Des femmes brandissent le drapeau de la République islamique d'Iran et des photos du guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, et de son prédécesseur et défunt père, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une manifestation anti-américaine et anti-israélienne sur la place Hafte Tir à Téhéran, le 17 mai 2026. Photo AFP
Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a donné pour instruction que l’uranium enrichi à un niveau proche de celui nécessaire à la fabrication d’armes ne soit pas envoyé à l’étranger, ont déclaré deux sources iraniennes de haut rang, durcissant ainsi la position de Téhéran sur l’une des principales exigences américaines dans les pourparlers de paix.
L’ordre de l’ayatollah Mojtaba Khamenei pourrait frustrer encore plus le président Donald Trump et compliquer les discussions visant à mettre fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Des responsables israéliens ont déclaré à l'agence Reuters que Trump avait assuré Israël que le stock iranien d’uranium hautement enrichi, nécessaire à la fabrication d’une arme atomique, serait sorti d’Iran et que tout accord de paix devrait comporter une clause à ce sujet. Israël, les États-Unis et d’autres États occidentaux accusent l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire, en citant notamment sa décision d’enrichir l’uranium à 60 %, bien au-delà de ce qui est nécessaire à des usages civils et plus près des 90 % requis pour une arme. L’Iran nie chercher à se doter de l’arme nucléaire.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé qu’il ne considérerait pas la guerre comme terminée tant que l’uranium enrichi ne serait pas retiré d’Iran, que Téhéran ne mettrait pas fin à son soutien aux milices supplétives, et que ses capacités en matière de missiles balistiques ne seraient pas éliminées.
« La directive du guide suprême, et le consensus au sein de l’establishment, est que le stock d’uranium enrichi ne doit pas quitter le pays », a déclaré l’une des deux sources iraniennes, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet. Les plus hauts responsables iraniens, ont indiqué les sources, estiment qu’envoyer ce matériau à l’étranger rendrait le pays plus vulnérable à de futures attaques des États-Unis et d’Israël. Khamenei a le dernier mot sur les questions les plus importantes de l’État. La Maison Blanche et le ministère iranien des Affaires étrangères n’ont pas répondu aux demandes de commentaire.
Profonde suspicion parmi les plus hauts responsables iraniens
Un cessez-le-feu fragile est en vigueur dans la guerre qui a commencé par des frappes américano-israéliennes sur l’Iran le 28 février, après quoi la République islamique a tiré sur des États du Golfe accueillant des bases militaires américaines, et des combats ont éclaté entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban. Mais aucun progrès majeur n’a été enregistré dans les efforts de paix, le blocus américain des ports iraniens et l’emprise de Téhéran sur le détroit d’Ormuz, une route vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, compliquant les négociations menées sous médiation pakistanaise.
Les deux sources iraniennes de haut rang ont souligné qu’il existait en Iran une profonde suspicion selon laquelle la pause dans les hostilités était une tromperie tactique de Washington destinée à créer un sentiment de sécurité avant de reprendre les frappes aériennes. Le principal négociateur iranien pour la paix, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré mercredi que les « mouvements évidents et cachés de l’ennemi » montraient que les Américains préparaient de nouvelles attaques.
Donald Trump a insisté mercredi sur le fait que les États-Unis étaient prêts à procéder à de nouvelles attaques contre l’Iran si ce pays n’acceptait pas un accord de paix, mais a laissé entendre qu'il pourrait attendre quelques jours pour « obtenir les bonnes réponses ». Les deux parties ont commencé à réduire certains écarts, ont indiqué les sources, mais des divergences plus profondes subsistent sur le programme nucléaire, notamment le sort de ses stocks d’uranium enrichi et l’exigence de Téhéran de voir reconnaître son droit à l’enrichissement.
L'Iran durcit sa position
Les responsables iraniens ont affirmé à plusieurs reprises que leur priorité était d’obtenir une fin permanente de la guerre et des garanties crédibles que les États-Unis et Israël ne lanceraient pas de nouvelles attaques. Ce n’est qu’une fois de telles assurances en place, ont-ils dit, que l’Iran serait prêt à engager des négociations détaillées sur son programme nucléaire.
On considère largement qu’Israël dispose d’un arsenal atomique, mais le pays n’a jamais confirmé ni démenti en posséder, maintenant depuis des décennies une politique dite d’ambiguïté sur cette question. Avant la guerre, l’Iran avait signalé sa volonté d’expédier à l’étranger la moitié de son stock d’uranium enrichi à 60 %, un niveau bien supérieur à ce qui est nécessaire pour des usages civils. Mais les sources ont indiqué que cette position avait changé après les menaces répétées de Trump de frapper l’Iran.
Des responsables israéliens ont déclaré à Reuters qu’il restait encore à savoir si Trump déciderait d’attaquer et s’il donnerait à Israël le feu vert pour reprendre les opérations. Téhéran a promis une réponse écrasante en cas d’attaque. Cependant, la source a indiqué qu’il existait des « formules réalisables » pour résoudre la question. « Il existe des solutions comme la dilution du stock sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique » (AIEA), a déclaré l’une des sources iraniennes.
L’AIEA estime que l’Iran disposait de 440,9 kg d’uranium enrichi à 60 % lorsque Israël et les États-Unis ont attaqué ses installations nucléaires en juin 2025. La quantité de ce stock qui a survécu n’est pas claire. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a déclaré en mars que ce qu’il restait de ce stock était « principalement » entreposé dans un complexe de tunnels sur son site nucléaire d’Ispahan, et que son agence pensait qu’un peu plus de 200 kg s’y trouvaient. L’AIEA estime également qu’une partie se trouve dans le vaste complexe nucléaire de Natanz, où l’Iran disposait de deux usines d’enrichissement. L’Iran affirme qu’une partie de l’uranium hautement enrichi est nécessaire à des fins médicales et pour un réacteur de recherche à Téhéran qui fonctionne avec des quantités relativement faibles d’uranium enrichi à environ 20 %.
Cette information est une traduction d'une dépêche de l'agence Reuters.


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