Rechercher
Rechercher

Culture - Commémoration

Se souvenir d’Amine Rihani, auteur du « Cœur du Liban » et des « Rois des Arabes »

De Freikeh à New York, sa trajectoire fut marquante. Pionnier des lettres arabes d’expression anglaise et penseur réformiste du monde arabe, l’auteur, essayiste, poète et dramaturge libanais aurait eu 150 ans cette année.

Se souvenir d’Amine Rihani, auteur du « Cœur du Liban » et des « Rois des Arabes »

Le bureau de l’écrivain au musée Rihani de Freikeh. Photo Z.Z./L'Orient-Le Jour

La Fondation Ameen Rihani — qui conserve la graphie choisie par l’écrivain lui-même pour ses publications en anglais — célèbre cette année le 150e anniversaire de la naissance de l’auteur et essayiste libanais, l’un des premiers écrivains arabes à avoir écrit directement en anglais.

À cette occasion, la fondation a mis sur pied, en collaboration avec les amis du musée Amine Rihani à Freikeh (dans le Metn), un calendrier d’événements culturels dédiés à sa mémoire, et qui se dérouleront sur plusieurs mois au Liban à partir du 11 juillet. L’annonce en a été faite par le comité organisateur au cours d’une conférence de presse tenue dans les jardins de ce musée aménagé par les neveux de l’auteur, Amine-Albert et Sarmad Rihani, dans les murs même de la demeure familiale du XIXe siècle, où il a vu le jour en 1876.

Au programme : des conférences, discussions et débats autour de l’œuvre de cet écrivain anglophone et arabophone qui fut l’un des premiers à promouvoir des idées réformistes, humanistes et panarabes.

Une vue de la conférence de presse avec de gauche à droite : Amine-Albert Rihani (neveu de l’auteur et directeur du musée Rihani), Ibrahim Zod (artiste), Dr Asmahan Karam-Eid (professeur de philo à l’UL), Mona Akl (activiste culturelle), Kamal Nakhlé (chercheur universitaire), Gisèle Hachem (mokhtara de Freikeh) et Georges Zoghbi (organisateur d’événements). Photo Bassam Lahoud
Une vue de la conférence de presse avec de gauche à droite : Amine-Albert Rihani (neveu de l’auteur et directeur du musée Rihani), Ibrahim Zod (artiste), Dr Asmahan Karam-Eid (professeur de philo à l’UL), Mona Akl (activiste culturelle), Kamal Nakhlé (chercheur universitaire), Gisèle Hachem (mokhtara de Freikeh) et Georges Zoghbi (organisateur d’événements). Photo Bassam Lahoud

Animées par des intellectuels et des universitaires, ces rencontres s’échelonneront dans les principales universités du pays* ainsi que dans divers lieux et espaces culturels ; à l’instar de l’Académie Philippe Salem pour le patrimoine libanais (LAU), où sera dévoilé le 11 juillet le manuscrit original de My Peace Mission in Hijaz, la fondation Corm (où se tiendra le 26 novembre une discussion autour de la traduction française de son carnet de voyage Qalb Lubnan - Le Cœur du Liban) ou encore dans le cadre des activités de la Foire du livre arabe de Beyrouth (en novembre prochain) et au sein du mouvement culturel d’Antélias (en décembre). Également au programme : des projets d’éditions menés par Dar al-Machrek, Les éditions de l’Université Saint-Joseph et la fondation Ameen Rihani à Washington, de ses derniers écrits en langue anglaise, dont le texte de In The Land of The Mayas qui sera aussi traduit en espagnol. Enfin, une exposition mêlant ouvrages littéraires et artistiques (dessins réalisés de sa main) tirés du répertoire et de la collection d’Amine Rihani (à l’USEK), une exposition d’œuvres du sculpteur classique Pierre Karam inspirées de sa figure et de ses écrits et présentée dans les jardins de sa demeure à Freikeh ainsi que des visites (sur demande) du musée offriront, au fil des mois, une sorte de circuit adressé à ceux qui veulent découvrir, de manière plus légère, la pensée et la biographie de cette figure proéminente du Mahjar, mouvement littéraire de l’émigration arabe de la fin du XIXᵉ au début du XXᵉ siècle aux États-Unis**.

Figure fondatrice du Mahjar

Et pour cause, ce fils de Freikeh, né en 1876 au sein d’une famille maronite, quittera le Liban à l’âge de douze ans pour rejoindre New York, où son père s’était établi. Très tôt attiré par la littérature, le théâtre et la pensée politique, il développe une œuvre singulière qui fait de lui le premier auteur arabe à publier des livres en anglais tout en demeurant profondément attaché à sa langue et à sa culture d’origine.

