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IA : le choix impossible

Et vous, vous feriez quoi ?

Mettez-vous dans la peau d’un électeur texan, à un peu plus d’un mois des élections de mi-mandat. Imaginez un scénario où vous êtes face au choix suivant : un candidat qui promet de construire le plus de data centers possibles dans cet État, dont le PIB est déjà comparable à celui de l’Italie, et un autre qui promet au contraire de s’y opposer et d’en réguler le développement.

Le Texas compte déjà plus de 300 data centers et s’impose comme l’un des principaux eldorados de l’IA aux États-Unis, avec des centaines de nouveaux projets annoncés pour les prochaines années. Plus on veut une IA puissante, plus on a besoin de data centers pour entraîner les modèles et répondre aux millions de requêtes. Autrement dit, pour gagner la course à l’IA, il faut en avoir un paquet.

Mais outre le fait qu’ils soient particulièrement laids, les data centers consomment énormément d’énergie et ont fini par incarner tous les excès de cette course sans limite qui inquiète de plus en plus l’électeur américain, y compris au Texas. Si bien qu’en réalité, même le gouverneur républicain, Greg Abbott, candidat à sa propre réélection, a dû revoir ses plans à la baisse face à la fronde populaire.

Alors revenons à la question de départ, tant le Texas est un cas d’école appelé à devenir universel : et vous, que feriez-vous ?

La prudence, et peut-être même la logique, devrait nous guider vers le choix du candidat qui appelle à la régulation. Non seulement les data centers ont un coût environnemental, mais ils participent à rendre possible la création d’une IA toujours plus puissante, qui pourrait finir par dévorer sa créature. Pourquoi voter en faveur du développement d’une technologie dont certains de ses principaux concepteurs estiment qu’elle pourrait, dans certains scénarios, menacer la survie de l’humanité ?

Tout simplement parce que les choses ne sont pas aussi simples.

Fallait-il éviter à tout prix d’apprendre à faire du feu parce que celui-ci était susceptible de brûler celui qui s’y essayait ainsi que tout son environnement ? Si les prédictions apocalyptiques s’avèrent fausses, l’électeur du Texas que vous êtes pourra-t-il se passer d’une technologie qui risque de devenir l’une des principales sources de richesse et de puissance dans le monde ? Le faire, n’est-ce pas prendre le risque de s’appauvrir et de devenir les vassaux de ceux qui la maîtrisent ?

Car réguler quand tout le monde le fait, c’est du bon sens. Mais réguler quand les autres accélèrent, cela peut devenir un suicide.

On pourrait rétorquer que si l’humanité est effectivement en jeu, le suicide est dans tous les cas au bout du tunnel et qu’il faut commencer par donner l’exemple, même si cela veut dire prendre le risque de perdre la course, quoi qu’il en coûte. Malheureusement, les exemples passés, tant sur le nucléaire que sur l’écologie, montrent que nous n’avons jamais su fonctionner de la sorte.

Alors que faire ? Voter pour l’autre candidat, celui qui veut gagner la course pour dominer le monde ?

Si l’IA est effectivement une menace existentielle, cela veut dire que l’on aura participé, à un moment crucial, à la destruction de l’humanité. Mais même si l’IA ne l’est pas, on sera tout de même coresponsables de tout ce qui accompagnera son développement : les découvertes scientifiques, les progrès de la médecine, les gains de productivité, mais aussi la surveillance de masse, les armes autonomes et, surtout, l’obsolescence possible de l’homme.

On pourra toujours dire que nous sommes autre chose qu’une accumulation de connaissances, que nous sommes des êtres physiques, des êtres sociaux, que l’IA va nous permettre de nous concentrer sur l’essentiel, de profiter de la vie tandis que les machines tournent à plein régime. Mais cela suppose que la richesse produite par l’IA soit effectivement redistribuée.

Et que ferons-nous quand la machine sera plus rapide, plus intelligente et plus créative que nous dans absolument tous les domaines ? Est-ce être sain d’esprit que de voter en faveur du développement d’une technologie qui pourrait rendre l’homme complètement inutile ?

Et en même temps, si d’autres le font, nous pourrions être tout aussi inutiles, tout en étant dépendants d’eux.

En réalité, le débat sur l’IA est à la fois impossible et en même temps le plus passionnant de notre époque. La capacité transformationnelle de cette technologie est telle qu’elle va affecter tous les pans de notre vie. Et pourtant, à l’exception d’une poignée de personnes qui travaillent depuis des années dans le domaine, nous sommes tous des « moldus » face à cette évolution.

Plus je lis, plus j’écoute, plus je pose des questions pour essayer de comprendre, et plus je suis anxieux. Et plus je me demande comment combattre cette « IA anxiété », qui est peut-être au moins autant liée à ma méconnaissance du sujet qu’aux enjeux qu’elle implique.

Faut-il tenter de maîtriser tous les ressorts de cette technologie pour essayer d’en faire les frais le plus tard possible ? Faut-il se mobiliser pour éveiller les consciences, au risque de passer pour les grands idiots de l’histoire ? Faut-il au contraire ne pas s’en soucier et donc rester à la marge de ce qui sera sans doute l’enjeu du siècle ?

Et à l’échelle collective, quelle attitude adopter ? Si l’on part du principe que le scénario idéal – un accord américano-chinois pour réguler l’avancée de l’IA – est exclu, que faut-il faire ? Je n’ai pas de réponses. Comme dans l’exemple du Texas, je ne vois pas de bonne solution pour le moment. Je crois juste qu’on ne peut plus se permettre de ne pas se poser la question. Mais contrairement à l’électeur du Texas, je n’ai même pas le luxe de choisir.

Et vous, vous feriez quoi ?Mettez-vous dans la peau d’un électeur texan, à un peu plus d’un mois des élections de mi-mandat. Imaginez un scénario où vous êtes face au choix suivant : un candidat qui promet de construire le plus de data centers possibles dans cet État, dont le PIB est déjà comparable à celui de l’Italie, et un autre qui promet au contraire de s’y opposer et d’en réguler le développement.Le Texas compte déjà plus de 300 data centers et s’impose comme l’un des principaux eldorados de l’IA aux États-Unis, avec des centaines de nouveaux projets annoncés pour les prochaines années. Plus on veut une IA puissante, plus on a besoin de data centers pour entraîner les modèles et répondre aux millions de requêtes. Autrement dit, pour gagner la course à l’IA, il faut en avoir un paquet.Mais...
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