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Nos lecteurs ont la parole

L’ennemi (4) : les frontières mythiques

La longue inimitié des pays arabes de l’axe de la résistance envers Israël, réglementés par des dictatures rivales et criminelles, avides de se maintenir au pouvoir, survoltés par le soutien aux activités terroristes de la résistance, culminant dans l’accord du Caire, aboutissant à la guerre au Liban, à l’opération « Paix en Galilée », puis à la translocation de l’OLP, réanimée ensuite par l’appui de la résurgence islamiste, chiite ou sunnite, à la solde de l’Iran, allait permettre une transmutation progressive de la société israélienne vers l’extrémisme religieux compatible avec les aspirations bibliques, culminant dans l’assassinat de Yitzak Rabin, mettant en relief l’ambition de l’Erets Israël, un concept philosophique, théologique et traditionnel qui n’est point l’équivalent de la réalité politique de l’État hébreu.

L’historicité des aspirations sionistes profile le retour du peuple juif dans la terre biblique de Canaan. Le retour à la Terre promise, s’étendant depuis la vallée du Nil jusqu’à l’Euphrate, est le thème central de la Torah. L’Alliance mosaïque, conclue sur le mont Sinaï, associe la possession de la terre à la responsabilité du peuple d’obéir aux lois et commandements de Dieu. Ces notions à connotations religieuses, qui ont servi à échafauder des complots interminables, ne peuvent convaincre un esprit rationnel que l’Israël moderne peut continuer à s’élargir pour arriver à monopoliser la géographie entière de l’Israël biblique, une théocratie émanant de traditions restrictives, davantage ancrées dans les récits religieux que dans la réalité politique contemporaine. Israël est théoriquement une nation-État moderne, à tendance laïque, qui partage avec l’Israël biblique des analogies historiques et culturelles, mais dont le panorama englobe des caractéristiques politiques, sociales et religieuses multiculturelles à déterminante démocratique. La population d’Israël est à peu près de 10 millions, comprenant une communauté arabe de 2 à 3 millions, alors que l’Égypte a une population de près de 100 millions, et la Mésopotamie, autour de 50 millions. La question de pouvoir contrôler ces régions ne devrait même pas se poser, rendant toute velléité d’occupation irréaliste. Dès lors, la notion du Grand Israël, comprenant la Cisjordanie ainsi que la bande de Gaza et le Golan, ne devrait pas être confondue avec le concept utopique de l’Israël biblique, utilisé pour encadrer des complots sinistres et suspecter une politique expansionniste. Les acquisitions manu militari de ces territoires, délivrés souvent sur un plateau d’argent, à la suite d’activités belliqueuses et imprévoyantes de régimes maudits par une politique autodestructive, dont les armées ou milices sont plus aptes à contraindre un peuple qu’à s’engager dans une bataille, dissimulent la malédiction d’une faiblesse de l’esprit stratégique, et l’emprise mentale d’un négativisme hostile, plutôt qu’une ambition de la politique expansive de l’État d’Israël. Une nouvelle dynamique belligérante, l’équivalent d’une gaffe monumentale, d’une balourdise cataclysmique échafaudée par des dirigeants ineptes et criminels, imbus de la conviction que le sort d’Israël ne sera qu’une récidive similaire à celui de l’Atlantide, alourdie par les horreurs jugées génocidaires « des champs de la mort », a enflammé les esprits du sentiment de victimisation, une modalité capable d’enfermer l’entendement dans un cercle vicieux d’impuissance, de colère et de méfiance. Le spectre d’une machination juive pour la domination du monde avait ressurgi en prenant l’ampleur d’une conjuration, confirmant que la mentalité du complot est effectivement très présente et influente dans la culture arabe contemporaine. Ces théories funambulesques déforment l’évidence et dénaturent l’histoire, conduisent à une défiguration de la réalité, et empêchent d’envisager des solutions favorables ou un accord approprié. Rappelons alors que le Sinaï avait été retourné à l’Égypte, le sud du Liban au Liban, Gaza à Hamas, et une délimitation définitive des frontières avec la Jordanie, ainsi qu’une démarcation des frontières maritimes avec le Liban, lorsqu’une entente s’était immiscée dans la mêlée.

