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Politique - Décryptage

Pourquoi Berry a convoqué une séance parlementaire pour un débat de politique générale


La décision du président de la Chambre de fixer une séance plénière, mardi et mercredi prochains, pour discuter de la politique générale du gouvernement a surpris plus d’un camp. Pour bon nombre d’entre eux, une telle séance serait malvenue à l’heure actuelle, où le gouvernement peine à offrir aux Libanais les réalisations dont ils rêvent, où le Sud continue à être la cible des bombardements israéliens et où les négociations directes entre le Liban et Israël semblent piétiner. De plus, cette décision a été annoncée au moment où les militaires retraités expriment leur colère dans la rue contre leurs indemnités dérisoires, alors qu’il est très difficile, dans les circonstances actuelles, de satisfaire ne serait-ce qu’une partie de leurs exigences.

Face à la complexité de la situation, les députés pourraient profiter de cette séance pour faire du populisme – surtout qu’elle est en général retransmise en direct – sans tenir compte des difficultés actuelles. Ce qui pourrait aboutir à détruire l’image du gouvernement et des ministres devant la population, juste pour que les députés puissent se vanter devant leurs assises populaires. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si, depuis quelques années, le Parlement n’a plus tenu de séance plénière pour discuter de la politique générale du gouvernement, justement pour éviter un tel scénario.

Pourquoi dans ce cas Nabih Berry a-t-il décidé de fixer cette séance ? Certains milieux politiques se demandent si ce ne serait pas un indice sur le fait que, pour le tandem chiite, le moment serait venu de faire chuter le gouvernement et de passer à une nouvelle phase. On constate en effet que, depuis quelques semaines, le Hezbollah ne ménage pas ses critiques, ni au gouvernement ni à la présidence de la République. Faute de pouvoir mener une guerre de grande envergure contre les Israéliens, voudrait-il donc imposer une autorité qui lui serait en tout cas plus acquise que l’actuelle ?

Toutes ces questions sont parvenues au président de la Chambre. S’il n’y répond pas directement, ses proches s’empressent de donner quelques explications. Pour les proches de Aïn el-Tiné, il n’est pas question dans le contexte actuel de faire chuter le gouvernement. Berry avait lancé ses trois « non » il y a quelque temps déjà : non au recours à la rue à grande échelle, non à la chute du gouvernement et non à tout ce qui peut porter atteinte à l’armée. Cette position est toujours valable, elle l’est même aujourd’hui encore plus qu’avant, car la situation est encore plus compliquée qu’elle ne l’était au début du mandat de Joseph Aoun.

Le président de la Chambre, selon ses milieux, est donc toujours hostile à la chute du gouvernement et même au recours à la rue pour y arriver, mais il ne peut pas empêcher les parties qui se sentent lésées par la politique du gouvernement d’exprimer leur protestation, surtout que les conditions de vie sont actuellement difficiles pour une grande partie des Libanais. Mais c’est justement pour éviter que les protestations populaires ne se transforment en actes de vandalisme ou ne dégénèrent en émeutes qu’il a décidé de remettre la balle dans le camp du Parlement. Ainsi, même si les députés se lanceront dans des critiques violentes, la situation restera contrôlée. Elle devrait permettre en quelque sorte à la colère populaire de s’exprimer, mais sans mettre en danger la situation générale dans le pays, ni surtout la survie du gouvernement. Et si certains députés voudraient soulever la question de la confiance parlementaire au gouvernement, les proches de Aïn el-Tiné considèrent qu’il y a peu de chances que celle-ci soit retirée, car les équilibres politiques qui ont permis la naissance de ce gouvernement en février 2025 sont encore valables, à quelques nuances près.

Justement, une de ces nuances serait-elle la position du Hezbollah et de son bloc qui, depuis quelques semaines, sont montés de plusieurs crans dans leurs critiques au pouvoir ? Le moment est-il venu pour lui de faire chuter le gouvernement, surtout qu’il sera difficile d’en former un nouveau ? Dans ce cas, le Hezbollah pourrait-il préférer que l’exécutif soit dirigé par un gouvernement sans prérogatives réelles, juste chargé de gérer les affaires courantes, à un moment où les appels pour qu’il remette ses armes à l’État deviennent de plus en plus pressants ?

Les proches de Aïn el-Tiné considèrent qu’un tel scénario est improbable dans les circonstances actuelles. Pour l’instant, il n’y a pas de décision régionale et internationale pour faire chuter ce gouvernement et il n’y a pas non plus une majorité parlementaire en faveur d’une telle décision. De plus, même si la question de confiance était soulevée, elle pourrait avoir le résultat contraire et aboutir à l’expression d’un large soutien au gouvernement. Même le Hezbollah n’est pas actuellement dans un scénario de renversement du gouvernement. Sa priorité, aujourd’hui, est de préserver autant que possible un minimum de calme interne, en attendant de voir les développements au Sud et dans l’ensemble de la région. Il n’est donc pas question pour lui, à l’heure actuelle, de se lancer dans une confrontation à grande échelle avec les Israéliens ni de mettre en cause la stabilité interne du pays.

Pour toutes ces raisons, la décision de tenir une séance parlementaire plénière pour discuter de la politique générale du gouvernement n’est nullement destinée à mettre celui-ci sur la sellette, mais à réduire la tension dans le pays. Et en même temps, cela permettrait à la classe politique de détourner l’attention des citoyens de son incapacité à influer sur le cours des événements...


La décision du président de la Chambre de fixer une séance plénière, mardi et mercredi prochains, pour discuter de la politique générale du gouvernement a surpris plus d’un camp. Pour bon nombre d’entre eux, une telle séance serait malvenue à l’heure actuelle, où le gouvernement peine à offrir aux Libanais les réalisations dont ils rêvent, où le Sud continue à être la cible des bombardements israéliens et où les négociations directes entre le Liban et Israël semblent piétiner. De plus, cette décision a été annoncée au moment où les militaires retraités expriment leur colère dans la rue contre leurs indemnités dérisoires, alors qu’il est très difficile, dans les circonstances actuelles, de satisfaire ne serait-ce qu’une partie de leurs exigences. Face à la complexité de la situation, les...
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