Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Quand la science rencontre l’âme

L’un est entré au service des urgences de l’hôpital, un peu comme on entre dans un sanctuaire. La peur lui serre la poitrine, l’âme tremble et un tas de questions tourbillonnent dans sa tête. Il a tapé ses symptômes sur internet et en est ressorti avec la conviction d’être atteint d’un cancer métastasique ou d’une maladie rare, incurable.

Entre les couloirs aseptisés et les murs blancs, tout est codifié, organisé. Une gestion de pointe prête pour soigner… mais non pour accueillir. Un bracelet d’identification autour du poignet, et son corps est livré à des mains expertes. On l’ausculte avec compétence. Les gestes sont précis. On lui demande où il a mal, mais très souvent on oublie de lui demander comment il va. L’âme n’a pas sa place dans le monde de la science. Le questionnaire commence. Il faut faire vite, le temps d’un médecin est précieux. Ceux qui soignent n’ont plus le temps de soigner.

Alors il choisit ses mots pour rendre sa souffrance plus polie. Il laisse de côté tous ses sentiments de lassitude et de peur pour ne pas déranger. Il lui faut quantifier sa douleur sur une échelle de 1 à 10 quand il pense être quelque part après l’infini. Il cherche ses mots mais on l’interrompt et reformule les phrases à sa place, les yeux rivés sur les écrans plutôt que sur son visage.

L’anxiété le submerge. Il se sent invisible, presque fautif d’exister. La consultation est terminée, il voudrait poser d’autres questions, mais le temps est compté, alors il essaie de sourire pour cacher la peur qui l’étouffe. Il a honte de se montrer humain devant tant de compétences et de savoir.

L’autre arrive dans sa blouse blanche impeccable. Sa journée a commencé avant la journée. Toujours cette sensation d’être en retard avant même de quitter la maison. La salle d’attente déborde de patients pour la plupart pressés et impatients, chacun d’entre eux pensant être le personnage principal. La journée va être saturée. Pas de pause déjeuner, à peine un café vite refroidi. Son portable sonne sans cesse. Le temps des consultations soigneusement chronométré est sérieusement chamboulé. Il prend des notes en calculant mentalement le nombre de patients qui reste. La charge mentale est très forte, mais il réussit à la cacher sous un sourire poli. Son stress doit rester invisible malgré les « juste une petite question docteur » de certains patients qui s’imposent entre deux malades sans avoir pris de rendez-vous… Il manquera encore une fois l’anniversaire de sa fille…

Les responsabilités sont lourdes, il y a des vies en jeu, et le diagnostic n’est pas toujours facile.

Confronté à la souffrance, à l’impuissance et à la mort parfois, il va apprendre à se protéger en se durcissant un peu, ce qui vu de l’extérieur semblera de la froideur, un manque d’humanité et d’empathie.

La porte s’est refermée sur le dernier patient. Il enlève enfin sa blouse blanche. Elle glisse de ses épaules et avec elle toute la discipline imposée à son esprit et à son corps. La fatigue s’autorise enfin à respirer. Il rentre chez lui avec un agenda serré pour le lendemain. La nuit sera-t-elle calme ? Il anticipe l’appel qu’il redoute et sait que la blouse blanche peut le rattraper à toute heure. La journée se termine pour les autres mais jamais pour lui.

Entre les souffrances des malades et les pressions subies par les médecins, il faudrait peut-être penser à un système plus humain. Il n’y a pas si longtemps, la médecine était moins concentrée sur la performance et la rentabilité. Les outils étaient rudimentaires, loin de la technologie de pointe dont on dispose aujourd’hui. Les malades étaient plus confiants, moins esclaves des recherches sur internet. Il y avait cependant une empathie précieuse qui n’existe presque plus de nos jours. Un équilibre fragile tenait entre les angoisses du malade et les responsabilités du médecin. Un trésor qui faisait parfois plus de bien que le remède en lui-même. L’empathie, le seul traitement sans effets secondaires nocifs. L’empathie, l’espoir que malgré le stress, la douleur et la fatigue des deux côtés, l’humanité reste au cœur de la médecine, et la dignité de l’homme est préservée.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

L’un est entré au service des urgences de l’hôpital, un peu comme on entre dans un sanctuaire. La peur lui serre la poitrine, l’âme tremble et un tas de questions tourbillonnent dans sa tête. Il a tapé ses symptômes sur internet et en est ressorti avec la conviction d’être atteint d’un cancer métastasique ou d’une maladie rare, incurable.Entre les couloirs aseptisés et les murs blancs, tout est codifié, organisé. Une gestion de pointe prête pour soigner… mais non pour accueillir. Un bracelet d’identification autour du poignet, et son corps est livré à des mains expertes. On l’ausculte avec compétence. Les gestes sont précis. On lui demande où il a mal, mais très souvent on oublie de lui demander comment il va. L’âme n’a pas sa place dans le monde de la science. Le questionnaire commence. Il faut...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut