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Campus - Orientation

L’ALBA lance une licence dédiée à la conservation du patrimoine

Le Liban et la région ont un besoin urgent de professionnels dans ce secteur.

L’ALBA lance une licence dédiée à la conservation du patrimoine

Session de formation dédiée à l’identification et la conservation des matériaux du patrimoine, animée par Nathalie Ducatel, avec les étudiants de l’école des arts décoratifs. Abraham Kaloustian/Alba/UOB

Le Liban et le Proche-Orient possèdent un riche patrimoine et un besoin urgent de professionnels pour le protéger. Malheureusement, les spécialistes formés à la conservation restent rares au Liban et dans les pays voisins. La licence, lancée par l’ALBA en partenariat avec l’Institut national du patrimoine (INP), un établissement public français de référence pour la formation aux métiers du patrimoine, répond à ces besoins. À la fois pluridisciplinaire et résolument axée sur la pratique, la formation, étalée sur trois ans, va permettre aux étudiants l’étude, la protection et la valorisation du patrimoine sous toutes ses formes. « Nous cherchons à former une génération capable de lire la matière du passé, de comprendre ses fragilités et de la transmettre intacte à l’avenir », affirme Marie-Josée Rizkallah, directrice de la section de conservation et restauration de l’ALBA.

La formation repose sur trois piliers : les sciences exactes et expérimentales (physique, chimie, propriétés des matériaux, biologie, imagerie scientifique) ; les sciences humaines et sociales (histoire de l’art européen et libanais, archéologie, histoire des techniques et du patrimoine, ethnologie) ; enfin l’apprentissage pratique du geste, en atelier et sur chantier-école. « Ici, la rigueur scientifique rencontre la sensibilité de l’artiste et l’engagement du gardien du patrimoine », affirme Mme Rizkallah, précisant que des ateliers artistiques et pratiques ainsi que des stages dans des institutions patrimoniales publiques ou privées au Liban vont permettre aux étudiants, dès leur première année de licence, de s’immerger dans la réalité des besoins du terrain et d’apprendre le métier en le pratiquant sur des biens réels. « Ces ateliers artistiques, qui sont les enseignements fondamentaux du cursus, forment d’abord le regard, ensuite la main. Au contact direct des matériaux, l’étudiant apprend à en reconnaître la composition et le comportement, à identifier les agents de dégradation comme les conditions favorables à leur conservation, et à conduire le constat d’état et le diagnostic qui précèdent toute intervention. » Au bout de la troisième année, les étudiants obtiendront une licence en conservation du patrimoine qui leur permettra de devenir des collaborateurs en conservation. Ils pourront travailler dans des institutions patrimoniales publiques ou privées au sein des musées, ou à la Direction générale des antiquités (DGA), ou encore sur des collections privées ou dans des services d’archives de bibliothèques, ainsi que dans tous les domaines qui ont besoin de spécialistes pour conserver des textiles, des tableaux, des icônes, des objets archéologiques, des manuscrits anciens, des photos, des outils ou instruments. La liste des débouchés est longue.

Collaborateur en conservation, mais pas encore restaurateur

Le code d’éthique de la profession cadre clairement les compétences : on ne peut pas restaurer un objet patrimonial avant de maîtriser les méthodes et les techniques pour le faire, mais aussi avoir suffisamment de pratique. À cette fin, l’étudiant devra entreprendre deux années d’études supplémentaires pour obtenir un master en conservation-restauration du patrimoine, affirme Marie-Josée Rizkallah.

Soulignant l’avantage que représente l’adossement de cette licence à l’expertise pédagogique de l’INP, la directrice relève que « tous les cours sont adaptés à la réalité et au patrimoine libanais ». Cet ancrage local n’entre pas en contradiction avec l’ouverture internationale du cursus : l’ALBA a adopté le système européen de transfert et d’accumulation de crédits (ECTS) depuis plus de vingt ans et entretient des programmes d’échange avec plusieurs institutions académiques européennes de premier plan. La conformité aux standards européens ne relève pas d’un simple parrainage ; elle rend la mobilité effectivement praticable. Et d’ajouter : « En contribuant à la préservation des œuvres, la diffusion des archives et des collections auprès du plus large public, ces futurs conservateurs-

restaurateurs œuvrent à la valorisation du patrimoine sous toutes ses formes, et jouent un rôle stratégique dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine aux générations futures. »

Un projet construit sur le terrain et dans le dialogue

« L’explosion du 4 août 2020 a agi comme un révélateur. Elle a mis au jour l’ampleur du besoin : les musées, les collections privées et les fonds d’archives sinistrés manquaient de spécialistes capables d’intervenir sur les objets, dans toute la diversité de leurs matériaux », précise Mme Rizkallah.

