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Nos lecteurs ont la parole

Entre les vents du dehors et l’éveil du dedans

Je ne vois pas la tragédie du Liban comme née du cœur de ses habitants, mais plutôt comme le fruit de pressions venues d’ailleurs, qui ont trouvé, par malheur, un terrain intérieur parfois vulnérable aux intérêts personnels et à l’oubli du bien commun. Car le Liban, dans son essence, n’a jamais été une terre de refus de l’autre, mais une terre d’accueil, de coexistence et de mémoire partagée.

L’histoire récente nous rappelle combien ce petit pays a souvent porté des fardeaux qui le dépassaient. L’accueil des Palestiniens après la création de l’État d’Israël, accompli dans l’urgence et sans planification durable, fut d’abord un geste humain, puis une question politique non résolue, instrumentalisée au fil des décennies. Ensuite vinrent les influences idéologiques régionales, les tensions du panarabisme, les tutelles directes ou indirectes, et plus tard encore d’autres influences étrangères, chacune laissant son empreinte sur un équilibre déjà fragile.

Ainsi, le Liban n’a pas seulement subi l’histoire : il a été traversé par elle.

Et pourtant, ce ne sont pas uniquement les interventions extérieures qui ont affaibli l’État, mais aussi ce climat intérieur où l’intérêt personnel, parfois, a pris le pas sur la conscience nationale. Quand la fonction publique devient un privilège, quand la loyauté se fragmente entre appartenances, la nation s’efface lentement derrière les calculs.

Et malgré tout, l’amour du Liban demeure une constante intime, presque charnelle.

Je suis né dans une terre ancienne, dans un village où le temps semble gravé dans la pierre, où la lumière est douce, où l’eau apaise, où l’air vivifie, et où les mains des hommes ont su transformer la roche en terre fertile. Cet attachement à ce petit pays s’accorde, dans mon parcours, avec une profonde gratitude envers la Suisse, pays de l’homme et de l’humanité, où j’ai vécu plus d’un demi-siècle. Parfois, je me surprends à envier ma propre destinée d’avoir connu une nation où les institutions apaisent les différences au lieu de les attiser.

La comparaison n’est ni jugement ni nostalgie : elle est leçon.

La Suisse, comme le Liban, est plurielle dans ses langues, ses cultures et ses confessions. Mais elle a fait un choix fondamental : placer l’État au-dessus des appartenances, le droit au-dessus des passions, et l’intérêt commun au-dessus des clivages. Là réside peut-être la différence décisive.

Pour que le Liban renaisse, il ne doit pas renier sa diversité, mais la réconcilier dans un cadre étatique juste et souverain. Non pas abolir les identités, mais les inscrire dans une citoyenneté partagée. Non pas nier l’histoire, mais cesser d’en être prisonnier.

L’avenir du Liban exige d’abord une neutralité lucide, qui le protège des conflits des autres sans l’isoler du monde. Il exige ensuite un État de droit réel, où la justice n’est ni sélective ni dépendante, et où les institutions ne sont pas des lieux de partage d’influence, mais des piliers de stabilité. Il exige aussi une éthique publique renouvelée, où servir la nation redevient une responsabilité morale, non une opportunité personnelle.

La question palestinienne, comme d’autres héritages de l’histoire, ne pourra être résolue par l’oubli ni par l’instrumentalisation, mais par une approche humaine, digne et institutionnelle, qui protège à la fois la souveraineté du Liban et la dignité de ceux qui vivent sur sa terre.

Au fond, la crise libanaise n’est ni religieuse ni anthropologique : elle est politique et structurelle. Les Libanais, dans leur vie quotidienne, savent coexister, travailler ensemble, aimer ensemble. Ce qui vacille, ce n’est pas la société, mais l’architecture de l’État.

Le Liban n’est pas un pays condamné ; il est un pays fatigué par l’excès de politique et le manque d’État.

S’il retrouve la primauté de la loi, la neutralité de sa position, et la noblesse de son idée nationale, il pourra redevenir ce qu’il fut autrefois : non pas une simple « Suisse de l’Orient » par comparaison géographique, mais une patrie singulière, où la pluralité devient richesse et non fracture.

Car lorsque la nation redevient une conscience partagée, les influences extérieures perdent leur emprise, et les divisions intérieures leur raison d’être.

Alors, le Liban pourra à nouveau être une lumière discrète dans un Orient tourmenté : un lieu où les cloches et les appels à la prière ne s’opposent pas, mais témoignent ensemble d’une même aspiration humaine à la dignité, à la paix et à la permanence.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Je ne vois pas la tragédie du Liban comme née du cœur de ses habitants, mais plutôt comme le fruit de pressions venues d’ailleurs, qui ont trouvé, par malheur, un terrain intérieur parfois vulnérable aux intérêts personnels et à l’oubli du bien commun. Car le Liban, dans son essence, n’a jamais été une terre de refus de l’autre, mais une terre d’accueil, de coexistence et de mémoire partagée.L’histoire récente nous rappelle combien ce petit pays a souvent porté des fardeaux qui le dépassaient. L’accueil des Palestiniens après la création de l’État d’Israël, accompli dans l’urgence et sans planification durable, fut d’abord un geste humain, puis une question politique non résolue, instrumentalisée au fil des décennies. Ensuite vinrent les influences idéologiques régionales, les tensions du...
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