Il y a des heures où la diplomatie ressemble à un sacrilège. À Washington, à Rome, des émissaires libanais s’asseyent devant leurs homologues israéliens, autour de tables cirées où l’encre des traités semble plus fraîche que le sang sur les décombres. Pendant ce temps, là-bas, au pays du Cèdre, le ciel crache le feu, et la mort trace son sillon quotidien. Surréaliste ? Absurde ? Plutôt le symptôme d’un monde où la parole s’échoue quand les armes ont décidé de trancher.
Car que pèse une négociation quand on a déjà distribué toutes ses cartes ? Un État qui ne peut protéger ses frontières, qui regarde les frappes ennemies labourer son sol sans pouvoir les entraver, qui réclame un retrait sans obtenir ni délai ni promesse, et qui, sur son propre territoire, voit une résistance lui échapper, ne se présente pas en négociateur : il mendie. Il tend la main, non pour serrer celle de l’autre, mais pour implorer une once de clémence. Or la clémence n’est pas la souveraineté. La politesse n’est pas la paix.
Négocier sérieusement, c’est peser. C’est opposer à la force une force, à la menace une dissuasion, à l’arbitraire une capacité de nuisance qui fait réfléchir l’adversaire avant qu’il ne frappe. Sans cela, la table des pourparlers n’est qu’une estrade de théâtre où l’on joue la comédie de l’espoir, tandis que les bombes au phosphore, elles, écrivent la véritable partition. À quoi bon discuter des modalités d’un cessez-le-feu si l’on n’a aucun moyen crédible d’en faire respecter les clauses, sinon la prière que l’autre, soudain, se prenne de charité ?
Il est temps, Monsieur le Président de la République, que l’illusion cède au sursaut. Il est temps de nommer l’urgence par son nom, non pas un mot creux dans un décret, mais un souffle qui convoque les ambassadeurs des grandes puissances, qui arrache leur indifférence et les force à regarder le martyre libanais en face. Il est temps de rassembler les forces vives de la nation, au-delà des clivages, pour forger une riposte qui ne soit ni une plainte ni une supplique, mais une volonté diplomatique, certes, mais aussi militaire si nécessaire, pour que l’agression trouve enfin une digue.
Et qu’on le sache que cette digue ne tiendra que si le Hezbollah finit par comprendre que l’heure n’est plus aux fiefs séparés. Qu’il collabore, vraiment, avec l’État et l’armée. Qu’il s’engage pour de vrai, dès que le fracas des armes se taira, à déposer les siennes sur le sol libanais, pour que le Liban redevienne un pays respectable, et non un champ de bataille permanent où les puissances étrangères viennent régler leurs comptes.
Dieu aie pitié du Sud-Liban. Car les hommes, décidément, semblent avoir oublié le chemin de la miséricorde.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

