À l’heure où la région assiste à une nouvelle vague de violence, l’ambassadeur iranien non accrédité à Beyrouth reçoit tranquillement ses visiteurs. Bien que considéré comme persona non grata depuis mars, rien ne semble indiquer qu’il soit sur le point de quitter le Liban. Au contraire, des sources de l’ambassade affirment que Mohammad Reza Chibani est encore là et qu’il compte rester.
Les sources de l’ambassade ne semblent pas vraiment inquiètes au sujet du sort réservé à l’ambassadeur Chibani, un diplomate ayant déjà occupé ce poste au Liban, mais aussi en Syrie et même en Arabie saoudite. Aujourd’hui, après la crise provoquée au sujet des lettres de créance de l’ambassadeur, les deux parties, libanaise et iranienne, semblent avoir décidé de laisser la situation se calmer, tout en maintenant un minimum de contacts entre elles, selon les milieux de l’ambassade. Ce fut notamment le cas pendant la dernière vague de violence et lors des négociations qui se sont déroulées en Suisse et ont abouti à l’adoption du mémorandum d’entente entre Téhéran et Washington. Pendant ces négociations, Chibani était en contact permanent avec le négociateur iranien Ghalibaf et même avec les autorités libanaises. Les sources de l’ambassade ajoutent que la présence de l’ambassadeur Chibani au Liban, même s’il n’a pas encore présenté ses lettres de créance, constitue un facteur de stabilité, car une « partie importante » du peuple libanais souhaite sa présence et la soutient. Elles estiment aussi que le dossier pourrait être résolu, sans dire plus.
Reste le mémorandum d’entente conclu avec les États-Unis. La question qui se pose est la suivante : est-il toujours vivant ? Les sources de l’ambassade rappellent que, pour l’Iran, ce mémorandum reste la seule possibilité de solution. Même si jusqu’à présent, chaque fois qu’un accord a été conclu avec les Américains, ce sont toujours ces derniers qui le violent ou finissent par le rejeter. Ce fut le cas avec l’accord dit « 5 plus un », conclu en 2015, entre le régime iranien et l’administration américaine sous le mandat de Barack Obama, avec la participation de cinq partenaires internationaux. Et c’est aussi le cas aujourd’hui avec le mémorandum d’entente conclu en juin. Les Iraniens affirment à cet égard qu’ils ont des droits qui doivent être reconnus par les Américains et par la communauté internationale. Les négociations peuvent ainsi traîner et les vagues de violence se succéder, les Iraniens restent convaincus que leur régime ne chutera pas. Les sources estiment que le peuple iranien a donné un « exemple d’unité » lors des funérailles de l’ancien guide suprême Ali Khamenei.
Toutefois, au sujet de ce même mémorandum, les Iraniens estiment que le seul point encore appliqué est celui qui concerne le Liban. Certes, les Israéliens ne respectent pas le cessez-le-feu ni ne veulent se retirer du territoire qu’ils occupent, mais au moins ils respectent des limites dans leurs bombardements, et ce serait parce que les Américains le leur demandent à la suite du mémorandum conclu avec les Iraniens et pour ne pas entraîner une riposte plus importante de la part de ces derniers.
À cet égard, les sources de l’ambassade estiment que les autorités libanaises devraient, elles aussi, réclamer l’application du mémorandum d’entente. Selon la vision du camp pro-Téhéran, ce texte donne davantage au Liban que l’accord-cadre conclu avec Israël sous le parrainage américain. Les autorités libanaises pourraient ainsi mieux profiter de circonstances régionales et internationales qui pourraient leur être favorables. Mais les mêmes sources s’empressent d’ajouter qu’il s’agit après tout d’une question interne libanaise et l’Iran n’a nullement l’intention de prendre la place du Liban dans ses propres négociations. De leur côté, les autorités libanaises estiment que ce mémorandum a montré ses limites et qu’il ne reste plus au Liban qu’une voie possible, celle des négociations directes et de l’application de l’accord-cadre.
Face à cette position officielle libanaise, les Iraniens disent s’incliner. Ils ne veulent pas créer de nouveaux problèmes avec les autorités libanaises, surtout en ce moment délicat, où la situation régionale peut de nouveau s’embraser. Leur position aujourd’hui, c’est de rester au Liban, de ne pas provoquer de remous, tout en préservant le Hezbollah et leur influence sur lui.

