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Quand un jeune de Rahbé fait de la nature son terrain d’action

En deux ans, Rand el-Khoury a rassemblé 18 900 abonnés sur Instagram, où il sensibilise aux enjeux écologiques tout en faisant découvrir le patrimoine local et les richesses naturelles de sa région.

Quand un jeune de Rahbé fait de la nature son terrain d’action

C’est depuis son village natal de Rahbé, dans le Akkar, que Rand el-Khoury, 23 ans, tourne la plupart de ses vidéos. Photo DR

C’est depuis son village natal de Rahbé, dans le Akkar, que Rand el-Khoury, 23 ans, tourne la plupart de ses vidéos. Clôturant chacun de ses reels par sa fameuse phrase signature, Stay Rooted, il exprime le lien viscéral qu’il a tissé avec la nature, et de façon particulière avec sa terre d’origine. « J’aime tellement mon village que je n’ai pas envie de partir. Pourtant, il y a trois ans, j’ai été accepté dans une université en Espagne, mais comme je n’avais pas obtenu le visa, j’ai décidé de rester ici et d’y entreprendre mon propre projet », affirme ce créateur de contenu. Suite à ses deux années d’études en sciences environnementales à l’Université de Balamand, et après avoir participé au programme de formation professionnelle et environnementale intensive, Youth Conservation Corps, organisé par l’ONG Lebanese Reforestation Initiative et financé par le Centcom et le Service des forêts des États-Unis, il prend la décision de lancer sa page sur les réseaux sociaux. « J’avais constaté un manque de sensibilisation aux questions environnementales. C’est un sujet qu’on aborde rarement dans les écoles ou à la maison. J’ai donc voulu essayer de combler ce manque à ma manière, tout en essayant de déconstruire les idées reçues qui existent sur ces sujets », explique-t-il. À travers sa page qui rassemble aujourd’hui plus de 18 900 utilisateurs., il cherche ainsi à donner le goût du vivant, plaider en faveur de l’agriculture durable, transmettre des connaissances sur la flore et la faune locales et susciter la curiosité des gens pour en découvrir davantage. « Tourner des vidéos m’a beaucoup aidé à apprendre, parce que, à chaque fois, je suis obligé de faire pas mal de recherches avant de les publier. En même temps, j’essaie de proposer aux gens un contenu qui permette de renouer avec la nature dont nous nous sommes beaucoup éloignés, un contenu qui nous apprenne à l’aimer et à ne pas la considérer comme quelque chose de lointain, mais comme une réalité qui fait partie de notre quotidien », poursuit Rand el-Khoury. D’ailleurs, la description de sa bio, Wonders of Wondering, reflète parfaitement sa vision. « Peut-être que l’une des choses que nous avons cessé de faire, c’est simplement de regarder les choses et de nous dire : « Waouh, c’est vraiment beau, c’est vraiment intéressant, j’aimerais en apprendre plus ! » » note-t-il.

Contribuer à la science à travers les réseaux sociaux

Sur la page de ce jeune créateur de contenu, au fil des reels, il est possible de s’informer sur la culture des tomates ou des artichauts, sur la production et l’utilisation du vermicompost, sur le thym et l’origan, ou encore sur les semences traditionnelles, les semences hybrides et les OGM. Rand el-Khoury nous emmène également sur les sentiers de son village, nous fait visiter le patrimoine naturel, historique et culturel de sa région, et nous fait découvrir les espèces végétales locales ou encore le genévrier qui pousse sur les hauteurs de Rahbé, à seulement 500 m d’altitude. En plus de son contenu diversifié, il enrichit sa page grâce à différentes collaborations, qu’elles soient avec des associations, des jeunes de sa région, ou encore avec des experts et des chercheurs. Dans un souci de vulgarisation scientifique, il lui arrive ainsi de filmer des vidéos explicatives et de lancer des appels à participation en faveur de projets de recherche. Il a dans ce cadre collaboré sur deux études avec le Dr Mohammad Abdallah, écologiste et chercheur spécialiste des espèces végétales invasives, l’une portant sur l’oxalide pieds de chèvre (l’Oxalis pes-caprae), une plante originaire d’Afrique du Sud devenue invasive et reconnaissable à sa fleur jaune et à son goût acidulé, et l’autre sur un arbre appelé l’ailante, Ailanthus altissima, qui se propage rapidement, un peu partout au Liban. « Les vidéos visent à inciter les gens à remplir un formulaire et à nous signaler la présence de cette plante et de cet arbre invasifs. Cela nous permet de recueillir un nombre assez important de données et de réaliser une cartographie à l’échelle du Liban, alors qu’il y a beaucoup de lacunes dans les données disponibles », explique Rand el-Khoury. Pour lui, c’est aussi une manière « d’utiliser les réseaux sociaux de façon positive, pour contribuer à la science et à la recherche, poursuit-il. Les scientifiques n’ont pas forcément les moyens ou les outils pour transmettre leurs connaissances au grand public. Ils ont donc besoin de quelqu’un qui puisse les aider à faire le lien. Et ceci me fait vraiment plaisir. » Dans un autre reel, il interroge la mortalité brutale d’une colonie d’abeilles, en collaborant avec l’entomologiste, la Dr Mira Boustany. De même, dans l’une de ses vidéos, il accompagne Sandra Sleiman, ingénieure agronome spécialisée dans les champignons, au cours de l’une de ses recherches, et nous fait découvrir une espèce méconnue du grand public.

