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Liban : Chronique d’une guerre ordinaire - guerre au liban 2026

À Ebl el-Saqi, la vie s’en est allée mais « l'électricité est de retour 24/24 »

La guerre n’est pas toujours spectaculaire. Elle est aussi tragiquement banale. Jour 31, dans le village d’Ebl el-Saqi, à quelques kilomètres de la frontière israélienne.

À Ebl el-Saqi, la vie s’en est allée mais « l'électricité est de retour 24/24 »

Photo Rabih Said

Depuis le début de la nouvelle guerre avec Israël, la maison de Rabih est alimentée en électricité publique 24/24, contre quatre à six heures par jour avant. Il ignore la raison. L’exode massif de la population a probablement réduit drastiquement la demande. Beyrouth a peut-être aussi voulu envoyer un message aux habitants du Sud en leur signifiant que l’État ne les avait pas totalement abandonnés. Une rumeur circule également. Les Israéliens auraient donné des instructions afin de fournir une couverture continue offrant un « éclairage permanent ». Toujours est-il que depuis début mars, les kilowatts coulent à flots dans le village. « À tout malheur quelque chose est bon », ironise Rabih.

Nous sommes à Ebl el-Saqi, à l’extrémité sud-est du Liban, dans le caza de Marjeyoun, à quelques kilomètres de la frontière israélienne. La bourgade fait partie des ilôts non chiites de Jabal Amel. En temps normal cohabitent 450 familles libanaises, chrétiennes et druzes. Quand il fait beau, comme aujourd’hui, l’horizon est dégagé. Au loin apparaît alors le plateau du Golan, en grande partie annexé par Israël depuis 1981. À la radio, les ondes israéliennes se mélangent aux chaînes locales. Ici l’ennemi n'est pas une figure abstraite. C’est un voisin très concret.

Tarek*, la cinquantaine, a encore toutes les images en tête. Il n’avait pas dix ans, c’était en 1982. « Ça avait commencé de la même manière. Beaucoup de bombardements, des avions, des missiles antiaériens ». Un, deux, trois jours d’intenses activités militaires. Le quatrième, il tombe nez à nez avec des soldats israéliens qui distribuent des bonbons aux enfants du coin à la station-service en bas du village. Il se souvient de chaque détail. « On dévisageait les chars, regardait les équipements militaires ébahis… »

Quarante-quatre ans plus tard, l’histoire menace de se répéter. Elle s’est peut-être déjà répétée. Les Israéliens pénètrent chaque jour un peu plus à l’intérieur du territoire libanais. Ils n’ont pas encore assis leur emprise. Mais, « l’occupation est là, je le sens, c’est inexplicable, mais tout ressemble à hier », dit Tarek, au téléphone.

Depuis le début de la nouvelle guerre, la vie s’en est allée une nouvelle fois dans le village. Des centaines de familles ont pris la route. Seuls une soixantaine d’habitants ont choisi de rester, comme Rabih et Tarek. La réouverture de quelques commerces de proximité et l’afflux ponctuel d’aide humanitaire permettent de tenir. Riz, sardines, pain : l’essentiel est là. Mais les étals, comme les rues, sentent le soufre. Le long de la route principale, des jeeps de l’armée libanaise sont stationnées. Des soldats en uniforme, assis à l’arrière d’un pick-up, assurent la garde. Ils ne font pas grand-chose, à part attendre. Mais le symbole est là. S’ils devaient partir, comme cela a été le cas il y a peu dans d’autres localités frontalières, cela signerait l’arrêt de mort de la collectivité.

Malgré tout, personne ici ne compte sur l’armée. Pour protéger la bourgade, qui avait perdu deux « martyrs » lors de la guerre de 2024, les habitants comptent sur eux-mêmes. Tarek est employé à la police municipale. Il fait partie de ceux mobilisés depuis le début du conflit afin d’assurer la sécurité. Objectif : interdire l’entrée aux déplacés chiites afin de donner des gages aux Israéliens. Tout est bon pour se distancier du Hezbollah. Des checkpoints ont été installé aux entrées du village. Début mars, un drapeau druze avait également été déployé par un habitant : un réflexe de survie pour les uns, une provocation confessionnelle pour les autres. « Pour moins que ça, on vous accuse d’être un traître », souffle Tarek.

Il est 15h50 à Ebl el-Saqi et une énième déflagration retentit au loin. Il y en a eu une trentaine depuis le début de la journée. Peut-être plus. Rabih a arrêté de compter. Cette fois, l’électricité s’en est allée dans tout le village. « On dirait qu’ils ont tapé l’usine d’électricité », souffle Rabih. Il n’est pas inquiet. Après une nuit d’interruption, et quelques réparations, le courant sera rétabli au petit matin. Les villageois ont l’habitude.

*Le prénom a été modifié.

Depuis le début de la nouvelle guerre avec Israël, la maison de Rabih est alimentée en électricité publique 24/24, contre quatre à six heures par jour avant. Il ignore la raison. L’exode massif de la population a probablement réduit drastiquement la demande. Beyrouth a peut-être aussi voulu envoyer un message aux habitants du Sud en leur signifiant que l’État ne les avait pas totalement abandonnés. Une rumeur circule également. Les Israéliens auraient donné des instructions afin de fournir une couverture continue offrant un « éclairage permanent ». Toujours est-il que depuis début mars, les kilowatts coulent à flots dans le village. « À tout malheur quelque chose est bon », ironise Rabih.Nous sommes à Ebl el-Saqi, à l’extrémité sud-est du Liban, dans le caza de Marjeyoun, à quelques kilomètres de la...