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Politique - Débat De Politique Générale

Au Parlement, Berry redirige le débat pour laisser Salam défendre son gouvernement

Le monopole des armes et l'accord-cadre avec Israël étaient au cœur des discussions dans l'hémicycle.

Au Parlement, Berry redirige le débat pour laisser Salam défendre son gouvernement

Le président du Parlement Nabih Berry modérant les prises de parole lors du débat de politique générale au Parlement, le mardi 15 septembre 2026. Photo Hussein Ibrahim / site du Parlement libanais

Le cours des événements était prévisible dès le début de la séance plénière, ce mardi. Alors que la convocation d'un débat de politique générale par le président du Parlement Nabih Berry, à la demande du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, pouvait laisser présager une série d'attaques contre le gouvernement, à même de le remettre en cause, ce spectre semble s'éloigner. Car en amont du débat - qui se poursuivra mercredi -, M. Berry a laissé le Premier ministre longuement justifier l'action de son cabinet, qui a dû, dès la première année de son activité, faire face à la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah.

Si les députés ont formulé des critiques, parfois acerbes, à l'encontre de l'équipe ministérielle, aucun élu n'est allé jusqu'à souhaiter sa chute. Même M. Bassil a qualifié son parti d' « opposition responsable ». « Nous sommes l'opposition mais nous savons ce que le pays ne peut pas supporter », a-t-il précisé, appelant au « dialogue ». Il a toutefois accusé M. Berry de ménager le gouvernement. « C’est une séance de débat de politique générale. Nous tiendrons le mois prochain une séance d’interpellation au gouvernement », a répondu le maître du perchoir. Encadrée par les articles 131 à 135 du règlement intérieur de la Chambre, une telle séance permet à un ou plusieurs députés d’interpeller formellement le gouvernement ou un ministre sur un sujet déterminé. La confiance au cabinet peut cependant être soumise au vote aussi bien à l’issue d'un débat de discussion générale qu'à l’issue d'interpellations (article 138).

Échanges houleux après le discours de Salam

S'exprimant au début de la réunion, Nawaf Salam a dressé le bilan d'une guerre « que le gouvernement n'a pas voulue », évoquant le coût des dégâts et les retombées économiques (plus de 20 milliards de dollars pour les deux guerres entre 2023 et aujourd'hui), ainsi que le nombre de morts, plus de 9 000 depuis 2023. Il a aussi insisté : « Notre réalité est très difficile, mais il n’est pas impossible d’en sortir ».

M. Salam a également répondu, avant même les critiques contre le gouvernement, à « ceux qui se sont permis de tenter d’exploiter les souffrances de la population pour remettre en cause la présence de l’État, qui a fait ce qui était en son pouvoir, dans les limites de ses moyens. » S'agissant des déplacés de la guerre, une cause chère au tandem Amal-Hezbollah, le chef du gouvernement a affirmé que l'objectif de son cabinet n'est pas « la gestion des déplacements de population », mais de « permettre aux habitants de retourner sur leurs terres » au Sud, dont plus de 600 km² sont actuellement occupés par Israël, avec des dizaines de villages rasés. « Nous avons défini les priorités et œuvrons à rétablir les services essentiels dans les régions sinistrées », a-t-il ajouté. Toutefois, a-t-il dit, l'ampleur des destructions « dépasse de loin la capacité de l’État à y faire face seul avec ses ressources actuelles. » Il a dès lors réitéré le besoin des autorités d'obtenir « un soutien et des financements extérieurs ».

Alors que le gouvernement poursuit depuis la semaine dernière l'étude du projet de budget pour l'exercice 2027, avant qu'il ne soit envoyé au Parlement, M. Salam a affirmé qu'« il n'est pas demandé à l’État de dépenser davantage, mais de dépenser mieux ». Il a insisté sur « l’importance de parvenir à un accord avec le FMI, cet accord étant un levier indispensable pour rétablir la confiance internationale dans le Liban. » Évoquant la hausse des prix des produits de première nécessité, il a affirmé « connaître la souffrance des familles libanaises ». Selon lui, ces difficultés qui sont « le résultat de crises accumulées » ont été « aggravées par la guerre ». « Mais nous ne nous résignerons pas à cette réalité », a-t-il assuré.

Alors que le député du Hezbollah Ali Ammar voulait répondre immédiatement à l'intervention du chef du gouvernement, la députée indépendante Paula Yacoubian l’a alors interrompu pour souligner une violation du règlement. C'en sont suivies des invectives, le premier appelant Mme Yacoubian à « rester dans ses limites », la seconde le sommant de lui « parler poliment et avec respect. » Un vif échange a alors opposé le député sunnite de Tripoli Achraf Rifi et Ali Ammar, M. Rifi appelant son interlocuteur à « envoyer en Iran la Résistance qui a détruit le pays », et le second l'engageant à « rester en Israël et aux États-Unis ».

