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Nos lecteurs ont la parole

Promotion des valeurs et changement au Liban

Le programme préliminaire et expérimental engagé par la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue interculturel (FAL), qui inclut dans une première étape (juillet-octobre 2026) trois pays, le Liban, la Jordanie et la Grèce, intitulé « Observatoire des valeurs dans l’espace euroméditerranéen », s’opère dans un monde déboussolé et souvent sans repère.

L’Observatoire se propose de sortir d’un formatage intellectuel où on se limite aux superstructures juridiques, économiques, administratives, organisationnelles… On occulte ainsi la dimension humaine, culturelle, les opportunités et obstacles au développement dans les sous-systèmes sociaux, c’est-à-dire la culture, les mentalités, les comportements, les habitudes... La source en effet du désastre libanais actuel n’est pas exclusivement institutionnelle, mais culturelle, au sens sociologique de la culture, avec des compromissions sur la souveraineté et des « libanaiseries », suivant l’expression d’Anthony Samrani (L’Orient-Le Jour du 6 janvier 2025).

Fondement des valeurs : qui détermine les valeurs ? Assimiler les valeurs, comme il arrive souvent dans le monde d’aujourd’hui, dans la catégorie des opinions, goûts, intérêts, motivations dans la vie quotidienne… c’est la négation même des valeurs à dégager de l’essence de l’humaine condition. Il s’agit de trois spécificités de l’homme par rapport à toute la création : la conscience, le propre de l’homme, et donc la dignité humaine ; la liberté, l’homme est un être libre à la différence de toutes les autres créatures ; la fraternité humaine du fait que nous vivons sur la même planète Terre et que nous avons des intérêts communs et partagés. Il n’appartient pas à l’homme de déterminer les valeurs qui se dégagent de l’essence de l’homme, mais de les expliciter et de réfléchir aux modalités de leur vécu et de leur application.

Quand la modernité dévie des fondements ontologiques de l’être humain, d’après toutes les croyances et religions et au cours de l’histoire, il en découle régression, barbarie, comme il ressort de l’expérience historique cumulée, notamment avec le nazisme, fascisme, communisme soviétique et tous les régimes oppressifs. Quand on a dévié des valeurs fondatrices, on a tué l’homme.

Le caractère absolu des valeurs ne s’oppose pas à la relativité des aménagements. Tout problème est régi par des normes dont les aménagements sont diversifiés en conformité avec les normes. Il y a une science médicale du fait de l’unité du corps humain, mais les applications sont relatives selon les particularismes de la maladie et aussi des malades. Si la médecine était absolue, il n’y aurait plus de malade. Mais si chaque malade était un cas particulier, il n’y aurait pas de science médicale possible !

La modernité n’est pas la mode : la modernité, fruit d’un cumul civilisationnel, se trouve assimilée à la mode, non seulement dans l’habillement et les agissements quotidiens. Elle s’étend à la pensée, la vie publique, familiale, professionnelle… Or « la mode, comme l’écrit Jean Cocteau, est ce qui devient démodé » ! La modernité consiste-t-elle à propager le discours perroquet du marché et des opinions, sans racines et sans fondement expérimental et scientifique ?

Que signifie aussi changement social ? Il faudrait distinguer entre mutations qui découlent de conjonctures, circonstances, perturbations… et changement au sens sociologique, qui implique effectivité structurelle, stabilité et profondeur dans l’organisation sociale, la culture et les comportements.

Dans la langue chinoise, le mot « crise », weiji, est composé de wei, qui signifie « danger », « risque » ou « menace », et jihui, qui signifie « moment décisif », « opportunité », moment charnière qui peut mener au changement. La crise provoquera-t-elle dépression et démission ?

Le Liban actuel bénéficie d’opportunités grâce à un soutien unanime arabe, européen, américain, international et de la visite importante du pape, opportunité en vue de l’adhésion unanime à l’État, alors qu’on persiste dans des compromissions sur la souveraineté avec une mentalité de ma’lech (« ça ne fait rien ») dans la vie publique.

Après la fin des grandes idéologies – fascisme, socialisme, communisme soviétique… – des religions sont exploitées en tant qu’idéologies de mobilisation politique ou politologie de la religion. La Déclaration d’al-Azhar « Citoyenneté et vivre-ensemble » (2017), celle d’Abou Dhabi, « La fraternité humaine pour la paix et la vie commune » (2019), et l’encyclique du pape François « La fraternité humaine » (2020) s’adressent aux croyants.

La perturbation des valeurs et ses effets sur les comportements provoquent une crise de confiance en société, alors que la confiance est moteur de développement et fondement de la légitimité et de rapports humains profondément relationnels.

La tyrannie de l’opinion se répand à l’encontre de la pensée dont l’origine latine (pensare) signifie peser. Durant une mascarade de jugement, Jésus demande à Pilate : « C’est toi qui dis cela, ou tu l’as entendu ? »

Nombre de dérives dans l’éducation aux droits de l’homme et l’égalité entre hommes et femmes ont débouché sur l’ébranlement de la famille et l’émergence de femmes, ni traditionnelles comme notre grand-mère qui a assumé les charges familiales après le décès prématuré de l’époux, ni vraiment modernes qui bénéficient de droits mais assument aussi des devoirs. Il y a égalité absolue entre homme et femme en ce qui concerne la dignité humaine (intégrité physique, liberté de conscience et égalité devant les charges publiques), mais différenciation des rôles.

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Trois études opérationnelles de la FAL : en octobre 2026, trois études opérationnelles seront publiées concernant le Liban, la Jordanie et la Grèce, en exécution préliminaire et expérimentale de l’Observatoire euroméditerranéen des valeurs. La FAL qui groupe 43 pays est présidée par la princesse Rym Ali.

Il ne s’agit pas d’imposer l’explication ontologique des valeurs inhérentes à la condition de l’homme. Sans ces valeurs, un processus de décivilisation ravage le monde actuel à cause d’effets pervers du mondialisme et d’un progrès exclusivement technologique. Il y a dans le monde d’aujourd’hui des courants, plutôt idéologiques, qui considèrent que ce qu’on appelle le propre de l’homme, dont la conscience et la liberté, n’est qu’un épiphénomène dont l’explication découlerait à l’avenir des recherches sur le cerveau et les neurosciences.

Chaire Unesco – USJ

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Le programme préliminaire et expérimental engagé par la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue interculturel (FAL), qui inclut dans une première étape (juillet-octobre 2026) trois pays, le Liban, la Jordanie et la Grèce, intitulé « Observatoire des valeurs dans l’espace euroméditerranéen », s’opère dans un monde déboussolé et souvent sans repère. L’Observatoire se propose de sortir d’un formatage intellectuel où on se limite aux superstructures juridiques, économiques, administratives, organisationnelles… On occulte ainsi la dimension humaine, culturelle, les opportunités et obstacles au développement dans les sous-systèmes sociaux, c’est-à-dire la culture, les mentalités, les comportements, les habitudes... La source en effet du désastre libanais actuel n’est pas...
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