La façade arrière du bâtiment principal durant la guerre. Photo fournie par l’ESA.
Il y a 30 ans, l’ESA s’installait sur un site historique dont les différentes vies racontent, à elles seules, une partie de l’histoire du Liban depuis plus d’un siècle. Pour raconter l’histoire de l’école, son directeur général, Maxence Duault, commence d’ailleurs par celle du lieu.
Le terrain où est actuellement établie l’école est à l’origine composé de deux parcelles : celle de la villa Rose et celle du terrain principal qui, au XIXe siècle, abrite un hôpital protestant allemand de l’ordre de Malte, Saint-Jean de Jérusalem. À ses côtés, s’est installée la famille de Portalis, des soyeux de la région de Lyon ayant fui les épidémies de l’époque, pour fonder des magnaneries dans les montagnes libanaises.
La Première Guerre mondiale va tout bousculer. Avec la victoire des Alliés et la signature du traité de Versailles, les Français récupèrent le terrain au titre des dommages de guerre. Le terrain devient alors propriété française. Sous le Mandat français, le site est rénové et réorganisé. La France maintient la fonction hospitalière et le lieu prend le nom d’hôpital militaire Maurice Rottier, un établissement du Levant dédié à l’accueil de soldats français et de leurs alliés. Une nouvelle série de travaux commence et, dans les années 1920, la France rachète la villa Rose. C’est à ce moment que le site commence à prendre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui.
L’hôpital conserve sa fonction jusqu’en 1943. Avec l’indépendance du Liban, la France doit ouvrir une ambassade : l’hôpital change une nouvelle fois de vocation pour devenir un site diplomatique français. Il le restera pendant près de quarante ans. Puis vient la guerre civile. Dans les années 1980, plusieurs événements tragiques, dont l’attentat du Drakkar et l’assassinat de l’ambassadeur Louis Delamare, obligent les Français à quitter le site, devenu trop difficile à sécuriser. Le terrain est miné, le lieu verrouillé. Pendant une quinzaine d’années, cette ancienne enclave française semble comme mise sous cloche.
L’ambassade de France s’installe à Hazmieh, puis rue de Damas. Après la guerre civile, l’ambassadeur de l’époque est chargé de prendre une décision sur le devenir du site de Clemenceau. Mais entre-temps, les immeubles ont poussé tout autour, rendant à nouveau le lieu compliqué à sécuriser.
Naissance d'un campus
La vente du site semble inévitable. C’est là qu’une nouvelle histoire commence. Selon Maxence Duault, directeur général de l’ESA, des discussions avec de grands patrons libanais contribuent à l’émergence d’une autre idée : pour accompagner la reconstruction du Liban, il faut aussi former plus efficacement ses forces vives. Jean-Pierre Lafon, alors ambassadeur de France, promeut cette idée auprès de Jacques Chirac. Nous sommes en 1994-1995. Le site de Clemenceau échappe à la vente et s’apprête à connaître une quatrième vie : celle de l’ESA.
L’École supérieure des affaires est fondée en 1996, uniquement sur la parcelle de l’ancien hôpital. Commence alors une autre histoire, celle d’un campus qui ne cessera lui-même d’évoluer. Pendant plus de la moitié de son existence, l’ESA va vivre dans un site en constante rénovation, avant de récupérer, forte de ses succès, la partie correspondant à la villa Rose, reconstituant ainsi l’intégralité de son campus.
Son évolution ne se limite pas aux murs. Au fil des années, l’école développe sur ce campus un véritable écosystème : formations diplômantes, programmes sur mesure et conseil aux entreprises. L’ESA travaille également de façon extensive sur l’environnement des affaires et devient progressivement un lieu où l’on vient autant apprendre que rencontrer, échanger et créer des réseaux.
Trente ans plus tard, le campus ne se résume donc plus seulement à l’École elle-même. Chaque bâtiment, chaque espace ont leur fonction.

Un écosystème
D’un côté du campus, la villa Rose abrite l’Institut pour la finance et la gouvernance ainsi que l’Executive Education, deux activités étroitement liées au monde de l’entreprise. Elle constitue un pôle plus professionnel, où se tiennent notamment des conseils d’administration, des conférences et des formations destinées aux dirigeants et aux cadres exécutifs.
De l’autre côté se trouvent le centre de recherche de l’École et les résidences, qui accueillent entre 350 et 400 professeurs internationaux chaque année. Le campus compte également 17 studios permettant de les héberger lors de leur séjour à Beyrouth. Le bâtiment principal et la tour MBA accueillent quant à eux les salles de cours où sont dispensés les cours des formations diplômantes de l’École. Au cœur de cet ensemble, le restaurant La Boussole est devenu un espace de rencontre où se croisent les différentes générations qui fréquentent l’ESA.
Les rencontres et les événements prennent place dans différents espaces du campus, notamment dans le jardin Henry et Nadège Obegi, le hall Stéphane Attali, les auditoriums Fattal et Audi, la salle polyvalente ou encore à SmartESA. Le Centre Rafic Hariri accueille quant à lui les salles de cours des mastères spécialisés, tandis que SmartESA dispose également d’un incubateur dédié aux start-ups.
Le campus ne vit pas uniquement au rythme de l’ESA. Il accueille également des partenaires tels que la CCI France-Liban et France Médias Monde. Le hub régional de France Médias Monde, spécialisé dans les contenus numériques en arabe, « illustre l’ouverture progressive de l’École à d’autres domaines, notamment le journalisme, pour mieux comprendre les enjeux d’aujourd’hui et de demain », précise Maxence Duault.
Pour le directeur général, cette évolution raconte finalement quelque chose de l’ESA elle-même : l’École n’est plus seulement un lieu où l’on vient obtenir un diplôme. Elle est devenue un écosystème mêlant enseignement, recherche, accompagnement des entreprises, entrepreneuriat et rencontres. Un lieu qui, après avoir changé plusieurs fois de fonction au gré de son histoire, continue de se réinventer et d’évoluer avec son temps.
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