Ces sorties ont poussé le chef du Législatif à appeler les députés à se montrer « à la hauteur » du débat... et donné le ton pour la majorité des interventions qui ont suivi. Les différentes interventions des parlementaires ont en effet porté sur les critiques contre la guerre initiée par le Hezbollah le 2 mars, tandis que les députés du tandem ont fustigé l'accord-cadre signé avec Israël.

L'accord-cadre, l’État et la « résistance »

Les députés du Hezbollah ont ainsi, sans surprise, critiqué l’État et la signature de l’accord-cadre, qui prévoit son désarmement parallèlement au retrait de l’armée israélienne du Liban-Sud. « Le pouvoir a signé un accord-cadre rédigé à l’encre israélienne sur du papier américain. C’est donc ce pouvoir qui a placé le pays dans une situation difficile, a estimé le député Hassan Ezzeddine (Hezbollah). Parier sur l’affaiblissement de la résistance est un pari perdu, et le Liban ne peut se construire par l’exclusion. » De son côté, le député proche du Hezbollah, Jamil Sayyed, avait demandé que l’accord-cadre soit transmis à la Chambre pour approbation.

Du côté du mouvement Amal. Ali Hassan Khalil, député du mouvement Amal, a mis en garde contre « la discorde » entre les Libanais et insisté sur les « institutions de l'État ». « Nous pouvons être en désaccord sur le plan politique et dans notre appréciation des risques, et nos divergences peuvent aller très loin. Mais il n’est pas permis que le désaccord politique se transforme en rupture et en incitation à la discorde entre les Libanais », a-t-il dit. « Nous avons plus que jamais besoin d’ouvrir les canaux du dialogue. Le Liban ne se construit pas en prenant quiconque pour cible, mais par le partenariat, le dialogue, l’État et ses institutions », a conclu le député. La députée du même parti, Inaya Ezzeddine, a pour sa part fustigé ce qu'elle a estimé être une réaction trop lente du gouvernement pour faire face à l'afflux de déplacés dès le premier jour de la reprise de la guerre, le 2 mars.

De l'autre côté de l'échiquier politique, le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a lui aussi interpellé M. Salam, mettant en garde contre la « désintégration » du pays. « Je m’adresse donc personnellement au Premier ministre Salam : vous êtes face à deux choix, soit la soumission, soit l’action. Je ne vous dis pas de démissionner, mais de gouverner et d’imposer à tous l’autorité de l’État, de la loi et de la Constitution, à commencer par nous-mêmes et jusqu’au dernier d’entre nous », a déclaré le député. Se voulant plus conciliant, Georges Adwan (Forces libanaises) a pour sa part estimé que « les Libanais demandent au gouvernement de poursuivre dans la voie qu'il a engagée » pour le désarmement des milices. Dans une question à Nawaf Salam, il a ironisé à l'adresse des opposants au gouvernement : « comment osez-vous, vous et votre gouvernement, vouloir assurer le monopole des armes ? Cela est inacce ptable et vous devez être interrogé sur cette question, car vos prédécesseurs ne l’ont pas fait. » Le député Fouad Makhzoumi (Beyrouth, indépendant) a réclamé quant à lui « mécanismes clairs et précis pour assurer le monopole des armes entre les mains de l’État ».

Gebran Bassil a, quant à lui, esquissé une position médiane, critiquant tout à la fois l'État « soumis à l'étranger » et le Hezbollah « qui ne peut plus défendre le Liban ». Ce député de Batroun a dit « souhaiter que les négociations ne soient pas une couverture pour la poursuite des attaques » israéliennes sur le Liban-Sud, et que la décision d’assurer le monopole des armes se fasse « sans discorde ». Et d’interroger le Hezbollah : le parti « doit se demander comment arrêter les tueries et les destructions ».

Il s'agissait du deuxième débat de politique générale consacré au gouvernement Salam, le premier s’étant tenu en juillet 2025, cinq mois après sa formation. À l’issue des débats, le cabinet avait obtenu la confiance du Parlement par 69 voix contre neuf, et quatre abstentions. Il s’agissait alors du premier débat de politique générale organisé à la Chambre depuis 2017.

Le cours des événements était prévisible dès le début de la séance plénière, ce mardi. Alors que la convocation d'un débat de politique générale par le président du Parlement Nabih Berry, à la demande du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, pouvait laisser présager une série d'attaques contre le gouvernement, à même de le remettre en cause, ce spectre semble s'éloigner. Car en amont du débat - qui se poursuivra mercredi -, M. Berry a laissé le Premier ministre longuement justifier l'action de son cabinet, qui a dû, dès la première année de son activité, faire face à la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah.Si les députés ont formulé des critiques, parfois acerbes, à l'encontre de l'équipe ministérielle, aucun élu n'est allé jusqu'à souhaiter sa...
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