En géologie, les terres autour des failles et des volcans sont à la fois les plus fertiles et les plus dangereuses. De manière similaire, à la jonction des plaques géopolitiques occidentale et arabo-islamique, notre Liban fleurit quand il sert d’intermédiaire et de liaison et dépérit quand il devient le terrain de combat.
Si le Liban officiel veut une chance de ne plus être la victime perpétuelle des conflits régionaux, manipulé et détruit, tour à tour, soit par l’Iran, soit par Israël, une nouvelle possibilité se présente. Il s’agirait de proposer aux États-Unis que le Liban leur serve de lien ou de terrain d’échange avec l’Iran. Le Liban serait un territoire neutre un peu à l’instar de l’Autriche des années 50. Il y aurait une cessation totale des hostilités avec Israël, un retrait israélien jusqu’aux frontières de 1949 et une stabilisation de la frontière, voire un accord de non-agression avec des bureaux de représentation à Beyrouth et Tel-Aviv. Notre bien-aimé Sud et ses fils seraient enfin délivrés de décennies de souffrances et de sacrifices, libérés de l’occupation israélienne et sous contrôle des forces armées libanaises appuyées par l’armée américaine.
En échange de son accord pour arrêter d’armer le Hezbollah, l’Iran obtiendrait le droit d’utiliser le Liban comme plate-forme économique qui gérerait ses flux financiers et commerciaux avec le reste du monde, avec une bénédiction américaine qui accepterait cette exception aux sempiternelles sanctions. Un Liban réconcilié avec Téhéran pourrait aussi s’engager à ne jamais servir de base d’attaque contre la République islamique et son régime et autoriser des zones franches pour le transit des marchandises.
Chacun trouverait son intérêt dans ce « new deal ». Le Liban par la pacification de son territoire et un essor économique, Israël et les États-Unis par la sécurisation définitive de la frontière, l’Iran par une manne financière et un allègement des sanctions américaines via un territoire neutre.
Les multiples raisons de s’opposer à un tel accord seraient principalement politiciennes. Le refus de Netanyahu d’arrêter la guerre permanente qui lui permet de rester au pouvoir et d’échapper aux échéances électorales, le refus de l’Iran de faire confiance aux États-Unis après cette guerre inutile et dévastatrice, le refus du Hezbollah et de sa base de perdre leur pouvoir conséquent dans l’échiquier libanais. Il faudra notamment démontrer à nos compatriotes issus de la communauté chiite qu’ils font partie de ce pays au même titre que les autres communautés et accepter une rotation des postes de pouvoir entre les trois communautés majoritaires. Le Liban, lui, n’a rien à y perdre et tout à y gagner.
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