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Nos lecteurs ont la parole

Libérer les comptes des déposants et non leur rendre leur argent

Il a été dernièrement question, de nouveau, de l’argent des déposants. Quelle aubaine pour un sujet crucial, quand on pense au sort réservé à cet argent devenu en réalité un enjeu principal des instances économiques locales et internationales. Un sort qui se joue à présent au quotidien et qui obéit à des visions diverses, qui ne sont pas toujours inscrites dans une démarche juste et honnête. Pourtant, quoi qu’en disent les politologues ou les têtes pensantes de la finance, c’est grâce à ces mêmes déposants que le secteur bancaire a connu son succès et a assuré sa survie tout au long des crises successives que le pays a traversées.

En effet, qu’est-ce qui a contribué à l’ébranlement du système financier au Liban ? Certains y verront les raisons politiques consécutives aux conflits intérieurs et régionaux. D’autres y verront la mise en place de stratégies financières défaillantes. D’autres aussi évoqueront l’inflation galopante et la dévaluation de la monnaie, l’occupation destructrice du pays par des armées étrangères, les attentats sanglants et meurtriers qui ont marqué ce début de siècle. Beaucoup enfin montreront du doigt la mauvaise gestion de la Banque du Liban. Les raisons paraissent évidemment multiples dans un pays en état de guerre permanente depuis plus de cinquante ans.

Mais dans ce paysage assurément instable il y a également, de l’avis d’un grand nombre, l’arbre qui cache la forêt. Où situer en effet les dépenses outrancières de l’État libanais depuis des décennies ? Où situer la corruption institutionnalisée et qu’aucun gouvernement n’a voulu combattre et éradiquer sérieusement, tant la convoitise générale se frayait insidieusement le chemin d’un consensus insalubre pour sauver la touche et les consciences ? Où situer encore la fuite scandaleuse des capitaux à la veille de la crise financière ? Où situer, de surcroît, l’économie parallèle et le vaste marché de contrebande ainsi que le détournement de budgets alloués et de produits subventionnés aux yeux de tous les responsables politiques et sécuritaires ?

Enfin où situer le financement de certaines postures politiques sur la scène locale au détriment de l’intérêt national ?

Vous l’aurez compris, ce n’est pas là que vous trouverez l’argent des déposants. Cet argent synonyme d’investissement, de participation à capital, de simple placement sécurisé, de transactions quotidiennes, surtout d’une épargne souvent modeste pour des familles préparant leur avenir au compte-gouttes, de jeunes diplômés se constituant un portefeuille à leur portée, de gens de métier, artisans, ouvriers et semblables, ou encore de professionnels de catégories sociales diverses, enseignants, médecins, avocats, ingénieurs, de retraités ayant cru candidement sécuriser leur troisième âge et qui se voient soudainement dépouillés et dans l’incapacité tragique de se refaire un avenir digne et rassurant, de commerçants, de petits et grands entrepreneurs, d’industriels, d’employés et de salariés vivant dignement de leurs avoirs en formant les forces vives de la nation. Et j’en passe. Tous pénalisés ! Au nom de quoi ? De quelle justice ? De quel bon sens financier ou économique ?

Faut-il donc rendre leur argent aux déposants comme préconisé jusque-là ? À entendre les dernières déclarations officielles sur le sujet, il s’agirait de repayer aux petits déposants des montants allant jusqu’à ou avoisinant les cent mille dollars échelonnés sur plusieurs années. Pour le reste des épargnants, d’autres formules financières sont prévues sachant qu’il est envisagé de les étaler sur un plus grand nombre d’années. Cela contraint tout observateur averti à se demander ce que cherche véritablement l’État. Veut-il vraiment remettre l’économie en route ou tout simplement se débarrasser d’un sujet qui le marque au talon et qui l’importune ? Veut-il sincèrement sortir le pays de sa torpeur et de sa léthargie en reconnaissant aux épargnants leurs droits ? Pense-t-il vraiment récupérer les capitaux qui ont fui et engager les poursuites judiciaires appropriées ? Malheureusement sa posture demeure à ce jour illisible.

Quelle réponse apporter alors ? Au risque de choquer certains, il ne faudrait pas rendre ou payer leur argent aux déposants. Cette décision serait à coup sûr contre-productive. En effet, que feraient-ils de cet argent ? Comment en disposeraient-ils puisque la confiance dans les banques est morte ?

Et, par ailleurs, le marché risquerait d’être inondé de devises en espèces. Aucun investissement digne de ce nom ne serait entrepris. L’économie resterait en mode veille comme si elle était mise sous respiration artificielle.

Face à ce constat, une mesure s’impose : elle consiste plutôt à libérer les comptes en banque et à rendre aux épargnants non pas leur argent mais le pouvoir de gérer leurs épargnes, en plafonnant, par sécurité et pour une période donnée, le montant des éventuels transferts à l’étranger. Cela confirmerait d’abord la détermination du gouvernement à vouloir sortir de la crise financière latente en engageant enfin son action dans l’avenir. Cela redonnerait ensuite sa place au secteur bancaire comme acteur important du système économique, et contribuerait à reconstruire la confiance brisée depuis des années en rétablissant les liens de coopération saine entre le client et sa banque. Cela permettrait également aux épargnants de disposer librement de leurs dépôts et de dynamiser la vie économique en réalisant des transactions de toutes sortes. Enfin, cela ouvrirait la voie à de nombreux investissements sur le marché local et au retour de capitaux maintenus à l’étranger. Autant de dispositions qui viendraient booster la vie économique et la remettre en ordre de marche, sous l’égide de politiques financières adaptées que la Banque du Liban mettrait en route opportunément.

Plutôt que l’enfermement dans le passé et la stagnation, il est nécessaire de faire preuve de plus de justice et d’audace dans le traitement de ce dossier épineux et existentiel. Il n’est pas toujours besoin d’attendre que la solution tombe d’ailleurs. Il existe des solutions simples à la portée de tous si les intentions sont saines. Il revient donc aux responsables d’agir vite dans ce sens, au risque de voir l’opinion publique les accuser de couver des volontés politiques douteuses au détriment du citoyen. Ce qui constituerait une grave atteinte aux droits fondamentaux de tous les Libanais, un coup fatal de plus. De grâce, Messieurs les responsables, comment avez-vous oublié qu’en l’absence totale de politique et de protection sociales l’épargne est aujourd’hui, tout comme elle l’aura toujours été, la seule source de survie du citoyen que vous brimez sans pitié depuis des années ? Souvenez-vous, Messieurs, que la conscience est la meilleure des lois.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il a été dernièrement question, de nouveau, de l’argent des déposants. Quelle aubaine pour un sujet crucial, quand on pense au sort réservé à cet argent devenu en réalité un enjeu principal des instances économiques locales et internationales. Un sort qui se joue à présent au quotidien et qui obéit à des visions diverses, qui ne sont pas toujours inscrites dans une démarche juste et honnête. Pourtant, quoi qu’en disent les politologues ou les têtes pensantes de la finance, c’est grâce à ces mêmes déposants que le secteur bancaire a connu son succès et a assuré sa survie tout au long des crises successives que le pays a traversées. En effet, qu’est-ce qui a contribué à l’ébranlement du système financier au Liban ? Certains y verront les raisons politiques consécutives aux conflits intérieurs et...
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