Le problème de l’ambition territoriale d’Israël est directement entrelacé avec le conflit israélo-palestinien. L’inimitié centenaire entre les deux peuples, après avoir atteint une plateforme théocratique, baptisée dans le sang et martyre d’un « soleil noir », est au seuil d’une rupture définitive. Devant la présence d’une population hostile, l’apparition de la menace iranienne avec ses tentacules fanatisés, la militarisation de l’endoctrinement religieux, la multiplicité des formations paramilitaires subalternes, et devant l’éventualité d’une dissuasion nucléaire, renforçant une rhétorique inflammatoire et menaçante, suffisamment virulente pour alarmer une nation déjà soumise à un attirail complexe de menaces polyvalentes, des mesures de sécurité intensifiées devenaient une obligation nationale. Cependant, l’invasion destructrice et cruelle de Gaza, ou encore l’action militaire au Liban, seraient plutôt inclus dans la stratégie défensive d’Israël, pendant que l’implantation illégale de colons, la construction d’agglomérations en Cisjordanie considérée comme faisant partie de l’Israël biblique, l’ancrage olympien dans le Golan, n’encouragent pas à croire que les intentions d’Israël sont seulement d’ordre dissuasif.

Y aurait-il éventuellement un chevauchement ? Tout dépend d’un processus de paix et d’entente, toujours évasif, avec les garanties sécuritaires nécessaires. Déjà, on a vu ce processus prendre forme en Égypte, en Jordanie, et bien avant, avec les accords d’armistice en 1949, puis les accords abrahamiques. En ce qui concerne le retrait israélien en l’an 2000 du sud du Liban, il est indéniable que les assauts militaires ont contribué à épuiser la présence israélienne aux frontières. Il convient de souligner que, depuis 1980, avec l’émergence du Hezbollah, les attaques ne visaient plus exclusivement l’armée israélienne, mais également l’armée libanaise du Sud. Les raisons profondes de ce retrait sont multiples et complexes. D’abord, l’armée libanaise, isolée et démunie, a été affaiblie et réduite après 23 ans de conflits. De plus, l’absence d’une population juive à protéger dans la zone occupée a certainement joué un rôle décisif. Enfin, le mécontentement grandissant envers la politique libanaise, dominée par le régime syrien et impossible à contrôler, a conduit à l’abandon de la zone tampon.

L’histoire régionale témoigne d’une coexistence difficile entre tribus identitaires et confessionnelles, d’une gestion territoriale influencée par des pouvoirs dictatoriaux, et d’une corruption institutionnelle persistante. Les antagonismes entre États voisins, nourris par des idéologies séculières ou religieuses utilisées comme barrières à l’évolution individuelle, ont favorisé une désintégration communautaire et sociale, ainsi qu’un cloisonnement défavorable à un effort concerté en vue d’une solution. Au Liban, la conversation publique sur la fragmentation des états héritiers de la logique « Sykes-Picot » s’articule autour de la domination israélienne, perçue comme une réalité inévitable formulée par des discours religieux extrémistes et l’érosion de la cohésion nationale. Les acquisitions territoriales israéliennes, souvent facilitées par la faiblesse stratégique des adversaires arabes, alimentent la croyance d’une expansion guidée par une mission téléguidée, alors que les faits historiques démontrent des restitutions territoriales et des accords limitant cette expansion.

La politique israélienne, qu’elle prenne la forme de colonisation ou qu’elle épouse la brutalité d’actions militaires, relève davantage d’une logique sécuritaire que d’une stratégie expansionniste absolue. Les processus de paix déjà amorcés avec l’Égypte, la Jordanie ou le Liban, illustrent la possibilité de délimitations territoriales négociées, tandis que les retraits israéliens ont été motivés par des dynamiques internes et des évolutions géopolitiques régionales. Le destin du peuple palestinien, disséminé à travers les différentes strates géopolitiques du Moyen-Orient, reste en suspens et appelle à une nouvelle dynamique régionale en dehors d’influences nocives, politiques ou religieuses. « Ne détruis-je pas mes ennemis lorsque j’en fais mes amis ? » aurait conclu Abraham Lincoln.

À suivre…


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La longue inimitié des pays arabes de l’axe de la résistance envers Israël, réglementés par des dictatures rivales et criminelles, avides de se maintenir au pouvoir, survoltés par le soutien aux activités terroristes de la résistance, culminant dans l’accord du Caire, aboutissant à la guerre au Liban, à l’opération « Paix en Galilée », puis à la translocation de l’OLP, réanimée ensuite par l’appui de la résurgence islamiste, chiite ou sunnite, à la solde de l’Iran, allait permettre une transmutation progressive de la société israélienne vers l’extrémisme religieux compatible avec les aspirations bibliques, culminant dans l’assassinat de Yitzak Rabin, mettant en relief l’ambition de l’Erets Israël, un concept philosophique, théologique et traditionnel qui n’est point l’équivalent...
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