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Nos lecteurs ont la parole

Josée, le Canada et moi !

En hommage au Canada, la lettre est rédigée dans un dialecte du Québec.

Ma Carole,

Ça fait un sacré boutte que j’t’ai pas donné de nouvelles. Faut dire que j’suis occupée à ramer dans le sirop d’érable jusqu’au cou. J’te l’dis tout de suite : si ça continue de même, j’vas finir par vendre ma maison, mon char, mon BBQ, mes REER, mon chalet, mes pneus d’hiver pis probablement mon rein gauche pis j’vas m’exiler au Liban.

Attache ta tuque avec d’la broche pis prépare-toi parce que j’vas te faire une crise de nerfs emballée dans du papier recyclé avec un communiqué officiel.

Icitte, on n’habite plus un pays, on habite une patente gouvernementale avec des cônes orange, des formulaires, des taxes, des sous-comités, des rapports de consultants pis des ministres qui courent comme des poules de ferme après le passage d’un renard.

Hier, j’suis rentrée chez Métro avec quatre cents piasses ! J’me sentais riche comme Crésus. J’suis ressortie avec deux sacs, pis l’impression d’avoir financé une opération militaire. Le beurre coûte tellement cher qu’il vient avec un certificat d’authenticité. Les œufs sont rendus plus précieux que les bijoux de ma belle-mère. Le fromage ? Une valeur refuge. À ce rythme-là, on va léguer nos blocs de cheddar à nos enfants devant notaire.

Côté logement, c’est rendu une chasse au trésor ! Mon fils a 32 ans, il travaille, il paie ses impôts, il sent bon, il dit merci, pis il habite encore dans mon sous-sol comme un champignon poli.

Pis pendant qu’on manque de logements, on transforme les églises en condos. Là où le curé parlait du paradis, un courtier vend une cuisine avec comptoir de quartz. L’église où ma mère priait pour sauver l’âme des pécheurs est rendue « les Lofts Sainte-Marguerite avec mezzanine, gym privé ». Le confessionnal est devenu un walk-in, la sacristie un espace yoga, pis le clocher un penthouse pour monsieur qui travaille en crypto. Le bon Dieu va devoir prendre

rendez-vous avec le syndicat de copropriété pour venir visiter ses anciennes affaires et va devoir sonner à l’intercom pour rentrer chez lui.

Pis La Baie ! c’était notre cathédrale nationale du rabais distingué. Les couvertures à rayures, les parfums de matantes, les serviettes en spécial, les escaliers roulants qui sentaient Noël. Voir La Baie tomber, c’est comme apprendre que le père Noël a demandé la protection de la Loi sur les faillites pis qu’il liquide ses rennes sur Marketplace.

Pis là, pendant que les grands magasins ferment, les boutiques de cannabis poussent plus vite que les pissenlits au printemps. Mon doux Seigneur. On est passés de « Attention les jeunes, ne touchez jamais à ça » à « Bonjour monsieur, aimeriez-vous essayer notre nouvelle variété gouvernementale ? » Y’a des succursales partout. Des files. Des conseils. Des emballages. Des programmes. J’te jure, bientôt ils vont vendre ça chez Canadian Tire entre les souffleuses pis les sacs de terre noire.

Hydro ! On produit assez d’électricité pour éclairer la lune. On exporte de l’électricité. On vend de l’électricité. On respire de l’électricité. Mais la facture ? J’ai l’impression d’avoir acheté une centrale nucléaire personnelle. Faudrait m’expliquer comment on peut être assis sur une montagne d’hydroélectricité pis avoir peur d’allumer une deuxième lampe.

Pendant ce temps-là, Ottawa découvre encore des histoires de surfacturation. Ben voyons donc! À Ottawa, une facture, c’est un roman russe avec trois consultants, deux audits, quatre réunions, cinq acronymes pis une chaise livrée en 2031 sans dossier. Tu demandes un crayon, ils te pondent une stratégie nationale du graphite responsable.

Pis Phoenix, le système de paie fédéral ! Cette bibitte-là refuse de mourir. C’est un zombie. Ça mange des salaires, ça crache des erreurs, ça traumatise des fonctionnaires qui veulent juste recevoir leur paye sans invoquer les saints. Là, ils veulent remplacer ça par un autre système à milliards. Des milliards pour faire ce que ma tante Ginette ferait avec une calculatrice Casio, un cahier pis un crayon mâchouillé.

La santé ? J’ai attendu longtemps pour voir un spécialiste que quand ils m’ont appelée, j’avais oublié pourquoi j’avais mal, j’avais guéri deux fois, rechuté une fois pis développé un nouveau symptôme en attendant.

Pis les routes ! Les nids-de-poule sont rendus tellement gros que les bernaches y font escale. Les cônes orange ? On en voit tellement que si le Québec devenait un pays, le cône orange serait sur le drapeau national. Chez nous, y’a deux saisons : l’hiver. Pis les travaux.

On accueille la Coupe du monde. Le Canada sort le chéquier comme un mononcle saoul au casino. La FIFA arrive avec ses exigences de princesse : pas de taxes, sécurité, privilèges, sourires, tapis rouge pis probablement un sirop d’érable tiède servi dans une coupe en or. Pis nous autres, on paie en disant merci, bienvenue.

Le Canada, c’est fatigant, c’est lent, c’est bureaucratique. Mais ici quand tu sors le soir, tu ne regardes pas le ciel avec inquiétude. Quand ton enfant va à l’école, tu ne passes pas ta journée à retenir ton souffle. Quand tu appelles la police, quelqu’un répond. Quand tu vas à l’hôpital, tu sais qu’il y a un système. Quand tu votes, personne ne vient stationner un char d’assaut devant ta porte. Quand tu ouvres le robinet, y’a de l’eau. Quand tu allumes la lumière, y’a du courant.

On passe notre temps à chialer. On chiale fort, avec café, pis parfois avec une tranche de gâteau Vachon. Mais malgré les taxes, les loyers, les cônes, l’épicerie, les files d’attente, les formulaires, les gouvernements qui cherchent leurs lunettes, les systèmes informatiques possédés par le démon, pis les milliards qui fondent comme neige on continue. Au fond, on sait qu’on est chanceux. On sait que par rapport aux inquiétudes que vous vivez au Liban, le Canada reste un pays sécuritaire, stable, paisible, où il fait encore bon vivre. Pis ça, ma belle, c’est pas rien.

J’vas lever mon verre pour te souhaiter, bonne fête du Canada, Le Canada n’est pas parfait, mais au moins, quand ça dérape, ça vient avec subvention publique pis communiqué officiel. Pis si jamais tu viens nous visiter, j’te promets une affaire : ici, les seuls trous qui menacent réellement notre sécurité sont encore dans l’asphalte.

Ta Josée qui te fait plein de becs !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

En hommage au Canada, la lettre est rédigée dans un dialecte du Québec.Ma Carole,Ça fait un sacré boutte que j’t’ai pas donné de nouvelles. Faut dire que j’suis occupée à ramer dans le sirop d’érable jusqu’au cou. J’te l’dis tout de suite : si ça continue de même, j’vas finir par vendre ma maison, mon char, mon BBQ, mes REER, mon chalet, mes pneus d’hiver pis probablement mon rein gauche pis j’vas m’exiler au Liban.Attache ta tuque avec d’la broche pis prépare-toi parce que j’vas te faire une crise de nerfs emballée dans du papier recyclé avec un communiqué officiel.Icitte, on n’habite plus un pays, on habite une patente gouvernementale avec des cônes orange, des formulaires, des taxes, des sous-comités, des rapports de consultants pis des ministres qui courent comme des poules de ferme...
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