Le palais de justice de Beyrouth. Photo P.H.B.
L’interrogatoire de l’ancien Pdg de Bank Audi Samir Hanna prévu, jeudi, par la juge d’instruction de Beyrouth, Shéhérazade Nasser, ne s’est pas tenu. L’avocat de M. Hanna a demandé à la magistrate de lui accorder un délai pour lui permettre de présenter des exceptions de procédure. Sa requête a été acceptée et une nouvelle date d’audience a été fixée au 3 septembre.
L’affaire en cours d’instruction trouve son origine dans la plainte déposée et annoncée en janvier dernier dans une conférence de presse par le gouverneur actuel de la BDL, Karim Souhaid, contre son prédécesseur Riad Salamé et Samir Hanna, sans toutefois les avoir nommés. Selon nos informations, cette plainte porte notamment sur des actions achetées en 2010 par Bank Audi à la société égyptienne EFG Hermès qui détenait 17 millions d’actions dans la banque et qui souhaitait les céder. L’opération aurait été réalisée pour un montant de 153 millions de dollars, par l’intermédiaire de Middle East Opportunities for Structured Finance Ltd (MOSF), une société enregistrée aux îles Caimans, un territoire britannique d’Outre-Mer situé dans les Caraïbes. Ce montage aurait été financé par la BDL à travers la souscription de titres émis par MOSF. Les titres ainsi acquis auraient ensuite été détenus successivement par deux autres sociétés offshore, en 2012, puis en 2014.
Comme l’a soutenu à plusieurs reprises dans la presse l’avocat de Riad Salamé, Wassim Ghaoui, la dette de Bank Audi envers la BDL aurait, par la suite, été remboursée, avec des intérêts de 33 millions de dollars. Selon nos informations, toutefois, la plainte de M. Souhaid ne vise pas l’établissement bancaire en tant que tel, mais son ancien dirigeant, Samir Hanna, ainsi que Riad Salamé. Un avocat proche du dossier indique à cet égard que la question soulevée par la plainte n’est pas nécessairement une perte de 153 millions de dollars par la BDL mais la légalité du financement, ainsi que la question de savoir qui a bénéficié réellement du montage financier.
L’avocat de Riad Salamé précise, pour sa part, que la décision de souscription des titres était régulière, puisqu’approuvée, alors, par le Conseil central de la BDL.
Outre le représentant du bureau de défense de Samir Hanna, l’avocat de la Banque centrale, ainsi qu’une représentante du Contentieux de l’Etat, qui s’était constitué partie civile dans la plainte déposée par la BDL, assistaient également à l'audience jeudi.
Quant à Samir Hanna, il n’a pas comparu personnellement. La loi permet en effet à une personne mise en cause de se faire représenter par son avocat durant l’étape précédant la présentation des exceptions de procédure. De tels moyens de défense visent à contester la régularité d’une procédure engagée devant un magistrat, notamment en invoquant l’incompétence de celui-ci ou une litispendance, c’est-à-dire une situation dans laquelle le même litige a déjà été soumis à une autre juridiction.


