Celine Mouzannar (en bas à gauche) interprétant en langue des signes l’un des épisodes d’Élias Tawk, défenseur libanais des droits des personnes en situation de handicap. Photo fournie par par Céline Mouzannar
La Journée internationale des langues des signes se tient aujourd’hui mercredi. Au Liban, les personnes sourdes et malentendantes continuent de faire face à des obstacles concernant l’accès à l’information, à l’éducation, aux lieux de travail et aux services d’urgence, l’accessibilité demeurant limitée dans de nombreux aspects de la vie quotidienne.
Céline Mouzannar, interprète en langue des signes et consultante en accessibilité et inclusion, s’est entretenue avec L’Orient-Le Jour à propos de la langue des signes libanaise, de la façon dont la culture façonne les signes utilisés et des obstacles auxquels les sourds et malentendants font face au Liban.
Qu’est-ce que la langue des signes ?
Il existe une langue des signes universelle, mais également environ 300 langues des signes à travers le monde. Au Liban, il y a plusieurs dialectes plutôt qu’une langue des signes libanaise standardisée. Cela dépend de la région, de l’école que vous avez fréquentée et de la communauté sourde dans laquelle vous avez grandi. Certains signes au Liban peuvent ressembler à ceux utilisés en Syrie, en Jordanie ou en Palestine, en raison des similarités entre nos dialectes.
Pourquoi un même mot peut-il avoir différents signes ?
Les signes sont influencés par la culture. Prenons le mot « eau ». En langue des signes américaine, le signe consiste à former un « W » avec la main et à le porter à la bouche. Au Liban, on porte le pouce à la bouche, ce qui est lié à la manière traditionnelle dont les gens au Liban buvaient à une cruche d’eau.
Il en va de même pour le mot « maison ». Dans les villes où les maisons sont traditionnellement construites à partir de briques triangulaires, le signe pour désigner une maison peut ressembler à un triangle. À Beyrouth, le signe peut plutôt ressembler à un immeuble, car les habitants y vivent généralement en appartement.
La langue des signes possède aussi sa propre grammaire et structure. Ce n’est pas simplement une transcription de la langue parlée en gestes de la main. La structure et la grammaire diffèrent de celles de l’oral : il s’agit donc d’une culture d’apprentissage différente pour transmettre une idée de façon précise.
La langue des signes est-elle aussi une question d’identité ?
Oui. La langue des signes est profondément liée à la culture et constitue donc une identité. La communication ne se limite pas non plus aux signes formels. La lecture labiale, le langage corporel et les gestes du quotidien peuvent tous jouer un rôle. Au Liban, nous utilisons nous-mêmes des gestes en parlant. Certains gestes que nous utilisons déjà sont également familiers aux personnes sourdes parce que nous avons tous grandi dans la même culture.
Quels obstacles rencontrent les personnes sourdes au Liban ?
Il existe des barrières dans l’éducation, au travail et dans la communication publique. Le Liban ne dispose pas non plus de chiffres officiels précis quant au nombre de personnes atteintes de troubles de l’audition, ce qui rend difficile l’évaluation de la taille de la communauté concernée et de ses besoins.
Il existe aussi une forte stigmatisation sociale à l’encontre des personnes handicapées, en raison d’un manque d’inclusion. Les gens n’apprennent pas la langue des signes, ce qui crée une barrière ou une crainte : « Je ne sais pas comment interagir avec eux. »
Qu’est-ce qui pourrait améliorer l’accessibilité ?
Il devrait y avoir un cours de base en langue des signes dans les écoles ou universités, afin que les personnes qui n’ont pas de handicap auditif puissent communiquer avec les personnes sourdes.
Les lieux de travail peuvent également mettre à disposition des interprètes en langue des signes et des sous-titres lors des réunions, que ce soit sur Zoom, Teams ou d’autres plateformes. Il n’est pas sorcier de communiquer avec une personne sourde ou malentendante. Une formation de base représente déjà un grand pas en avant.
Que se passe-t-il en cas de crise ?
Tout cela devient d’autant plus important en temps de guerre ou d’urgence. Le Liban ne dispose pas de systèmes d’alerte adéquats afin de garantir que les annonces urgentes soient accessibles aux personnes sourdes.
En situation de crise, les gens ont besoin d’informations immédiates concernant les évacuations, les abris, la nourriture et d’autres formes d’assistance. Si ces informations ne sont pas accessibles, les personnes sourdes peuvent se retrouver exclues de la réponse apportée.
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