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Société - Chronique D’Une Guerre Ordinaire

Mohammad Aziz, capitaine en chef d’un aéroport en guerre

La guerre n’est pas toujours spectaculaire. Elle est aussi tragiquement banale. Jour 24, à Beyrouth, dans les couloirs de l’aéroport Rafic Hariri.

Mohammad Aziz, capitaine en chef d’un aéroport en guerre

Mohammad Aziz dans son bureau de l’aéroport de Beyrouth. Photo Téa Ziadé/L’Orient-Le Jour

« Captain Aziz », comme on le surnomme ici, n’est pas loquace. Il a les épaules larges, la voix caverneuse et un visage de marbre qui ne laisse rien transparaître. Assis derrière son grand bureau, au deuxième étage de l’aéroport, l’homme assure n’avoir jamais connu la peur. Il reconnaît bien une forme d’appréhension face à une situation qui n’a « rien de normal ». Mais elle a plus à voir avec le poids des responsabilités qu’avec la peur de recevoir un missile sur la tête. Mohammad Aziz dirige l’aéroport de Beyrouth depuis août 2025. Ou plutôt, dans le jargon local, il préside la direction générale de l’Aviation civile à l’Aéroport international Rafic Hariri, à quelques encablures de la banlieue sud. C’est lui qui décide, avec la présidence et le ministre des Transports, d’une éventuelle fermeture du seul point de passage aérien reliant le Liban au monde extérieur.

C’est sa première fois à la tête de l’aéroport en temps de guerre. Mais c’est loin d’être sa première guerre. Mohammad Aziz fait ses débuts dans le métier en 1973. Au fil des ans, l’ancien pilote à la Middle East Airlines, également conseiller du PDG de la compagnie, en a vu de toutes les couleurs. Les premières batailles éclatent en 1975. Aux abords de l’aéroport, la guerre de quinze ans s’ouvre sur des affrontements entre l’armée libanaise et des groupes armés des camps palestiniens. Elle se poursuit avec les bombardements israéliens, des tirs d’obus des milices locales, puis des attentats contre les forces internationales qui y sont stationnées. Un terrain miné, volatil et complexe, où l’anticipation devient impossible. L’aéroport ferme ses portes, d’une minute à l’autre, sans préavis. « Il n’y avait pas un assaillant, mais une vingtaine de factions. On ne savait pas qui avait quoi, ni d’où venaient les tirs, ni même si les tireurs savaient viser ! » se souvient l’homme.

Alors aujourd’hui, c’est plutôt sereinement qu’il se rend au travail chaque jour, week-end compris, pour tenir la machine. « Au moins nous avons un interlocuteur à qui parler. » Les Américains ont apporté des garanties : les Israéliens peuvent frapper l’ancienne route de l’aéroport, mais pas la nouvelle, ni le périmètre intérieur de l’aéroport. Ils ont en outre promis d’avertir en cas de changement. La situation semble sous contrôle. Le capitaine est confiant.

De guerre en guerre, la poursuite des activités aériennes est devenue un sport national. « Les gens veulent continuer à voyager », insiste le capitaine. Un symptôme du syndrome libanais, à mi-chemin entre la fureur de vivre et la normalisation du chaos. Mais « captain Aziz » le sait. Tout peut basculer en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. D’une seconde à l’autre, les garanties internationales peuvent sauter. Alors il n’y aura plus de tergiversations. Ni d’évaluation des risques. « Nous fermerons sur-le-champ. »

En attendant, l’aéroport fonctionne en sous-régime. Le nombre de vols quotidiens à destination de la capitale a été divisé par trois depuis le début de la guerre. Le hall des départs est quasi désert. Les petits commerces sont ouverts, mais tournent à vide. Les rares passagers font office d’intrus dans ce décor de gare désaffectée. En période creuse, l’administration en profite aussi pour achever les travaux d’agrandissement. « Finissez tout tant qu’il n’y a personne », lance un responsable à des ouvriers.

Derrière le calme apparent, chaque employé est à son poste. L’aéroport est entré en « mode guerre » dès le premier jour. Les consignes sécuritaires ont été renforcées. La situation est sous surveillance continue. « Captain Aziz », lui, préside chaque jour dans son bureau des réunions de coordination entre les différents corps sécuritaires chargés du trafic. « Il faut bien faire ses calculs. On ne peut pas se jeter à l’aveugle. » Observation, communication, réaction : à l’aéroport comme dans les autres institutions du pays, la gestion de crise devient un exercice d’équilibriste fondé sur des variables qui échappent presque totalement aux autorités libanaises.

Il y a plusieurs jours, un incident est évité de justesse. Des avions de guerre israéliens survolent l’espace aérien, bloquant l’atterrissage d’un vol civil, qui tourne en rond au large des côtes libanaises dans l’attente d’une autorisation. Au bout d’une heure, le réservoir de carburant commence à se vider. Sans intervention, l’avion devra faire demi-tour pour se poser à Chypre. Au sol, le coordinateur de la tour de contrôle émet un message radio sur une fréquence d’urgence, en anglais, à destination de l’armée israélienne, qui libère la voie en quelques minutes. La situation est maîtrisée. Retour à la normale.

« Captain Aziz », comme on le surnomme ici, n’est pas loquace. Il a les épaules larges, la voix caverneuse et un visage de marbre qui ne laisse rien transparaître. Assis derrière son grand bureau, au deuxième étage de l’aéroport, l’homme assure n’avoir jamais connu la peur. Il reconnaît bien une forme d’appréhension face à une situation qui n’a « rien de normal ». Mais elle a plus à voir avec le poids des responsabilités qu’avec la peur de recevoir un missile sur la tête. Mohammad Aziz dirige l’aéroport de Beyrouth depuis août 2025. Ou plutôt, dans le jargon local, il préside la direction générale de l’Aviation civile à l’Aéroport international Rafic Hariri, à quelques encablures de la banlieue sud. C’est lui qui décide, avec la présidence et le ministre des Transports, d’une éventuelle...
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"Bienvenue à l'Aeroport International Rafiq Hariri de Beyrouth. Nous sommes ravis et honorés de vous accueillir et vous souhaitons un agréable séjour au Liban".... pour votre sécurité, éteignez votre mobile dès votre sortie de l'aérogare et n'empruntez l'autostrade Khomeiny, pardon, Khamenei, oups, pardon, Nassrallah que de jour et avec un drapeau blanc sortant de votre véhicule tous feux éteints. En espérant avoir le plaisir de vous revoir très bientôt sur nos lignes, prenez soin de vous...

Ca va mieux en le disant

16 h 04, le 27 mars 2026

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Commentaires (5)

  • "Bienvenue à l'Aeroport International Rafiq Hariri de Beyrouth. Nous sommes ravis et honorés de vous accueillir et vous souhaitons un agréable séjour au Liban".... pour votre sécurité, éteignez votre mobile dès votre sortie de l'aérogare et n'empruntez l'autostrade Khomeiny, pardon, Khamenei, oups, pardon, Nassrallah que de jour et avec un drapeau blanc sortant de votre véhicule tous feux éteints. En espérant avoir le plaisir de vous revoir très bientôt sur nos lignes, prenez soin de vous...

    Ca va mieux en le disant

    16 h 04, le 27 mars 2026

  • l’Aéroport international de Beyrouth, OLJ ! vous déraillez.

    Marie Claude

    11 h 18, le 27 mars 2026

  • C’est bien l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth comme l’est Charles de Gaulle pour Paris ou John Kennedy pour New York.

    Ras le bol

    17 h 02, le 26 mars 2026

  • Petite anecdote, Captain Aziz, est en fait le père d'un ami à l'école au Liban. J'avais été invité un jour chez eux au nord du Liban, j'avais 14-15 ans, c'était au début des années 90. Dans l'auto, il écoutait Aïda, l'opéra de Verdi. Ayant vu mon intérêt pour l'opéra, il retire la cassette à la fin du trajet et me la donne. "Tiens, elle est à toi". Ce genre de gens, ils font la différence à chaque jour. Dans le temps, ça avait fait une grande différence pour moi!

    Nacouzi Jacques

    16 h 33, le 26 mars 2026

  • L’aéroport international de Beyrouth

    Hitti arlette

    15 h 47, le 26 mars 2026

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