De prime abord, nous sommes nombreux à reconnaître que le mal existe de façon plus ample et plus intense que le bien : il semble ainsi plus visible, plus bruyant et malheureusement plus attractif.
Cette impression largement partagée s’explique par la fascination qu’exerce une certaine forme de puissance, même si illusoire et trompeuse sur des esprits tout simplement purs, ou sur des esprits immatures ou bien des esprits en quête de repères.
Ceux-ci l’écoutent avec intérêt, même si elle ne profère que des mensonges. Ils la regardent avec admiration, malgré son absence totale d’authenticité. Certains vont même jusqu’à l’imiter.
Dès lors, une interrogation essentielle s’impose : pourquoi Dieu ne nous exauce-t-il pas toujours lorsque nous l’implorons de nous délivrer du mal alors même que c’est lui qui nous a appris cette prière ?
D’une part, parce qu’il nous appelle à la maturité. Chacun de nous est invité à grandir, à discerner et à résister, plutôt qu’à demeurer dans une dépendance constante. Nous apprenons ainsi à avancer par nous-mêmes, à sa lumière, tant sur le plan humain que spirituel.
D’autre part, parce que Dieu nous a créés libres. Il ne peut, à chaque instant, intervenir pour nous protéger sans altérer cette liberté. Il nous laisse donc vivre des expériences qui nous fortifient, nous conduisent à faire des choix et à en assumer les conséquences.
Ainsi, cette liberté, constitutive de la dignité humaine, implique aussi l’épreuve.
Mais le mal ne se présente pas toujours de manière évidente.
Dans la sphère intime, ou personnelle voire familiale, il prend sa forme la plus insidieuse, sous des visages familiers, là où la confiance devrait être un refuge. Le visage d’un ami qui pousse ses camarades vers le vice, notamment la drogue ou l’alcool. Celui d’un collègue ou d’un patron ou d’un cousin. Celui d’une personne apparemment aimable qui cherche à se marier pour fuir le jugement social, et pour ne pas être perçue comme misérable, puis, une fois la confiance acquise, révèle son véritable visage en isolant et en dominant l’autre.
Ou encore celui d’une « mère » narcissique, qui, sous le couvert de la maternité, manipule ses enfants et les enferme dans une forme d’emprise. Hyper possessive, elle dirige leurs pensées, contrôle leurs actions, efface leurs émotions, entrave leur liberté d’expression, détruit leur enfance et altère leur joie de vivre. Elle les dévalorise, les enferme dans un climat de confusion et de peur, tout cela, sans éprouver la moindre culpabilité.
Les conséquences, bien que souvent invisibles, sont profondes et durables. Ces enfants grandissent dans une ambiance toxique où l’amour se mêle à la peur. Ils deviennent des adultes marqués par le doute, la méfiance et une estime de soi fragilisée. C’est là une forme de violence silencieuse, de mal ….
Dans d’autres contextes, le mal s’exprime à une échelle collective. Il dépasse les relations individuelles pour atteindre la société entière, voire toute une nation.
Un parti peut entraîner un peuple vers la guerre, la violence, la mort ou le déplacement forcé ; ici, les intérêts particuliers prennent le dessus sur la dignité humaine.
Un juge peut opprimer des innocents par des décisions injustes et mal fondées.
Et pourtant, malgré tout, le mal n’a jamais le dernier mot… Il porte en lui ses propres limites.
En effet, l’expérience humaine montre une capacité constante de relèvement : face à l’injustice, des voix s’élèvent, face à l’oppression, des solidarités se tissent, face à la manipulation, des prises de conscience se manifestent.
Ces dynamiques témoignent d’une force persistante : celle de la dignité humaine qui amène à la révolte contre le mal sous toutes ses formes.
Ainsi, dans les moments les plus sombres, cette prière « délivre-nous du mal » constitue une présence, un geste ou une parole d’un « Bon Samaritain » qui peuvent rompre l’isolement. Aussi modeste soit-elle, cette intervention peut constituer un point de bascule.
Cependant cette même prière ne devrait pas uniquement être comprise comme l’attente d’une intervention extérieure. Ce n’est pas seulement l’espérance d’un secours venu d’ailleurs.
C’est aussi un appel à la lucidité. Ce combat spirituel nous mène à reconnaître le mal, à le nommer et à refuser de s’y habituer. Ce qui constitue déjà une forme essentielle de résistance contre son emprise. Cette phase demande beaucoup de courage pour renoncer au mal et retrouver la liberté et la dignité, loin de la soumission et de la dépendance émotionnelle ou autre.
C’est également un appel à la responsabilité collective. Aucune société ne peut prétendre lutter contre le mal si elle tolère l’injustice, banalise la violence et ferme les yeux sur les abus.
Enfin, c’est un appel à la persévérance individuelle. Dans un environnement hostile, choisir le bien peut sembler dérisoire. Pourtant, chaque parole de vérité, chaque acte de justice même s’ils nous condamnent pour un moment, et chaque geste de respect contribuent finalement à rétablir l’équilibre dans un monde souvent tenté par le mensonge et le manque de scrupules.
Dans l’histoire, le mal a bien été une constante, mais il n’a jamais été l’issue.
Car au cœur même des épreuves, l’homme conserve cette capacité essentielle : celle de résister, de se relever, de discerner et de transformer ce qui semblait le condamner en une possibilité de renaissance, à l’image du Christ ressuscité, ayant vaincu la mort elle-même.
Alors, la prière « délivre-nous du mal » ne signifie pas que nous ne serons pas blessés par le mal, mais, que nous nous relèverons, malgré le mal qui nous a fait souffrir, grâce à la lumière que Dieu a déposée en nous, et ce mal finira par sombrer dans la défaite.
Finalement, Dieu ne nous sauve pas du combat, mais, à travers le combat avec le mal. Et en renonçant au mal, nous choisissons la vie libre et digne, confiants que la vérité finira toujours par se révéler, et que le mal finira dans l’abîme.
Avocate à la cour
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron