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Ferveur baveuse


La politique chez nous tient parfois du théâtre de boulevard, mais en plus rigolo. Toujours en retard de quelques tours de manivelle, nos dirigeants observent admiratifs, bouche bée et filet de bave au coin des lèvres, le Trumpiste à la ramasse face aux Gardiens hirsutes de Téhéran, infoutu de protéger efficacement ses alliés du Golfe, obligé de tendre la main au Congrès pour renflouer ses stocks de suppositoires guidés, la trouille au ventre dès qu’il s’agit d’envoyer au sol deux pelés et trois tondus, de crainte de s’étaler aux élections de mi-mandat… La première puissance mondiale flageole sérieusement du genou. Le « D Day » est loin !

Et c’est ce moment précis du crépuscule donaldien qu’ont choisi nos visionnaires inspirés, à la tête de cette virgule du Levant, pour quémander un quasi protectorat américain et tout le tintouin qui va avec, en termes de coopération militaire et économique. Championne toutes catégories de la flemmardise et de la sous-traitance, notre classe politique continue de suivre à travers les âges le fil à plomb d’un principe sévèrement plombé : pourquoi se taper un boulot barbant, tant qu’il peut toujours se trouver un ahuri prêt à se faire barber à ta place ?

Sur le papier, le taf demandé n’avait pas de quoi casser trois pattes à un canard : déculotter les barbus et réarmer l’État imberbe. N’importe quel père fouettard dans un autre pays arabe l’aurait fait sans piper. Ben non, raté ! Avec son confetti de communautés, le Liban n’est justement pas un pays arabe normal. Et puis manque de bol, notre armée que l’on gave de treillis, de bottes, de lits de camp, de camions et de rations alimentaires, n’a pas grand-chose à brandir face aux victorieux divins, lesquels se sont pourtant méchamment viandés contre les projectiles barbouillés en hébreu qui tombent comme à Gravelotte.

Il faut savoir que chez nous, les tombereaux de sous-traitance se succèdent depuis la fin des années 70. C’était la belle époque fleurie du paradis syrien. Il avait fallu sous-traiter auprès des frérots de Damas la peau de Yasser Arafat et de ses pendentifs enkeffiehotés. Puis tant qu’à faire, continuer à amortir les soldats voisins en les faisant cogner tantôt sur les chrétiens, tantôt sur les musulmans. Une série de dérouillées mémorables où, tour à tour, chacune des tribus libanaises en avait pris pour son grade.

Les Israéliens s’étaient ensuite pointés pour le dessert en 1982, embarquant ce roublard d’Abou Ammar sur un rafiot. Sous-traitance réussie, du balai ! Mais la facture était salée : deux décennies d’occupation du Liban-Sud.

Aujourd’hui, les Shlomos sont revenus et ne sont pas près de repartir avant le dézingage complet de l’élevage résiduel de Naïm Kassem. Patients comme Job, les villageois du Sud donnent le temps au temps, pendant que les occupants donnent le temps aux tanks. Mais rien ne presse. Au rythme des palabres, tantôt pour attendrir le vieux Taulier centenaire du Parlement, tantôt pour faire la danse du ventre devant les Américains, le Châtelain de Baabda et le Tonton du Grand Sérail ont l’embarras du choix : ne rien faire tout de suite ou attendre encore un peu ?

gabynasr@lorientlejour.com

La politique chez nous tient parfois du théâtre de boulevard, mais en plus rigolo. Toujours en retard de quelques tours de manivelle, nos dirigeants observent admiratifs, bouche bée et filet de bave au coin des lèvres, le Trumpiste à la ramasse face aux Gardiens hirsutes de Téhéran, infoutu de protéger efficacement ses alliés du Golfe, obligé de tendre la main au Congrès pour renflouer ses stocks de suppositoires guidés, la trouille au ventre dès qu’il s’agit d’envoyer au sol deux pelés et trois tondus, de crainte de s’étaler aux élections de mi-mandat… La première puissance mondiale flageole sérieusement du genou. Le « D Day » est loin ! Et c’est ce moment précis du crépuscule donaldien qu’ont choisi nos visionnaires inspirés, à la tête de cette virgule du Levant, pour quémander un...
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