Salut papa, c’était juste pour te dire que… ça va. Je ne m’en sors pas trop mal, à plus de 3 100 kilomètres de toi. Je travaille. Je fais attention à moi. Malheureusement, au cours de ces huit dernières années, nous passons moins de temps ensemble. Même si on s’appelle tous les jours. Mais bon, ça va.
Je pense souvent à toi. Aux aventures que nous avons eues ensemble. Sur un terrain de football, en camping, en randonnée, en soirée dans un bar avec des amis. J’en parle souvent à mon entourage ici. En un instant je prends connaissance de la chance que j’ai d’avoir grandi avec toi comme modèle à suivre. Je le remarque davantage quand ceux qui te connaissent vraiment, ton cercle fermé d’amis, me disent : « Tu es le fils de ton père. »
Nous avons tous entendu cette phrase à un moment de notre vie. Elle donne l’impression de regarder deux copies conformes d’un même produit.
La première a déjà découvert de nombreuses choses, a enduré montagnes et vallées, tout en amassant une multitude de leçons en chemin. Une version en mode survie – le pilier – qui a surmonté des contraintes que d’autres ne peuvent imaginer. La survie non pour soi, mais pour les autres. Le sens des priorités, des responsabilités. Le pilier met en avant la cellule de base qui est son monde, son essentiel, depuis 40 ans.
Une cellule pour qui le pilier serait prêt à tout combattre pour préserver chaleur, joie et sécurité au sein du foyer. Ces trois éléments de base permirent à la cellule de bâtir un environnement stable et confort, créant une nouvelle version du pilier.
Une jeune version remplie de vie, de désir et de passion. Prête à conquérir le monde et à croquer la vie à pleines dents. Une version qui, dès ses premiers pas, se tourne vers ses parents pour y trouver réconfort, amour et espoir.
La version récente l’ignore encore, mais avec le temps qui passe, elle en viendra à l’évidence que les plus belles choses au monde, celles qui sont irremplaçables, nous sont données gratuitement dans la vie. Pourtant, elle continue à les prendre pour acquises. Tel est le piège dans lequel tombera la version récente au cours de sa vie.
À l’âge de 18 ans, on se croit intelligent et fort. On pense pouvoir porter le monde sans le moindre effort. On estime avoir des réponses à tout. Dans le match de la vie, les amis jouent en titulaire pendant que le pilier est sur le banc de touche. Malgré ce délaissement, il est toujours à nos côtés.
Aujourd’hui, dans un monde où de nombreuses personnes ne souhaitent avoir aucun lien avec leur père, ma plus grande fierté est d’avoir un père qui voudra toujours le meilleur pour moi.
Du haut de mes 28 ans et mon 1m85, j’ai beau être plus grand de taille, je lève encore la tête vers lui quand l’inspiration me manque. Dans le marathon de la vie, malgré mon endurance plus imposante, ce sont ses poumons qui gagneront la course. Son sang qui coule dans mes veines, ses sacrifices qui me rappellent mes origines. Comme une médaille d’honneur que l’on porte avec fierté.
Il n’est pas juste question de sacrifier sa vie pour autrui, même si j’en connais un qui l’a fait littéralement. Le fort courant de la mer ne l’a même pas fait hésiter un instant. Il a failli y rester. Heureusement, le destin en a voulu autrement. Aujourd’hui encore, je suis certain qu’il prendrait la même décision sans la moindre hésitation.
Donner sa vie pour ceux qu’on aime revient également à se lever à 4 heures du matin car son enfant a fait un mauvais rêve. Cela revient à prendre le temps d’écouter la journée de sa compagne avec passion, amour et intérêt, malgré le fait qu’on soit lessivé au coucher du soleil. Cela revient à préserver ce qu’il y a de plus beau, de plus précieux, de plus cher à ses yeux sans se poser de questions. Le plus bel exemple se résumerait à quelqu’un qui, sans jamais broncher, sans jamais contester, a tout fait pour mettre sa femme et son enfant à l’abri en Égypte.
Toute personne a de nombreuses opportunités d’être fière dans la vie. Pour moi, la plus grande fierté est lorsqu’une personne m’approche pour me dire : « Je connais ton père. C’est un homme bien. »
C’est dans ces moments que j’appréhende la rareté du cadeau que la vie m’a fait. Une rareté que même l’or ne peut égaler. Don Quichotte disait que la chevalerie est morte ; il est certain qu’il n’a jamais pris un verre avec mon père.
« Tu es le fils de ton père. » Cela reste le plus beau compliment que je pourrais entendre. D’ailleurs, j’espère un jour être au moins la moitié de l’homme qu’il est.
Oui, papa. Aujourd’hui, en ce 21 juin, ces fleurs sont pour toi.
Pour les fois où tu m’as porté quand mes jambes refusaient d’avancer.
Pour le standard que tu m’imposes tous les jours.
Pour l’exemple que tu es même quand je perçois la fatigue dans tes yeux.
Pour m’avoir préservé à toujours voir le bien dans le monde malgré sa laideur occasionnelle.
Pour avoir gravé ces paroles de Swedish House Mafia en moi : « Don’t you worry, child. See Heaven’s got a plan for you. »
À nos pères du quotidien, du passé, et à venir, je vous tire mon chapeau en ce 21 juin. Bonne fête des Pères à vous.
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