Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Une indifférence ou un instinct de survie ?

Cette fois, je parle sur un ton différent.

Tristesse, colère, rancune, culpabilité, amour, chagrin n’ont pas trouvé refuge en moi.

Cette fois, c’est un ruisseau vide qui traverse mon corps.

Cette fois, j’ai décidé d’esquisser le boomerang qu’est la guerre.

C’est la paralysie émotionnelle qui prend la place ou plutôt que j’ai choisie.

On me demande : comment tu te sens avec tout ce qui se passe au Liban ?

Je réponds : Pour le moment ça va avec une pointe de détachement.

Mon esprit, lui, est fatigué, il est fatigué de devoir vivre en cycle des épisodes qui font mal.

Mon esprit, lui, essaye de me protéger des pensées intrusives en rapport avec cette guerre.

Peut-être j’ai atteint mon point limite.

Ce point où on renonce à l’inévitable et on arrête de lutter.

Ce point où le lâcher-prise et l’acceptation dominent.

Aujourd’hui j’ai décidé d’être ancrée dans mon présent.

Je me dis, tant que mes amis, ma famille et mes parents à cette seconde-là sont en bonne santé, je n’ai rien à craindre.

Peut-être c’est égoïste de penser d’une telle manière ou peut-être je suis juste un être vivant qui veut vivre sans se soucier de la guerre.

Peut-être qu’il y a des expatrié(es) libanais(es) qui ressentent tout ça, peut-être que nous méritons juste de vivre pleinement et de profiter de nos vies parce que nous aussi, nous menons nos batailles. La plus grande, c’est d’être loin de nos familles et de devoir parfois mener des doubles vies.

Aujourd’hui j’écris à travers un filtre que je me suis créé, à travers cette carapace dans laquelle je me suis cachée, par peur de sortir, de sentir et tout simplement de craquer.

Par peur que ma sensibilité soit touchée, par peur d’être dévorée par l’anxiété, la peur et l’incertitude.

Aujourd’hui c’est l’indifférence qui m’accompagne, une indifférence face à l’incontrôlable et face à ce qui me dépasse.

Je me retrouve ainsi dans une sorte de bulle protectrice…

Une bulle dont j’ignore combien de temps elle pourra tenir…

Au fond de moi, je sais qu’elle finira par exploser, parce que mon amour pour le Liban vibre très fort en moi, et c’est cet amour-là qui finira par la faire exploser et par m’emporter sur une vague d’émotions…

J’espère que ma résilience de libanaise fera en sorte que je surfe sereinement dessus...

Mais on verra bien jusqu’à quand cette résilience durera.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Cette fois, je parle sur un ton différent.Tristesse, colère, rancune, culpabilité, amour, chagrin n’ont pas trouvé refuge en moi.Cette fois, c’est un ruisseau vide qui traverse mon corps.Cette fois, j’ai décidé d’esquisser le boomerang qu’est la guerre.C’est la paralysie émotionnelle qui prend la place ou plutôt que j’ai choisie.On me demande : comment tu te sens avec tout ce qui se passe au Liban ?Je réponds : Pour le moment ça va avec une pointe de détachement.Mon esprit, lui, est fatigué, il est fatigué de devoir vivre en cycle des épisodes qui font mal.Mon esprit, lui, essaye de me protéger des pensées intrusives en rapport avec cette guerre.Peut-être j’ai atteint mon point limite.Ce point où on renonce à l’inévitable et on arrête de lutter.Ce point où le lâcher-prise et...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut