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Nos lecteurs ont la parole

Papillomavirus : quand l’ignorance entraîne des décisions paradoxales et injustes

Les assureurs privés au Liban couvrent les problèmes de santé de 20 % de la population. Certains contrats ont la particularité de contenir des clauses d’exclusion qui résultent de l’ignorance des réalités médicales, de l’illusion de contrôler les pratiques médicales ou d’une politique de gestion des risques maladroite. Il en résulte des injustices pour les assurés à laquelle le législateur doit mettre fin.

On connaissait la première aberration relative à la non-couverture des soins palliatifs pour des malades qui en ont besoin alors que leur maintien en soins intensifs inutiles est couvert aveuglément. Cette situation économiquement aberrante doit trouver une issue très rapidement.

On connaît moins le scandale du papillomavirus (HPV) qui impacte certains contrats d’assurance. C’est le virus le plus banal et le plus répandu. C’est l’infection sexuelle la plus fréquente du monde et qui ne dit rien sur la moralité de la personne porteuse. Le HPV est si répandu que la majorité des personnes sexuellement actives y seront exposées au cours de leur vie, souvent sans le savoir. Donc l’attraper ne signifie pas « mauvaise conduite », mais simplement… avoir une vie normale. Contrairement à l’idée de « multiplication des partenaires », le HPV peut se transmettre dès le premier partenaire, et parfois même avec un partenaire stable. Ce n’est pas un « marqueur d’infidélité » ou de « vie à risque ». Il se transmet facilement, même avec préservatif. Le préservatif réduit le risque, mais ne protège pas à 100 % car le HPV se transmet par contact peau à peau (zones non couvertes). Ce n’est pas une question de « négligence ». Dans la majorité des cas, le système immunitaire élimine le virus en un à deux ans, sans symptômes. Beaucoup de gens l’ont eu sans jamais en souffrir. Aujourd’hui, des tests existent pour connaître notre « statut HPV ». Cette précieuse information permet d’adopter les mesures de précaution ou d’examens complémentaires.

Il existe en effet de nombreux types de HPV : certains causent des condylomes (verrues génitales) et d’autres, dits « à haut risque », peuvent favoriser des lésions précancéreuses (col de l’utérus, anus, gorge…) si ça persiste. Ce n’est pas honteux, c’est médical, comme une infection qui demande parfois un suivi. On peut l’avoir sans symptôme et le transmettre sans le savoir. On peut être porteur sans signe visible, donc personne ne peut « savoir » ni « contrôler » parfaitement. Il n’y a pas de « coupable », juste une transmission fréquente.

Les HPV à haut risque (16 et 18) peuvent provoquer des cancers : chez la femme, cancer du col de l’utérus (le plus fréquent, très majoritairement dû au HPV), cancer du vagin, cancer de la vulve ; chez l’homme, cancer du pénis ; chez l’homme et la femme, cancer de l’anus, cancers de l’oropharynx (gorge), amygdales et base de la langue.

Il existe une prévention très efficace : le vaccin et le dépistage. Le vaccin HPV protège contre les types les plus dangereux et fréquents. Le frottis/test HPV chez la femme permet de le détecter tôt et d’éviter les cancers. On est dans la prévention, pas dans la culpabilité.

Le HPV n’est pas une MST « comme les autres » parce qu’il est quasi universel, souvent invisible, parfois inévitable et généralement transitoire. Donc ce n’est pas une honte, c’est un fait de santé courant, et on le gère avec l’information, le dépistage et la vaccination, pas avec le jugement.

Il est donc inacceptable que les assureurs privés demandent le « statut HPV » du patient pour décider de rejeter le dossier si le statut est positif. Cette attitude doit cesser. Il y a même un assureur au Liban qui rejette la prise en charge des cancers en rapport avec le HPV. Le cynisme est poussé à son comble puisque ces cancers n’existent pas si le malade n’a pas croisé le papillomavirus.

Il est urgent que la soi-disant honte change de camp et que les assureurs sortent de cette discrimination qui enfreint toutes les règles éthiques.

Dr Pierre ANHOURY, conseiller du ministre de la Santé du Liban pour le gouvernement français

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Les assureurs privés au Liban couvrent les problèmes de santé de 20 % de la population. Certains contrats ont la particularité de contenir des clauses d’exclusion qui résultent de l’ignorance des réalités médicales, de l’illusion de contrôler les pratiques médicales ou d’une politique de gestion des risques maladroite. Il en résulte des injustices pour les assurés à laquelle le législateur doit mettre fin. On connaissait la première aberration relative à la non-couverture des soins palliatifs pour des malades qui en ont besoin alors que leur maintien en soins intensifs inutiles est couvert aveuglément. Cette situation économiquement aberrante doit trouver une issue très rapidement. On connaît moins le scandale du papillomavirus (HPV) qui impacte certains contrats d’assurance. C’est le virus le plus...
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