerre et de paix relèvent exclusivement de ses institutions constitutionnelles », a-t-il indiqué. Il a rappelé que cet engagement avait été traduit par des décisions du Conseil des ministres, notamment en août et en septembre de l’année dernière, puis à nouveau en mars de cette année. Ces décisions, a-t-il expliqué, sont intervenues après que le Liban s’est trouvé entraîné dans « une guerre qu’il n’avait pas choisie, qui lui a été imposée malgré nos mises en garde répétées sur les dangers d’y être embourbé ».
Finul : éviter le « vide » après son retrait
Alors que le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) doit prendre fin à la fin de l’année, Nawaf Salam a rendu hommage aux pays qui ont contribué à cette force et plaidé pour qu’un dispositif international lui succède. Le Premier ministre a surtout mis en garde contre le « vide » que le retrait de la Finul pourrait provoquer en l’absence d’un nouvel accord. « Ce que nous souhaitons souligner aujourd’hui est la nécessité d’éviter le vide que pourrait créer le retrait de la Finul s’il intervenait sans accord sur une nouvelle force internationale appelée à la remplacer, a-t-il déclaré. Une telle force devrait assurer la poursuite des fonctions de surveillance, de rapport et de liaison, et son rôle devrait compléter les exigences liées à la mise en œuvre du cadre tripartite. »
Réformes : « reconstruire un État digne de la confiance de son peuple »
La restauration de la confiance constitue, selon le Premier ministre, l’un des trois grands défis auxquels son gouvernement est confronté, avec la reprise en main de la décision nationale et la libération du territoire occupé. « Telle est l’équation du redressement du Liban », a-t-il insisté. Cette confiance, a-t-il expliqué, doit reposer sur des institutions capables de protéger les droits des citoyens, une justice indépendante et une économie offrant des perspectives à la population, notamment aux jeunes.
Le chef du gouvernement a cité plusieurs chantiers engagés par son équipe : « revitalisation de l’administration publique, renforcement de l’indépendance de la justice, modernisation du droit des médias et abolition de la peine de mort ». Il a aussi évoqué les réformes financières destinées à rétablir l’ordre dans le système financier et à permettre la récupération des fonds des déposants, ainsi que les négociations avec le Fonds monétaire international.
Revenant sur l’explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth, il a également affirmé que « la blessure reste ouverte » et qu’elle ne pourra « cicatriser sans vérité, justice et reddition de comptes ». « Notre objectif à travers ces réformes n’est pas de demander à notre peuple de renouveler sa confiance dans l’État. À travers la réforme, nous cherchons plutôt à reconstruire un État digne de la confiance de son peuple », a-t-il résumé.
Palestine : « Il ne peut y avoir de stabilité dans la région » sans autodétermination
Le Premier ministre a enfin consacré une partie de son discours à la question palestinienne, qu’il a présentée comme indissociable de la stabilité régionale. « Il ne peut y avoir de stabilité dans la région tant que cette organisation reste incapable de permettre au peuple palestinien d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination, comme tous les autres peuples du monde, ni plus ni moins », a-t-il déclaré, en référence à l’ONU.
Nawaf Salam a parallèlement défendu le maintien du rôle de l’Unrwa et mis en garde contre les conséquences d’une réduction de ses financements ou d’une remise en cause de son mandat. Une telle évolution, selon lui, aggraverait la situation des réfugiés palestiniens. « Cela accroît aussi la charge qui pèse sur les pays d’accueil, au premier rang desquels le Liban », a-t-il souligné. Sur le plan régional, le Premier ministre a enfin renouvelé la solidarité du Liban avec les États du Golfe et la Jordanie « face aux attaques iraniennes qui menacent la sécurité régionale ainsi que la liberté et la sécurité de la navigation maritime. »

