Tintin a toujours été mon personnage de BD préféré. Avec son caractère intrépide, droit et courageux, il m’inspirait et parfois me servait de leçon si un jour je me retrouvais, moi aussi, face à des situations périlleuses.
Adolescent lecteur, il m’arrivait souvent de buter sur des phrases ou des mots que je ne comprenais pas. Je demandais alors à ma mère ou à mes sœurs aînées de me les expliquer.
Lucky Luke venait en deuxième choix : un cow-boy intrépide et justicier, avec un léger côté nonchalant. Pourtant, au fil de la série, un mot me résistait : celui de « colonisation », ou encore celui de « colon ».
Selon l’encyclopédie, ce terme vient du latin colonus, qui désigne un cultivateur, un fermier. À l’origine, un colon est simplement quelqu’un qui s’installe sur une terre pour la cultiver. Mais, au fil du temps, notamment à partir du XIXe siècle, le mot a évolué pour désigner celui qui s’installe dans un territoire étranger, souvent avec le soutien d’un État. Jusque-là, tout semble clair.
En grandissant au Liban, berceau de nombreux courants politiques nationalistes du monde arabe, j’ai souvent entendu l’expression « les ennemis colonialistes ». J’ai également lu, à plusieurs reprises, sur des banderoles, des slogans tels que « les colonialistes sionistes ». Pourtant, je n’en saisissais pas encore pleinement le sens profond.
Ce n’est que depuis quelques années que j’ai commencé à en mesurer la portée, en étant témoin de l’évolution tragique de l’histoire du peuple palestinien.
Coloniser, c’est tout simplement accaparer, envahir, spolier – prendre sans permission. Mais ce mot a pris une dimension encore plus forte lorsque, récemment, sur les réseaux sociaux, peut-être beaucoup d’entre nous ont vu ces images de « colons » israéliens hurlant derrière nos frontières du Sud, appelant à « coloniser » nos terres. On y voyait aussi un grand rabbin bénir ces terres avant même que ne débute la colonisation – autrement dit, l’invasion.
Que de malheur, que de violence derrière cet acte. Envahir les terres de notre patrie, de notre foyer, sans justification ni légalité.
C’est un acte de violence en soi. Et depuis quand la violence a-t-elle été une réponse à un problème ?
Je conclurai par cette phrase, à la fois symbolique et profondément actuelle, extraite du Discours sur le colonialisme du poète et philosophe Aimé Césaire : « Nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément. »
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