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Politique - Décryptage

Quand le Hezbollah se demande s’il a eu raison de soutenir Joseph Aoun à la présidence...


Quand le Hezbollah se demande s’il a eu raison de soutenir Joseph Aoun à la présidence...

Le président Joseph Aoun prêtant serment lors de la séance parlementaire qui a permis son élection à la magistrature suprême, le 9 janvier 2025. Photo d’archives AFP

Les milieux proches de Aïn el-Tiné ont beau affirmer qu’il n’y a aucune rupture des relations entre la présidence de la République et le Hezbollah, les déclarations de certains responsables de la formation et les critiques adressées au chef de l’État laissent supposer le contraire. En effet, depuis quelque temps, le Hezbollah ne ménage pas ses critiques publiques à Joseph Aoun, alors qu’il s’était contenté pendant plusieurs mois de garder le silence tout en évitant de mener un dialogue direct avec Baabda, entamé au début du mandat présidentiel.

Aujourd’hui, les relations semblent avoir pris une tournure offensive, surtout de la part du Hezbollah, au point qu’au sein de la formation, un débat est ouvert au sujet de la question suivante : le soutien du Hezbollah à la candidature de Joseph Aoun était-il une décision sage ou bien s’agit-il d’une erreur d’estimation et de vision stratégique ? Dans les cercles internes du Hezbollah, les discussions vont aussi bon train au sujet de l’attitude à adopter face au chef de l’État : faut-il ainsi rompre désormais tous les ponts avec la présidence et se diriger vers une confrontation ouverte, ou bien laisser encore une chance aux discussions à l’heure où le tableau régional et international est encore flou ? Les avis sont partagés sur toutes ces questions.

Dans les discussions internes, on revient sur les circonstances de l’élection (le 9 janvier 2025), du moins telle qu’elles sont racontées par le Hezbollah. Selon la version véhiculée par la formation, entre la première séance de vote qui n’avait pas abouti et la seconde qui avait permis l’élection, il y a eu une pause de 2 heures, qui avait été mise à profit pour organiser une rencontre entre des représentants d’Amal et du Hezbollah avec le candidat Joseph Aoun. Apparemment, cette rencontre qui s’était déroulée dans un hôtel proche du Parlement avait abouti à une entente sur certains points considérés comme essentiels par le tandem chiite. Et c’est cette entente supposée qui aurait poussé les députés du Hezbollah à voter en faveur de Joseph Aoun lors de la seconde séance de vote. Mais il n’y a jamais eu de confirmation ni de démenti de la présidence sur la tenue de cette réunion et sur son contenu. Toujours est-il que les relations sont restées acceptables entre les deux parties pendant de longs mois, le chef de l’État ayant en général adopté une attitude nuancée, tout en laissant la voie ouverte au dialogue.

Mais à partir de l’adoption de l’accord-cadre par le Liban et Israël, les relations ont commencé à se détériorer. Il y a d’abord eu une suspension des visites des membres du Hezbollah à Baabda, les contacts se faisant par des intermédiaires, en tête le président du Parlement. Puis le Hezbollah est passé aux critiques ouvertes, comme s’il avait désespéré de la possibilité de rétablir les ponts avec la présidence.

Selon ce qui filtre des discussions internes au sein de la formation, ceux qui ont appuyé la décision de soutenir la candidature de Joseph Aoun rappellent qu’en janvier 2025 et juste après la conclusion de l’accord du 27 novembre 2024, qui a été rapidement suivi par la chute du régime Assad en Syrie, le parti était affaibli et n’avait pas la possibilité d’imposer ses conditions pour l’élection présidentielle. D’autant que des pressions internationales et régionales avaient été exercées pour que Joseph Aoun soit élu. Le Hezbollah s’est retrouvé devant l’équation suivante : soit il bloque le scrutin sans avoir la possibilité de faire élire à la présidence un candidat qui lui serait plus favorable, et se retrouve ainsi en porte-à-faux, non seulement avec l’intérieur libanais, mais aussi avec des parties régionales et internationales ; soit il favorise l’élection et essaye en même temps d’obtenir quelques acquis. C’est la voie que le Hezbollah a finalement choisie, en raison des circonstances particulières du moment et aussi parce que son expérience avec Aoun quand il était commandant en chef de l’armée était évaluée de façon positive. À ceux qui critiquent aujourd’hui cette décision, le courant au sein du Hezbollah qui l’appuie rappelle qu’au moment où elle a été prise, elle était justifiée et utile, dans la mesure où elle donnait une chance à la reconstruction de l’État, dont les institutions étaient affectées par la vacance présidentielle et par la guerre. De plus, ce courant estime que Joseph Aoun était un des meilleurs choix possibles. D’ailleurs, tout au long des mois écoulés, il a essayé d’avoir une position plus ouverte que d’autres, cherchant à donner la priorité à l’entente interne, tout en soutenant l’armée et son chef qui étaient la cible de nombreuses critiques. Autrement dit, pour ce camp, la décision n’était pas une erreur. Au contraire, elle a donné un répit à tout le Liban. De plus, le chef de l’État continue à avoir des positions nuancées, affirmant que la porte de Baabda est ouverte à tous.

Par contre, ceux qui critiquent la décision estiment qu’elle aurait dû être accompagnée de plus de garanties et que le Hezbollah aurait dû préserver certains moyens de pression sur les autorités, alors qu’actuellement, il est plutôt paralysé, ayant renoncé, pour diverses raisons, à la possibilité de recourir à la rue ou à celle de faire chuter le gouvernement. Selon ce camp, qui va jusqu’à considérer l'élection de Aoun comme « une faute stratégique », le Hezbollah a perdu une partie de son influence sur l’intérieur libanais, ainsi qu’un certain nombre d’alliés politiques, et il a pratiquement les mains liées sur de nombreux dossiers. Les négociations directes entre le Liban officiel et Israël sont venues envenimer ce débat interne au sein de la formation surtout avec ce que celle-ci considère comme des concessions gratuites faites aux Israéliens.

Face à ces tiraillements, faut-il s’attendre à des remous au sein du Hezbollah ? Les partisans de la formation affirment qu’il n’y a rien de tel. Ils ajoutent que, malgré tout, le Hezbollah n’a nullement l’intention de suspendre totalement tout dialogue avec la présidence. Au contraire, il reste convaincu que celui-ci n’est pas une option, mais un devoir... le moment venu.

Les milieux proches de Aïn el-Tiné ont beau affirmer qu’il n’y a aucune rupture des relations entre la présidence de la République et le Hezbollah, les déclarations de certains responsables de la formation et les critiques adressées au chef de l’État laissent supposer le contraire. En effet, depuis quelque temps, le Hezbollah ne ménage pas ses critiques publiques à Joseph Aoun, alors qu’il s’était contenté pendant plusieurs mois de garder le silence tout en évitant de mener un dialogue direct avec Baabda, entamé au début du mandat présidentiel. Aujourd’hui, les relations semblent avoir pris une tournure offensive, surtout de la part du Hezbollah, au point qu’au sein de la formation, un débat est ouvert au sujet de la question suivante : le soutien du Hezbollah à la candidature de Joseph Aoun était-il une...
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