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Société - Justice Au Liban

« Homicide volontaire » de Pascal Sleiman : l’acte d’accusation retient un plan prémédité et écarte le mobile de vol de voiture

Douze personnes, dont trois en fuite, sont notamment suspectées d’homicide volontaire et d’enlèvement. La juge d’instruction estime que le mobile du meurtre « demeure obscur ».

« Homicide volontaire » de Pascal Sleiman : l’acte d’accusation retient un plan prémédité et écarte le mobile de vol de voiture

La photo de Pascal Sleiman sur l'église de Mayfouk, dans la région de Jbeil, pendant ses funérailles, le 12 avril 2024. Photo Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour

Le meurtre de Pascal Sleiman, responsable local des Forces libanaises, qui avait été enlevé et tué en avril 2024, n’est pas lié à un simple vol de voiture, mais avait bien été prémédité. C’est ce qu’a considéré dans son acte d’accusation la première juge d’instruction du Mont-Liban Nada Asmar, qui ne se prononce pas cependant dans les 17 pages du document, que L’Orient-Le Jour a pu consulter, sur le mobile de ce meurtre. Ce crime avait alors provoqué des craintes d’une action liée à des considérations communautaires, puis d’une vendetta à l’encontre des réfugiés et déplacés syriens.

Selon le texte, la juge a estimé que les 12 prévenus dans cette affaire sont soupçonnés d’homicide volontaire, sur base de l’article 549 du Code pénal, de crime d’enlèvement (article 569), de constitution d’une bande de malfaiteurs en vue de commettre des crimes contre les personnes et les biens (article 335), ainsi que le délit de possession d’armes (article 72 de la loi sur les armes et munitions), le délit de faux et usage de faux (article 464 du Code pénal), selon le rôle de chacun des accusés et la preuve de sa participation. La juge a indiqué qu’il ressort de ses investigations que « ce n’est pas de manière spontanée, fortuite ou occasionnelle que les prévenus ont enlevé Pascal Sleiman et se sont emparés de sa voiture », soulignant qu’« ils ont exécuté un plan criminel, organisé selon une entente préalable ».

« L’objectif était d’agresser le conducteur, de porter atteinte à sa vie et de se débarrasser de lui », peut-on lire dans la décision. Elle a jugé que les accusés « ne se sont pas contentés de s’emparer de la voiture (…) mais ils ont forcé le conducteur à mettre pied à terre, l’ont violemment et mortellement battu et ont poursuivi l’exécution de leur plan en le plaçant dans le coffre du véhicule, en le transportant vers la frontière où d’autres personnes se sont chargées de le récupérer et de s’en débarrasser dans une zone désertique du côté syrien de la frontière ». La magistrate a considéré que « dans le cadre d’un simple vol de voiture, le conducteur est éloigné, sans besoin de continuer à l’agresser une fois qu’on a pris possession du véhicule, alors que la victime n’a plus la capacité de résister ». D’autant, a-t-elle précisé, que Pascal Sleiman avait « exhorté les accusés à lui dire ce qu’ils voulaient de lui pour qu’il puisse obtempérer ». Partant, la juge Asmar a estimé que « son meurtre est un acte autonome, intentionnel, commis dans le cadre d’un plan préétabli et non accidentel ».

Douze suspects, dont trois en fuite

La juge a déterminé les rôles que s’étaient répartis les accusés, certains participant à la surveillance de la victime, à son agression, d’autres ayant tenté de se débarrasser du corps en Syrie. Mme Asmar a cependant indiqué que « le mobile ayant poussé les accusés à commettre le crime demeure obscur au vu des éléments du dossier ». Ce dernier a été transmis à la cour criminelle du Mont-Liban.

Parmi les suspects, neuf personnes — majoritairement de nationalité syrienne — sont détenues depuis avril 2024, dont un homme et son épouse. Trois autres prévenus sont en fuite. Deux des neuf personnes détenues, B.D. et sa femme N.S., sont notamment accusées d’avoir falsifié des cartes d’identité libanaises. L’ordinateur de Pascal Sleiman a été retrouvé à leur domicile, ainsi qu’une sacoche contenant des papiers et documents personnels. N.S. a avoué que son mari fait partie d’un gang de voleurs de voitures, qui sont ensuite transférées en Syrie, tout en niant savoir quoi que ce soit sur le meurtre.

L’acte d’accusation revient en outre sur l’exposé des faits de la soirée du 7 avril 2024. Pascal Sleiman avait été enlevé alors qu’il était à bord de sa voiture près de Jbeil. Il avait été intercepté par une Hyundai blanche volée à Rabieh. Les passagers étaient descendus du véhicule et l’avaient frappé avant de le kidnapper. L’agression a coïncidé avec une conversation téléphonique de la victime avec un ami, Roméo Awad. Ce dernier a dit qu’il était au téléphone avec Pascal Sleiman depuis une quinzaine de minutes lorsqu’il l’a soudain entendu implorer des personnes en leur disant : « Pas ma tête, j’ai des enfants », puis crier. Des pleurs s’en étaient suivis, avant que la ligne ne soit coupée. Roméo Awad avait alors immédiatement donné l’alerte et des recherches avaient été lancées, jusqu’à ce que les services de renseignements de l’armée découvrent qu’il avait été tué et retrouvé mort en Syrie.

Geagea : « La justice sur la voie du rétablissement »

Selon les allégations des membres de la bande, ils étaient à la recherche d’une voiture susceptible d’être volée lorsqu’ils ont arrêté Pascal Sleiman, le menaçant d’un pistolet. L’un d’eux avait ensuite pris le volant de la voiture, tandis que l’ancien responsable FL avait été jeté sur la banquette arrière, où il avait continué à se faire frapper, notamment à coups de crosse de fusil sur la tête. Arrivés à Tripoli, ils avaient enveloppé le corps de Pascal qui ne présentait plus de signes de vie et l’avaient placé dans le coffre. Deux médecins légistes ont indiqué que la victime avait des fractures du thorax, et une forte contusion au poumon gauche, une fracture au niveau du nez, des traces de torture sur le corps et des blessures au niveau de la tête, causées par un corps solide et tranchant, ce qui avait provoqué une hémorragie interne. Les accusés ont démenti avoir ciblé sciemment Pascal Sleiman, arguant qu’ils voulaient juste le dépouiller de son argent et s’emparer de sa voiture.

Dans un message sur X, le chef des Forces libanaises Samir Geagea a estimé que l’acte d’accusation montre « que la justice au Liban est sur la voie du rétablissement ». « Il est désormais nécessaire que le parquet près la Cour de cassation prenne l’initiative de demander l’extradition des prévenus criminels qui sont toujours en fuite en Syrie, afin que l’enquête puisse être menée à son terme et que soit établie l’identité de la partie qui se trouve derrière l’assassinat de notre camarade. »


Le meurtre de Pascal Sleiman, responsable local des Forces libanaises, qui avait été enlevé et tué en avril 2024, n’est pas lié à un simple vol de voiture, mais avait bien été prémédité. C’est ce qu’a considéré dans son acte d’accusation la première juge d’instruction du Mont-Liban Nada Asmar, qui ne se prononce pas cependant dans les 17 pages du document, que L’Orient-Le Jour a pu consulter, sur le mobile de ce meurtre. Ce crime avait alors provoqué des craintes d’une action liée à des considérations communautaires, puis d’une vendetta à l’encontre des réfugiés et déplacés syriens. Selon le texte, la juge a estimé que les 12 prévenus dans cette affaire sont soupçonnés d’homicide volontaire, sur base de l’article 549 du Code pénal, de crime d’enlèvement (article 569), de constitution...
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