Maxence Duault, directeur général de l’ESA. Photo fournie par l’ESA
Pour ses 30 ans, l’ESA consacre une semaine aux rencontres, aux échanges et aux projets qui dessinent son avenir, avec conférences, conversations, expositions et inaugurations au programme. Une semaine anniversaire qui permet aussi de revenir sur trois décennies d’évolution de l’école et sur les défis qui l’attendent. À cette occasion, Maxence Duault, directeur général de l’ESA, nous livre sa vision de l’institution, de sa mission et de son avenir.
OLJ – 30 ans, c’est plus un bilan ou un anniversaire pour vous ?
Maxence Duault – Le mot « bilan » ne me plaît pas beaucoup. Évidemment, dans un anniversaire, on regarde le passé, on dresse un bilan de tout ce qu’on a parcouru comme chemin, mais, inévitablement, un anniversaire, pour moi en tout cas, et particulièrement à l’ESA, dans un environnement comme le Liban, qui est un peu compliqué, c’est absolument fait pour se projeter vers l’avant. C’est l’horizon d’un avenir.
– Quels sont, pour vous, les points faibles de l’ESA ?
On est arrivé à un point où ça fonctionne bien, mais les années passées, en particulier, n’ont vraiment pas été simples. Maintenant, à mon avis, une organisation, quelle qu’elle soit, qui ne progresse pas est vouée à reculer malgré elle. Un de ses défis a toujours été d’être mieux connue dans ce qu’elle fait, parce qu’elle est un peu atypique.
Il faut qu’on réfléchisse à comment on peut se développer pour aller au-delà. Il nous reste des choses qui nous tiennent à cœur, comme la création d’un parking et d’un centre sportif.
Nous avons une salle de sport déjà, mais on aimerait faire encore plus de choses. Pourquoi pas des salles de cours supplémentaires ? Des outils pédagogiques supplémentaires, notamment sur les questions d’intelligence artificielle, etc. L’ESA peut aussi s’étendre en dehors de Beyrouth et du Liban. On fait déjà beaucoup d’actions et beaucoup d’activités, les gens ne le savent pas forcément, notamment en formation sur mesure aux
Émirats, au Qatar, en Irak, en Turquie, à Madrid, en Égypte, en Jordanie, et je ne parle que des trois dernières années. On se propage en Arabie saoudite, mais il faut, à mon sens, qu’on aille encore plus loin dans le rayonnement régional de l’école, essentiellement parce qu’une partie de nos anciens sont là-bas.
– Qu’est-ce qui a changé dans la manière de former les étudiants dans le monde économique d’aujourd’hui par rapport à il y a 30 ans ?
Tout d’abord, j’aimerais rendre hommage à Stéphane Attali, dont j’étais, à la base, directeur académique. Il y a 30 ans, ce sont nos partenaires académiques, très prestigieux, qui faisaient les programmes et il y avait quand même un côté un petit peu « programme délocalisé ».
Il nous manquait la partie contextualisation des contenus et notamment la compréhension des besoins au Liban. En arrivant en 2011, c’est un des premiers sujets sur lesquels j’ai beaucoup travaillé. À la demande de Stéphane, on a donc créé des directions scientifiques, des conseils scientifiques, fait dialoguer un peu les deux mondes pour améliorer les programmes et les adapter au contexte libanais et à celui de la région.
La deuxième évolution a été de préparer les étudiants au monde beaucoup plus complexe d’aujourd’hui, en leur donnant un maximum d’outils pour former les leaders de demain, notre mission principale. Nous avons fait évoluer les fondamentaux, du marketing à la finance en passant par les ressources humaines, et mis en avant les compétences interpersonnelles essentielles pour gravir les échelons et, à terme, diriger des équipes.
– L’arrivée de l’IA a-t-elle bousculé les cursus ?
En réalité, oui et non. Nous l’avions déjà intégrée de manière transversale dans les cours. Mais il faut quand même prodiguer des cours de finance, de marketing et maîtriser les outils. Maintenant, c’est plutôt dans chaque cours que ça a pris une place incroyable, parce que c’est un appui à l’outil. Mais l’outil, à ce stade-là, ne va pas encore tout faire.
– De quoi êtes-vous le plus fier depuis que vous avez pris la direction de l’ESA en 2019 ?
Je suis arrivé un peu par hasard dans tout cela, après la disparition de Stéphane Attali, en pleine crise. J’ai dû renflouer les équipes, dont 60 % avaient quitté le pays, gérer tous les problèmes qui en découlaient. Par rapport à de nombreuses institutions, nous sommes globalement parvenus à sortir l’ESA de la crise. Peut-être que ce dont je suis le plus fier, c’est de n’avoir jamais compromis la qualité des programmes pendant toute cette période, avec la contribution de tous ceux qui se sont sacrifiés pour la garantir.
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