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Nos lecteurs ont la parole

C’est qui déjà Faylak al-Qods ?

Message anxieux de mon fils de 22 ans, depuis Rhode Island, aux États-Unis, à 2h du matin : « Mam, ça va ? Ils ont bombardé Raouché… »

Je réponds à 8h : « Ne t’inquiète pas, on n’a rien entendu. Ils ont juste tapé une chambre d’un hôtel où il

y avait des responsables de Faylak al-Qods. »

« C’est qui déjà Faylak al-Qods ? »

Ah ça… Déjà que notre conversation peut sembler lunaire à un non-averti, si en plus on y ajoute des devinettes…

Bonne question, cela dit. C’est qui, eux, encore ? Et qu’est-ce qu’ils font dans un hôtel en plein Beyrouth ? Et pourquoi y a-t-il tout un organigramme de Faylak al-Qods au Liban ?

Un responsable financier, un responsable stratégie, un autre chargé de ceci, et je ne sais qui et combien d’hommes de l’ombre chargés de je ne sais quoi.

Voilà où nous en sommes. Nous ne savons rien. Et cela ne date pas d’hier, et ne sera pas résolu de sitôt.

Au lendemain de l’explosion du 4-Août, déjà, je me suis brusquement rendu compte que nous vivions sur une poudrière, et que nous ne connaissions pas ni ne connaîtrons, à mon humble avis, les tenants et les aboutissants des desseins obscurs qui se trament dans notre dos.

Pendant que nous croyions slalomer entre deux vagues de Covid, 2 750 tonnes d’explosif rugissaient en attendant de détruire la capitale. Et les « responsables » savaient.

Il nous a fallu du temps pour que notre cerveau enregistre et dépasse ces informations, et pour que, à nouveau, le souffle de vie, toujours plus fort que tout, reprenne ses droits.

Oui, mais entre-temps, dans les sous-sols de la banlieue sud, mais pas que, notre avenir se joue et se perd, pendant que nous sommes concentrés à vivre.

Que le Hezbollah soit doté d’une infrastructure militaire, politique, stratégique, économique, sociale et même culturelle, nous le savions. Et, quand le tandem Aoun/Salam, autrefois prometteur, a solennellement annoncé qu’il rendrait à l’État libanais sa dignité et sa souveraineté, bafouées allègrement par le parti de Dieu, nous avions voulu y croire, férocement, et avec conviction.

Oui, mais voilà. À l’heure d’écrire ces quelques mots, le constat est affligeant.

Le Hezbollah n’est pas plus inquiété que Faylak al-Qods par les décisions et les déclarations intempestives de l’État libanais.

Le ticket pour s’extraire à la justice ? 21 dollars. Ça ne fait vraiment pas cher le permis de tuer. Autant en abuser.

Et le parti de Dieu et tous ses confrères ont peut-être bien raison d’abuser d’un État impuissant, incapable de protéger sa population. Ils ont raison de continuer à fomenter notre futur dans les dédales obscurs des tunnels souterrains dont nous ne savons rien, et qui traversent peut-être les sous-sols de nos immeubles des « quartiers sûrs ». Ils ont bien raison de ne pas s’inquiéter d’une justice malléable et incapable (probablement à raison) de résister à la pression des armes et du terrorisme.

J’ai la chair de poule rien qu’en imaginant tout ce que nous ne savons pas.

Combien de soldats de l’ombre, obéissant à des ordres sanguinaires qui viennent d’ailleurs, sont-ils tapis entre nous ?

Si la stratégie d’Israël et des États-Unis est claire, à savoir la reddition sans conditions du Hezbollah et autres sous-traitants du régime iranien, rien n’est moins clair que la position de l’État libanais, pris entre l’enclume et le marteau…

Et d’ailleurs, pour être tout à fait honnête, nul ne se soucie, ni à l’intérieur de nos frontières ni en dehors, des positions du Liban officiel, si tant est qu’il existe encore.

Au final, pour répondre à la question de mon fils : je ne sais pas, et personne ne sait qui sont les Faylak al-Qods ni comment ils sont rentrés chez nous ni ce qu’ils y font. Mais je sais qu’il y en a d’autres, des groupuscules, ou encore de grands groupes armés, qui dessinent, depuis nos terres, et en utilisant notre peuple comme bouclier humain, l’avenir de notre pays.

Ce n’est même pas leur objectif premier : le dessein du Liban est juste collatéral à ce qui se décide ici et ailleurs, mais jamais par les Libanais.

Avocate et professeur de droit

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Message anxieux de mon fils de 22 ans, depuis Rhode Island, aux États-Unis, à 2h du matin : « Mam, ça va ? Ils ont bombardé Raouché… »Je réponds à 8h : « Ne t’inquiète pas, on n’a rien entendu. Ils ont juste tapé une chambre d’un hôtel où il y avait des responsables de Faylak al-Qods. »« C’est qui déjà Faylak al-Qods ? »Ah ça… Déjà que notre conversation peut sembler lunaire à un non-averti, si en plus on y ajoute des devinettes…Bonne question, cela dit. C’est qui, eux, encore ? Et qu’est-ce qu’ils font dans un hôtel en plein Beyrouth ? Et pourquoi y a-t-il tout un organigramme de Faylak al-Qods au Liban ?Un responsable financier, un responsable stratégie, un autre chargé de ceci, et je ne sais qui et combien d’hommes de l’ombre chargés de je ne...
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