Chère lectrice, cher lecteur,
On ne l’avait pas vu venir, celui-là : le premier baiser d’Isabel Allende, c’était à Beyrouth. Avec un jeune marine américain qui sentait le chewing-gum et la cigarette. On connaît déjà des gens qui vont en conclure que la grande romancière est un peu libanaise. Encore deux recherches et on lui trouve une cousine à Zahlé.
Mais le plus délicieux c’est qu’en 1958, dans le quartier huppé de Verdun, la jeune Isabel lit Les Mille et Une Nuits en cachette, dans un placard, à la lampe de poche. Trop osé pour elle, paraît-il. On surveille les sorties des filles, on leur interdit des livres, puis on s’étonne qu’elles aient des choses à raconter.
Mahmoud Darwich aussi, on aime bien lui dire de quoi il parle. Une rose dans un poème ? La Palestine, évidemment. Une femme aimée ? La terre perdue. Et si, de temps en temps, il avait simplement envie d’aimer une femme et de regarder une rose ? Il faut encore le rappeler lors des rencontres qui lui sont consacrées. On est décidément fatigants.
Avec Septentrionale (Ed. Elyzad), de Karim Kattan, le sourire se serre. Joseph et Maryam roulent vers le nord, leur monde s’efface derrière eux. On pense à ce qu’on aimerait pouvoir faire sans arrière-pensée : prendre la route pour changer d’air. Prévoir quelque chose pour la semaine prochaine. Rentrer chez soi.
Charles Chahwan, lui, nous envoie de Chypre des baigneurs, de la peau, du soleil. À trois heures de l’après-midi, ses personnages ont l’air très occupés à ne rien faire. On les envie un peu. Il a fallu qu’il parte pour peindre cette tranquillité-là et nous la montrer. Nous qui expliquons si volontiers aux autres qu’au Liban, on sait vivre.
Alors oui, on prendrait bien un livre, un baiser, une baignade. Un après-midi dont on n’aurait rien de particulier à raconter. Les grands messieurs qui s’occupent de notre destin vont trouver ça petit. Qu’ils essaient déjà de nous le laisser.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
L'OLJ /
le 30 septembre 2026 à 16h04