"L'Orient-Le Jour" présent parmi les photos illustrant la quatrième de couverture de Beirut Habibi des éditions Assouline. Photo Matthieu Karam/ L'OLJ.
C’est un coffee table book consacré à la capitale libanaise. Un beau livre qui s’inscrit dans une collection luxueuse à l’identité graphique forte, immédiatement reconnaissable à ses couvertures toilées aux couleurs éclatantes et à ses titres invariablement composés de deux mots accolés : le nom de la ville et celui qui, selon les éditeurs, lui sied le mieux. Pour Beyrouth, le choix s’est porté sur « Habibi », une expression à la fois affectueuse et profondément familière, qui résume à elle seule la chaleur humaine, la convivialité et l’attachement que la capitale libanaise inspire.
Dernier-né de la collection Classics d’Assouline, ce Beirut Habibi (à ne pas confondre avec le roman Habibi Beyrouth de Manal Salamé) succède donc à Capri, Miami, Ibiza, Lisbonne ou encore Rio, dans le palmarès éditorial des destinations de voyage qui font rêver. Et cela, il faut le signaler, à l’initiative de Rabih Fakhreddine. Le jeune homme à la tête de 7 Mangement, compagnie du secteur de l’hospitalité et de la restauration, s’est rendu à New York pour solliciter directement les éditeurs d’Assouline, et leur proposer le projet et son mécénat. « Beyrouth méritait bien le meilleur des beaux livres » dit-il.

« Beyrouth est photogénique »
Pour raconter cette ville aux mille visages, il fallait, parallèlement aux images de toute beauté, une voix capable de restituer son esprit profond. Assouline s’est donc tourné vers Charif Majdalani. Beyrouthin de naissance et d’âme, l’écrivain (francophone) de renom a accepté avec enthousiasme d’en signer la longue préface (traduite en anglais). « Assouline fait de très beaux livres et je trouvais chouette qu’il y en ait un sur Beyrouth », confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Un choix qui l’a d’abord surpris, « la maison publiant généralement des ouvrages consacrés aux grandes villes d’art et aux destinations photogéniques, dans le sens cliché du terme », signale-il. Avant de lui apparaître comme une évidence : « Beyrouth est photogénique même dans sa laideur. »
Dans son texte, au souffle littéraire évocateur, c’est la complexité, les contradictions et les métamorphoses de Beyrouth que Charif Majdalani met en lumière. « J’ai voulu retracer son histoire, en revenant sur sa singularité, sa diversité et son rôle dans la modernité », indique l’écrivain. Lequel a voulu prendre le contre-pied des représentations convenues d’une capitale trop souvent réduite dans l’imaginaire international à ses guerres, ses drames et… à une certaine résilience festive un peu superficielle.
De la cité cotière antique à la Béryte romaine « mère des lois », de la ville portuaire ottomane à la capitale moderne façonnée par le mandat français, Majdalani déroule le fil d’une histoire faite de strates, de ruptures et de renaissances. Il évoque ainsi l'ancienne ville-jardin, celle des palais et des souks, puis les années de glamour et d’essor architectural moderniste des décennies d’avant-guerre, jusqu’à la Beyrouth contemporaine, meurtrie par les guerres, les destructions et les bouleversements urbains, mais toujours animée par une irrépressible énergie de vie.
La sélection photographique prolonge cette lecture en faisant souvent dialoguer, dans une mise en page pensée à cet effet, clichés d’hier et d’aujourd’hui, dans une volonté de montrer « comment l’ancien survit dans le nouveau, tout en étant différent ».
Une promenade entre hier et aujourd’hui
À travers quelque 150 photographies d’archives et contemporaines, certaines déployées sur des doubles pages, Beirut Habibi donne ainsi corps à une cartographie colorée de cette ville méditerranéenne, ouverte sur le monde et façonnée par les échanges et les brassages culturels.

Une iconographie foisonnante qui puise dans les fonds de Getty Images, AFP et Alamy, ou encore chez la pionnière de la photographie libanaise Marie el-Khazen, ainsi que dans les travaux de photographes contemporains tels que Raymond Depardon, Tarek Moukkadem, Tanya Traboulsi, Serge Najjar, Rania Mattar, Dia Mrad, parmi de nombreux autres.

Au fil des pages surgissent les lieux emblématiques qui composent la mémoire collective de Beyrouth : l’iconique Saint-Georges, le Grand Théâtre, les rochers et les cafés de Raouché, les palais de la rue Sursock, le campus de l’AUB, les vieux quartiers de Gemmayzé et Mar Mikhaël devenus les nouveaux épicentres de la jeunesse, des bars et du design. Mais aussi les nouvelles architectures qui redessinent la ville. Le livre s’attarde également sur la scène créative, en pénétrant dans les ateliers d’Élie Saab, d’Ayman Baalbaki, de Nabil Nahas ou de Marwan Sahmarani… Sans oublier les scènes de rues à travers des images actuelles mises en parallèle avec des images plus anciennes, parfois plus « sociétales », dont quelques-unes en noir et blanc, témoins d’un esprit levantin aujourd’hui disparu.
En somme, au-delà de son attrait de livre objet de désir, feuilleter Beirut Habibi, c’est se laisser entraîner dans une promenade sensible à travers les multiples visages d’une capitale à la fois orientale et occidentale, ancienne et moderne, élégante et chaotique, blessée mais toujours profondément vivante, surprenante et attachante. « Une ville à la convivialité légendaire et à l’hospitalité sans égale », témoigne en quelques mots le célèbre chausseur Christian Louboutin qui livre, aux côtés d’autres artistes et journalistes réunis dans cet ouvrage, son regard « amoureux » sur Beyrouth.
*Disponible à Beyrouth à la librairie Stephan.