Une mission, bien au-delà de sa page

En marge de la création de contenu, Rand el-Khoury produit du vermicompost en vue de le commercialiser, dans une phase ultérieure. « J’avais besoin de trouver un moyen de tirer un revenu de mon projet, puisque je n’avais pas de travail. Ce qui n’était pas mauvais, du moment que je propose un contenu que les gens apprécient, sans pour autant être commercial », souligne-t-il. Ce jeune enthousiaste effectue par ailleurs différentes activités liées à la sensibilisation à l’environnement, à l’agriculture durable et au tourisme local. La dernière en date est une exposition de photographie sur la nature, à laquelle ont participé des jeunes de tout le Liban. « Nous n’arrivons pas vraiment à exploiter le potentiel qui existe dans les villages libanais. Nous pourrions pourtant y attirer les touristes et leur faire découvrir la vraie vie rurale. Rahbé, par exemple, est en train de perdre beaucoup de ses jeunes. Ils partent à Beyrouth ou émigrent. On sent que le village se vide peu à peu. Notre objectif est donc de faire en sorte que les gens restent ici, et pour cela il faut commencer par nous-mêmes », estime Rand el-Khoury. Sollicité à travers sa page par des particuliers, c’est dans ce cadre qu’il leur organise des randonnées éducatives dans la nature et dans les terrains qu’il cultive, de même que des balades à travers les vieux quartiers du village, à la découverte des maisons anciennes et du patrimoine local. « J’essaie de développer un tourisme durable. Je collabore également à l’aménagement d’une maison d’hôtes, où l’on proposera des expériences «farm-to-table». Et actuellement, lorsque je reçois un groupe, je l’emmène chez des agriculteurs ou des habitants du village pour qu’ils achètent leur mouné, qu’ils déjeunent chez eux, ou simplement pour qu’ils découvrent ce qu’ils proposent. Nous essayons de créer des opportunités pour les habitants, et surtout pour les jeunes », assure-t-il.En outre, grâce au contenu qu’il propose, il anime des sessions sur l’environnement dans des écoles du Akkar, dans l’objectif d’y sensibiliser la nouvelle génération. « Les élèves les ont beaucoup appréciées. J’essaie de faire en sorte qu’ils aient envie de répondre, de participer et d’apprendre, plutôt que de simplement mémoriser et écrire », affirme-t-il. De même, il confie préparer des cahiers d’activités que les enfants pourraient emporter dans la nature pour apprendre à identifier les plantes, de manière beaucoup plus pratique. « L’idée est aussi de créer, grâce à ces cahiers d’activités, une communauté de personnes qui partagent les mêmes centres d’intérêt à travers tout le Liban », ajoute Rand el-Khoury.

Sur le long terme, il espère que sa page sera un outil pour atteindre son objectif ultime. « Mon rêve, c’est de parvenir un jour à avoir quelque chose qui s’apparente à ce que fait Sir David Attenborough avec Our Planet, mais consacré à la nature de chez nous. Parce qu’ici, notre nature n’est pas encore étudiée et documentée comme elle devrait l’être, et nous n’avons pas suffisamment de documentaires sur le sujet. C’est donc l’une de mes ambitions ! »

C’est depuis son village natal de Rahbé, dans le Akkar, que Rand el-Khoury, 23 ans, tourne la plupart de ses vidéos. Clôturant chacun de ses reels par sa fameuse phrase signature, Stay Rooted, il exprime le lien viscéral qu’il a tissé avec la nature, et de façon particulière avec sa terre d’origine. « J’aime tellement mon village que je n’ai pas envie de partir. Pourtant, il y a trois ans, j’ai été accepté dans une université en Espagne, mais comme je n’avais pas obtenu le visa, j’ai décidé de rester ici et d’y entreprendre mon propre projet », affirme ce créateur de contenu. Suite à ses deux années d’études en sciences environnementales à l’Université de Balamand, et après avoir participé au programme de formation professionnelle et environnementale intensive, Youth Conservation...
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