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Nos lecteurs ont la parole

Quand l’inachevé devient un musée à ciel ouvert

Jbeil, ma cité originelle, toi qui t’ériges tel un sanctuaire intemporel, dont les pierres respirent et dont les ruelles murmurent comme des confidences anciennes, des secrets que seuls les siècles ne peuvent déchiffrer, tu n’es pas un simple lieu emblématique : tu es une âme magnifiée, un protagoniste éternel, un palimpseste sacralisé où le souffle des siècles s’insinue et s’insuffle dans chaque fissure, dans chaque recoin, dans chaque battement du cœur de celui qui ose t’aimer et te contempler. Tes murailles antiques, patinées par l’érosion et par la postérité, sont des sentinelles pétrifiées, obstinées, inébranlables ; elles défient l’outrecuidance des hommes et la fugacité des générations, veillant sur le temps comme des gardiennes silencieuses de l’éternité, érigeant un monument de mémoire et de majesté.

Marcher dans tes ruelles, Jbeil, c’est s’abandonner à une extase évanescente, c’est sentir la dichotomie vertigineuse entre fragilité et majesté, entre ombre et lumière, entre éphémère et éternel, qui valse dans l’âme tel un carrousel d’émotions. Chaque ombre est une élégie éthérée, chaque rayon de soleil une révélation. Tes pavés, polis par des siècles de pas, sont des vers muets, des strophes suspendues qui chantent la mémoire des peuples, des amours disparues, des tragédies silencieuses longuement oubliées. Tes ruelles sont des veines palpitantes où l’histoire s’écoule comme un sang lumineux, où la lumière et l’ombre dansent dans un paradoxe hypnotique, dans un balancement binaire et ternaire de l’éphémère et de l’éternel. Chaque portail, chaque escalier, chaque balcon ébréché devient une métaphore ontologique, un poème silencieux que le vent récite en chuchotant des aphorismes posthumes et sibyllins. Chaque reflet d’eau, chaque éclat de pierre, chaque souffle du vent est une allégorie, un miroir de la fugacité et de la permanence, de la beauté et de la perte, du souffle et du vertige.

Ton port, Jbeil, est un théâtre suspendu, un atrium de contemplation où les barques oscillent comme des lyres flottantes caressées par l’air, où chaque vague devient un chant labile, une métaphore protéiforme, mouvante, éphémère et éternelle qui effleure le port comme des doigt d’éternité caressant le temps. Les pêcheurs, moines silencieux et précis, accomplissent leurs gestes comme des prières sacramentelles ; chaque lancer de filet, chaque rappel de barque devient incantation, promesse, hymne, et moi, immobile, je me fonds dans ce rituel millénaire, effleurant l’extase et l’ivresse simultanément. Lorsque le soleil s’incline et embrase l’azur de rouges ardents et incandescents et d’or pourpre, Jbeil s’embrase et respire comme une créature mythique, et le souffle du vent insinue la mémoire des siècles dans l’âme de celui qui contemple. Le cœur s’emballe, le souffle se suspend, et le temps lui-même semble s’incliner devant toi pour saluer ton inachèvement glorieux.

Tu es inachevée, Jbeil, et c’est dans cette incomplétude que réside ton génie intemporel. L’inachèvement n’est pas un défaut : il est promesse, vertige, invitation à la rêverie et à la création. Chaque ruine, chaque fissure, chaque pierre ébréchée devient une strophe de ton sonnet silencieux, chaque pas dans tes ruelles devient un chant, chaque respiration un vers, chaque regard un acte d’émerveillement, chaque protubérance un testament de mémoire. La perdition et la contemplation s’y côtoient, et dans cette ébriété de l’âme sublime, l’âme se dilate, se découvre, s’élève. L’inachèvement est ton magnificat, ton hymne silencieux à la beauté, à la fragilité, à l’ineffable. Marcher sur tes pavés, c’est toucher le sublime, effleurer l’éternité, se fondre dans un chavirage où le passé et le présent s’entrelacent comme des amants éternels, se confondent dans un éblouissement de lumière et d’ombre.

Le théâtre antique, majestueux et silencieux, est un cœur pétrifié, vibrant au rythme des siècles. La citadelle, inéluctable, érige sa noblesse contre l’érosion du temps et l’hybris des hommes. Dans ce dialogue entre le minéral et le vivant, le vent, complice des pierres, sculpte le silence qui devient symphonie « plurisonique », la brise devient voix, la lumière devient verbe, l’ombre devient récit. L’ambivalence des émotions, la désillusion et la sagacité s’entrelacent dans un ballet invisible mais tangible. Chaque pierre respire, chaque fissure chante, chaque ruelle murmure, chaque reflet de l’eau du port insuffle le désarroi de l’éternité dans l’âme. On se sent à la fois humble et exalté, écrasé et transporté par la grandeur de l’inachèvement.

Et lorsque je lève les yeux vers la cathédrale Saint-Jean-Marc, dont les clochers tutoient le ciel comme pour défier le temps, j’éprouve une étrange communion : mon souffle rejoint celui de la pierre, et ma mémoire se fond dans l’ombre des siècles, gardant avec elle le souffle immortel de la perle phénicienne.

Jbeil, tu es un poème architectural, un musée à ciel ouvert, une incarnation vivante de l’inachevé sublime. Les clochers et les minarets dialoguent dans un chœur séculaire, une antinomie parfaite de diversité et d’unité, un prologue éternel à la tolérance. Tes habitants sont des narrateurs immémoriaux, des passeurs de mémoire, des architectes de patience et d’hospitalité. Dans tes ruelles, l’écho de chaque pas devient métaphore de résilience ; dans ton port, chaque vague devient miroir de l’infini ; dans tes pierres, chaque fissure devient témoignage d’esthétique persistante et insinue la grandeur des siècles. Jbeil, tu transcendes le temps, tu élèves l’âme, tu inspires les songes, tu fais frissonner celui qui sait écouter.

À toi, Jbeil, je dépose mon hommage le plus vibrant, le plus tendre, le plus exalté. Tu es la muse de mes songes, le reflet de mes souvenirs, le souffle de mes émerveillements. Que ton nom résonne à travers les siècles, que tes pierres continuent de parler aux générations, que tes ruelles suscitent l’extase, et que ton souffle demeure un hymne perpétuel à la beauté, à l’histoire et à l’infini. Car l’inachevé, dans ton essence même, est éternité. Et dans cette éternité, Jbeil, réside la sublimité absolue de ton âme, l’incongruité fugace du temps et la sagacité infinie de l’existence.

Et si Jbeil demeure inachevée, c’est que l’éternité elle-même n’a jamais osé la clore.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Jbeil, ma cité originelle, toi qui t’ériges tel un sanctuaire intemporel, dont les pierres respirent et dont les ruelles murmurent comme des confidences anciennes, des secrets que seuls les siècles ne peuvent déchiffrer, tu n’es pas un simple lieu emblématique : tu es une âme magnifiée, un protagoniste éternel, un palimpseste sacralisé où le souffle des siècles s’insinue et s’insuffle dans chaque fissure, dans chaque recoin, dans chaque battement du cœur de celui qui ose t’aimer et te contempler. Tes murailles antiques, patinées par l’érosion et par la postérité, sont des sentinelles pétrifiées, obstinées, inébranlables ; elles défient l’outrecuidance des hommes et la fugacité des générations, veillant sur le temps comme des gardiennes silencieuses de l’éternité, érigeant un monument de...
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