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Nos lecteurs ont la parole

La nuit ne vous appartient pas


La nuit devrait appartenir à ceux qui dorment. À ceux qui ferment les yeux avec cette confiance simple : le monde continuera sans eux jusqu’au matin. Mais lorsque la guerre s’installe, même la nuit cesse d’être un refuge. Elle devient une attente. Une veille imposée.

Dans les villes menacées, on ne s’abandonne plus au sommeil comme ailleurs. On se couche, mais l’esprit reste debout. Les lumières s’éteignent, les rues se vident, et pourtant personne ne se sent vraiment protégé par l’obscurité. Le silence lui-même devient suspect.

Car le silence, ici, n’est jamais vraiment silencieux.

Il est habité par des souvenirs : une détonation qui a fait trembler les vitres, une nuit où l’on s’est réveillé en sursaut, le cœur battant trop vite. Chaque bruit devient une question. Chaque vibration dans l’air fait remonter l’angoisse.

La guerre ne se contente pas de frapper les routes, les immeubles ou les frontières. Elle s’infiltre dans les maisons. Elle s’assoit au bord des lits. Elle transforme les chambres en postes d’écoute et les nuits en territoires incertains.

Alors les habitants apprennent à dormir autrement.

On regarde le plafond. On compte les heures. On écoute respirer ceux qui dorment à côté – enfants, parents, proches – comme pour s’assurer qu’ils sont encore là. Le sommeil finit parfois par venir, mais il reste fragile, prêt à se briser au moindre fracas.

Car la nuit ne vous appartient plus.

Elle appartient à celle ou celui qui vous la vole. À celui qui décide, quelque part dans l’obscurité, que votre repos peut être interrompu, que votre peur peut être réveillée.

Et c’est peut-être là l’une des violences les plus silencieuses de la guerre : quand elle ne détruit pas seulement les villes, mais aussi la confiance dans la nuit. Quand elle confisque le droit le plus simple, le plus humain – celui de dormir sans crainte.

Alors on attend l’aube.

Parce que tant que le jour revient, tout n’est pas encore perdu. Mais la nuit, elle, reste confisquée. Et dans ce vol discret du sommeil, la guerre s’installe jusque dans les corps, jusque dans les rêves, jusque dans l’intimité de chacun.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La nuit devrait appartenir à ceux qui dorment. À ceux qui ferment les yeux avec cette confiance simple : le monde continuera sans eux jusqu’au matin. Mais lorsque la guerre s’installe, même la nuit cesse d’être un refuge. Elle devient une attente. Une veille imposée.Dans les villes menacées, on ne s’abandonne plus au sommeil comme ailleurs. On se couche, mais l’esprit reste debout. Les lumières s’éteignent, les rues se vident, et pourtant personne ne se sent vraiment protégé par l’obscurité. Le silence lui-même devient suspect.Car le silence, ici, n’est jamais vraiment silencieux.Il est habité par des souvenirs : une détonation qui a fait trembler les vitres, une nuit où l’on s’est réveillé en sursaut, le cœur battant trop vite. Chaque bruit devient une question. Chaque vibration dans l’air fait...
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