De nombreuses voix chrétiennes au Liban commencent à remettre en question la formule libanaise ; certains parlent de fédéralisme, d’autres de partition, mais ce qui est certain, c’est que ces chrétiens en ont assez : ils en ont assez de leurs concitoyens musulmans qui, dans l’histoire moderne, se sont alignés sur des puissances arabes étrangères suivant leurs idéologies religieuses, tandis que pour les chrétiens, l’idée a toujours été : « Le Liban d’abord », avec un chauvinisme très marqué.
Un exemple frappant et éloquent est la dénomination des partis politiques : d’un côté, nous avons les Phalanges libanaises, les Forces libanaises, le Parti national libéral, le Courant patriotique libre, les Gardiens des cèdres, et de l’autre, le Hezbollah, le Parti progressiste socialiste, les nassérites, la Jamaa islamiya, le Parti social nationaliste syrien ; nous trouvons toujours chez les chrétiens dans leurs nominations une allusion nationale.
Samuel P. Huntington, dans son livre Le Choc des civilisations en 1996, a dit que toute société multiethnique est vouée à la guerre civile. Nous en avons donné l’exemple dans le passé. Depuis la création du Grand Liban, nous vivons avec des difficultés et des conflits. Les maronites ont gouverné avec les sunnites en partie, tandis que les chiites étaient marginalisés. Ils ont gouverné et, avant 1975, ils ont construit un État institutionnel jusqu’à ce que le Liban soit décrit comme la « Suisse du Moyen-Orient ». Pendant le règne des maronites, malheureusement, les sunnites du Liban ont soutenu Gamal Abdel Nasser puis les Palestiniens réfugiés et occupants qui les considéraient comme l’armée de l’islam.
Les chrétiens ont dû attendre les sunnites jusqu’en 2005, lors de l’assassinat du martyr Rafic Hariri, qui était un grand homme, pour commencer à dire « le Liban d’abord ».
Et maintenant, nous devons attendre les chiites du Hezbollah qui sont une large tranche et qui sont idéologiquement liés au régime iranien, ce qui est regrettable parce que, d’abord, des chiites modérés comme le mouvement Amal n’évoquent que des positions timides par crainte de la « fitna » interne chiite, et deuxièmement, les chiites sont l’un des composants fondateurs du Liban et sont présents depuis le VIIe siècle et sont ceux qui ont aidé l’État safavide à « chiifier » l’Iran et non le contraire.
Où allons-nous maintenant ? Qu’est-ce que les autorités au Liban et les Libanais doivent attendre ?
Si le régime iranien ne tombe pas, les chiites du Hezbollah resteront exposés à une guerre dévastatrice avec Israël dont la fin sera le respect des restrictions politiques découlant des nouveaux accords américano-iraniens ; et si le régime iranien tombe, ils se sentiront orphelins et désespérés.
Dans les deux cas, ils seront blessés et déplacés et n’auront pas de stratégie, de leur point de vue, que de renverser le gouvernement, de défier le pouvoir et de diriger l’arme vers l’intérieur, non pas pour déclencher une guerre civile à long terme, mais pour créer des problèmes internes graves conduisant à une équation qui obligerait les autres Libanais et la communauté internationale à leur accorder des gains politiques.
Ainsi, ils auront gagné quelque chose de cette guerre en fin de compte, et c’est ce dont ils ont besoin, pour pouvoir apaiser leur public affligé et lui faire oublier ses malheurs en préparation des élections législatives.
L’affaire sera compliquée et douloureuse, et ses signes commencent à apparaître. Depuis la naissance du Grand Liban, nous sommes censés avoir appris notre leçon. Nous pouvons et devons vivre ensemble même si nous n’avons pas les mêmes croyances religieuses ; mais si nous avons les mêmes principes nationaux et portons la même loyauté pour le Liban avant tout, si nous avons appris du passé que personne ne peut annuler l’autre et si nous sommes sincères, alors rien n’est impossible.
Nous pouvons donner un bel exemple de coexistence démocratique au monde et que le Liban soit un message comme l’a mentionné l’exhortation apostolique du pape Jean-Paul II.
Le modèle le plus proche de nous est Singapour avec sa diversité ethnique, mais c’est une démocratie « illibérale » contrairement à nous, mais ses habitants vivent en paix et en prospérité.
Au lieu de diviser le pays, unissons-le !
Chiites du Liban, ne nous faites pas attendre trop longtemps et gardez-vous de créer une réalité qui verse le sang libanais et nous éloigne les uns des autres et nous ramène au passé.
Nous avons besoin de vous pour construire ensemble le Liban moderne, démocratique et libéral.
Que les partis politiques druzes, chiites, chrétiens et sunnites modérés s’unissent et forment un bloc modéré face à toutes sortes d’extrémismes et d’idéologies existants et actifs sur le terrain.
Que la feuille de route pour l’avenir commence par la franchise et la réconciliation.
En fin de compte, Jésus nous a appris à aimer et à construire des ponts, et celui qui suit les pas du Dieu d’amour ne peut pas se tromper.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