Buste d’Amine Rihani en bronze signé par son contemporain le grand sculpteur Joseph Howayek au musée de l’auteur à Freikeh. Photo Zéna ZALZAL ./L’Orient-Le Jour
Buste d’Amine Rihani en bronze signé par son contemporain le grand sculpteur Joseph Howayek au musée de l’auteur à Freikeh. Photo Zéna ZALZAL ./L’Orient-Le Jour

Aux côtés de figures telles que Gibran Khalil Gibran – « qui le surnommait le maître », signale Asmahan Karam-Eid – et de Mikhayel Neaimeh, il participe à l’essor du Mahjar, dont les membres issus de l’émigration levantine aux États-Unis cherchent à renouveler la pensée et l’expression arabes à travers le dialogue avec l’Occident.

Écrite en arabe comme en anglais, au fil de ses nombreux allers-retours entre le Liban et les États-Unis, son œuvre explore les questions de liberté, de réforme sociale, de modernité et d’identité culturelle.

Engagé dans les grands débats de son époque, Rihani soutiendra la révolte arabe contre l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale et défendra avec vigueur l’idée d’une renaissance politique et culturelle du monde arabe. Il fut parmi les premiers penseurs à théoriser un nationalisme arabe fondé sur l’unité des peuples de langue arabe, au-delà des appartenances religieuses ou communautaires. Marié à Bertha Case, une artiste peintre américaine, il rêvait d’une nation civique où musulmans, chrétiens, druzes et juifs seraient avant tout des citoyens partageant un destin commun.

Philosophe de Freikeh et ami des rois arabes

Son « rêve arabe » le mènera à entreprendre, entre les années 1920 et 1928, plusieurs voyages dans la péninsule Arabique qui lui permettront de rencontrer les principaux dirigeants de la région. Notamment le roi Fayçal d’Irak, le roi Hussein de Hijaz et Abdelaziz Ibn Saoud, futur fondateur du royaume d’Arabie saoudite – qui lui offrira son propre sabre. De ces expéditions naîtront plusieurs ouvrages de référence, dont le fameux ouvrage Muluk al-Arab (Les Rois des Arabes), qui connaît un retentissement considérable dans le monde arabe.

Reconstitution de la chambre d’Amine Rihani dans son musée demeure familiale à Freikeh. Photo Zéna Zalzal/L'Orient-Le Jour
Reconstitution de la chambre d’Amine Rihani dans son musée demeure familiale à Freikeh. Photo Zéna Zalzal/L'Orient-Le Jour

Après avoir traversé à plusieurs reprises les mers et les océans, c’est suite à un simple accident de bicyclette que ce grand voyageur trouvera la mort, le 13 septembre 1940 dans son village natal de Freikeh.

À la fois écrivain, essayiste, voyageur et réformateur, Amine Rihani que d’aucuns surnomment le « philosophe de Freikeh », a laissé un héritage intellectuel qui continue d’alimenter la réflexion sur le dialogue entre les cultures, la citoyenneté, la laïcité et l’unité arabe. C’est cette richesse de l’œuvre et de la pensée de « celui qui fut pour les Arabes, l’équivalent de ce que fut Rousseau pour les Français » (dixit le chercheur et universitaire Kamal Nakhlé) que la famille et la fondation Rihani veulent faire (re)découvrir, notamment aux nouvelles générations, auxquelles s’adressent une large part des célébrations.

*Il s’agit de l’AUB, USJ, USEK, LAU et NDU ; l’UL, bien que représentée par l’une de ses enseignantes en philosophie, la Dr Asmahan Karam-Eid, n’accueillera pas d’événement en raison de sa proximité avec la banlieue sud de Beyrouth, jugée peu sécurisante dans le contexte actuel.

**Le calendrier des événements est à consulter sur le site suivant : www.ameenrihani@org. Renseignements au +961 (0)4 926 062.

La Fondation Ameen Rihani — qui conserve la graphie choisie par l’écrivain lui-même pour ses publications en anglais — célèbre cette année le 150e anniversaire de la naissance de l’auteur et essayiste libanais, l’un des premiers écrivains arabes à avoir écrit directement en anglais.À cette occasion, la fondation a mis sur pied, en collaboration avec les amis du musée Amine Rihani à Freikeh (dans le Metn), un calendrier d’événements culturels dédiés à sa mémoire, et qui se dérouleront sur plusieurs mois au Liban à partir du 11 juillet. L’annonce en a été faite par le comité organisateur au cours d’une conférence de presse tenue dans les jardins de ce musée aménagé par les neveux de l’auteur, Amine-Albert et Sarmad Rihani, dans les murs même de la demeure familiale du XIXe siècle, où il a vu...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut