Depuis dix jours, les propriétaires de générateur contestent le bas prix du kWh, qui devrait être selon eux à environ 5 900/6 000 livres libanaises et non à 5 200 livres comme l’a évalué le ministère. Photo João Sousa
Après la hausse annoncée des tarifs mensuels pour les générateurs privés au Liban, au plus haut depuis le mois d'avril et qui ont été jusqu'à faire doubler certaines factures, une réunion a été consacrée à cette question vendredi au Grand Sérail afin de lancer un « mécanisme » de contrôle pour identifier les exploitants qui profiteraient des augmentations des prix pour faire payer aux clients des frais supplémentaires « injustifiés ».
Lors de cette réunion, les responsables ont mis en avant le fait que si une hausse « mécanique » est inévitable en raison des hausses des cours mondiaux du mazout, ils veulent s'assurer qu'aucun exploitant n'en « profite » pour faire passer des coûts supplémentaires dans sa facture, soit en surtaxant ceux qui paient des forfaits, et n'ont donc pas de compteur pour leur consommation, soit en manipulant les compteurs s'ils sont installés, indique une source au courant des discussions à L'Orient-Le Jour.
Une campagne a donc été lancée, en coordination avec les forces de sécurité et à l'échelle de tout le pays, pour repérer d'éventuels excès « injustifiés ». Alors que les prix du mazout ont fortement augmenté au cours des dernières semaines, cette hausse s'est répercutée sur les prix au Liban, avec un tarif officiel du kilowattheure produit par les générateurs dans les zones côtières et densément peuplées qui est passé de 40 746 livres en juillet à 48 241 livres en août, soit une hausse de plus de 18 %.
Le « fardeau » des générateurs
Pour le ministre de l'Économie, Amer Bsat, qui s'est exprimé après la réunion, les responsables « savent le fardeau que représentent pour les familles libanaises les fortes hausses des factures des générateurs, en particulier durant les mois d’été », au cours desquels la consommation est en hausse en raison des installations de climatisation. Il a souligné que s'il y avait une « hausse réelle et justifiée des coûts, il existe également des augmentations injustifiées ». M. Bsat a dans ce cadre affirmé que cette hausse « ne donne à personne le droit d’exploiter le besoin des citoyens en électricité », rappelant que les tarifs officiels mensuels « incluent déjà le coût du mazout, mais également les coûts d'exploitation, de la maintenance et la marge bénéficiaire ».
Pour faire face à ces excès, le ministre a annoncé qu'un « modèle » de lutte contre les infractions, initialement mis en place à Tripoli et Mina, dans le nord du Liban, qui consiste en des procès-verbaux et la saisie éventuelle des générateurs, allait être « étendu à l'ensemble du territoire libanais ». Des tournées d' « inspections et contrôles » vont s'intensifier et une coordination est mise en place avec les parquets et les services de sécurité pour que les constats soient « rapidement transmis à la justice et les mesures judiciaires prises », a-t-il indiqué, sachant que des représentants des différents organismes sécuritaires et le procureur général près la cour de cassation, Rami el-Hage, étaient présents au Sérail.
« Lorsqu’un générateur assurant l’alimentation électrique d’une zone donnée sera confisqué, une coordination sera mise en place avec l’autorité locale compétente afin qu’elle en prenne possession et garantisse la continuité du service, de sorte que le citoyen ne fasse pas les frais de l’infraction commise par le propriétaire du générateur », précise M. Bsat. Et d'insister que « le tarif officiel n'est pas une proposition, l'installation des compteurs n'est pas une option et personne n’a le droit d’ajouter de sa propre initiative des frais ou des suppléments à la facture du citoyen. » Les autorités ont décidé depuis plusieurs années d'imposer l'installation de compteurs électriques sur les générateurs privés, pour chaque foyer. Mais malgré plusieurs campagnes pour s'assurer de l'application de cette décision, de nombreux propriétaires de générateurs continuent de s'y opposer.
Les générateurs privés sont tolérés depuis des décennies, période durant laquelle ils se sont imposés comme un palliatif au déficit structurel de production d’Électricité du Liban (EDL).