Présent sur le terrain, l’INP a réalisé le manque, mais surtout le besoin au Liban de former des conservateurs-restaurateurs, le pays ayant été déjà touché plusieurs fois par des destructions. L’ALBA étant une académie regroupant plusieurs écoles et dispensant une formation artistique pluridisciplinaire, elle a constitué pour l’INP l’institution idéale pour implanter une formation inédite sur les métiers de la conservation pour accueillir les futurs spécialistes du Liban, mais également de toute la région qui regorge de vestiges et de richesses incroyables. Avec l’INP, soutenu par l’ambassade de France et le ministère français de la Culture, l’ALBA a « élaboré la maquette d’une filière complète, de la licence au master, couvrant l’ensemble des spécialités et alignée sur les standards européens ».

Une programmation pluridisciplinaire a été lancée à l’intention des étudiants de l’école d’architecture et de l’école des arts décoratifs sur des thèmes très variés. Suite à l’intérêt qu’a suscité cette formation, l’ALBA a décidé en 2024 de l’ouvrir au public. « Malheureusement, avec le début de la guerre, nous avons dû reconvertir cette formation en séminaires dédiés uniquement aux étudiants en master d’architecture, sur des thèmes qui répondaient à l’urgence de la gestion du patrimoine en temps de crise », explique Marie-Josée Rizkallah. Ces séminaires conçus avec la précieuse aide de Nathalie Ducatel,

conservatrice-restauratrice et coordinatrice du projet ALBA/INP, abordaient la question de la conservation en temps de crise, avec des intervenants de l’INP et de nombreux acteurs du patrimoine.

En janvier 2025, l’ALBA a bénéficié d’une subvention de la délégation de l’Union européenne au Liban pour la restauration d’un espace public au service d’une communauté engagée. Une conférence consacrée à la gestion du patrimoine en temps de conflit est organisée par l’ALBA en juin 2025 avec la participation de plusieurs intervenants, dont le régiment indépendant des travaux de l’armée libanaise, l’architecte restauratrice de la DGA, la présidente de Bouclier bleu France (BbF), le doyen de l’ALBA-UOB, la conservatrice du musée archéologique de l’AUB, Beit Gazo à Harissa, MuséoLab… Elle a inauguré le projet et attiré l’attention sur les sites historiques endommagés par la guerre de 2024. Deux collaborations particulièrement fructueuses avec l’atelier de restauration du Beirut Museum of Arts (BeMA), marquées par une synergie et des échanges d’une grande richesse, ont naturellement conduit à l’établissement d’un partenariat solide et prometteur entre les deux institutions. Ont suivi des cycles de conférences, des interventions dans les cours de l’ALBA et à l’Educational Hub de WeDesign, des journées portes ouvertes et des visites d’institutions culturelles, publiques comme privées. Ces rencontres ont noué des partenariats qui ont servi de terrains de stage et ouvert la voie à la licence, dont l’ouverture est fixée pour ce mois-ci.

Le Liban et le Proche-Orient possèdent un riche patrimoine et un besoin urgent de professionnels pour le protéger. Malheureusement, les spécialistes formés à la conservation restent rares au Liban et dans les pays voisins. La licence, lancée par l’ALBA en partenariat avec l’Institut national du patrimoine (INP), un établissement public français de référence pour la formation aux métiers du patrimoine, répond à ces besoins. À la fois pluridisciplinaire et résolument axée sur la pratique, la formation, étalée sur trois ans, va permettre aux étudiants l’étude, la protection et la valorisation du patrimoine sous toutes ses formes. « Nous cherchons à former une génération capable de lire la matière du passé, de comprendre ses fragilités et de la transmettre intacte à l’avenir », affirme...
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