Nous vivons dans un monde qui est malheureusement qualifié de fin de cycle et qui reflète l’image d’une dystopie silencieuse. En effet, les repères s’effacent, et on n’est plus capable de nommer la rupture. Au Liban, le danger n’est pas seulement lié au matériel, mais il va bien au-delà de ça et s’affirme par une érosion lente de notre capacité à vivre ensemble et à concevoir un avenir commun. Je vous parle aujourd’hui d’un Liban fragmenté où le présent cruel dévore le passé et efface toutes les archives qui peuvent nous aider à bâtir demain.
Lorsqu’on observe notre société, on remarque qu’elle ne peut pas être perçue comme une crise de gouvernance ou des institutions en décrépitude, mais elle est plutôt une fusion complexe et un tissu narratif qui protège et maintient la cohésion de notre mosaïque. Cela nous incite à comprendre que la difficulté n’est pas seulement économique ou structurelle, mais elle met l’accent sur une crise identitaire et culturelle au sens le plus large du terme. Il est clair que nous avons mis notre héritage dans toute sa complexité de côté et nous nous sommes concentrés sur une immédiateté bruyante, oubliant l’importance d’un récit national
partagé; un récit sans lequel aucun pays ne peut garantir sa pérennité.
Malgré tous les défis et les obstacles qui entravent notre progrès, cette situation ne doit pas nous condamner au fatalisme et nous forcer à capituler. Écrire sur le Liban aujourd’hui, c’est dire non à l’oppression, c’est refuser de laisser effacer les empreintes de ce que nous avons été et de ce que nous aspirons à être et c’est dire oui à la vie. Écrire sur le Liban, c’est un acte politique qui consiste à désigner les choses par leur nom et à sculpter le langage pour freiner le chaos ambiant. La résistance de 2026 porte une robe unique confectionnée dans un tissu naturel et inné ; ce tissu n’est pas un choix esthétique mais un choix de survie qui commence par le refus de l’oubli. Cette résistance consiste à convertir nos expériences, aussi chaotiques soient-elles, en une voix éloquente et structurée qui traverse le temps et dépasse les frontières.
Si nous voulons mettre fin à notre souffrance et éviter que notre avenir ne se traduise par de pertes multiples et un deuil cumulatif, nous devons réinvestir nos mots. Il ne suffit plus de pointer les choses du doigt et de désigner la rupture ; il faut reconstruire la trame. Il y a, derrière chaque silence et chaque défi, une histoire qui attend de voir le jour et d’être racontée et c’est dans cet esprit-là que l’écriture devient un outil qui nous permet de bâtir un horizon, tout en offrant à l’humanité un espace où la pensée reprend ses droits sur l’effacement et l’abandon.
L’écriture demeure cette belle voix qui nous pousse à affirmer que, malgré tout, nous avons encore une histoire à écrire ensemble et à graver sur la mémoire des temps.
Stéphanie EL-FÉGHALY
Traductrice et experte linguistique
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