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Culture - Événement

Réécouter Ziad Rahbani sous le toit d’Oscar Niemeyer

Un concert-hommage organisé le 24 janvier au cœur de la Foire internationale Rachid Karamé remet la musique libanaise moderne en dialogue avec l’espace, l’histoire et le Nord.

Réécouter Ziad Rahbani sous le toit d’Oscar Niemeyer

Le compositeur, musicien, acteur et dramaturge Ziad Rahbani. Photo AFP

« El-fann mich mitil el-wardé… El-fann biwajje3 bas bikhallik tfakker. »

L’art n’est pas une fleur, laissait entendre un jour Ziad Rahbani ; il fait mal, dérange et oblige à penser. Peu d’artistes libanais ont su incarner cette tension avec autant d’acuité que lui. Le 24 janvier, Tripoli sera le lieu où ce malaise fécond, cette beauté, cette ironie et cette mémoire se rejoindront. Le concert Tribute to Ziad & the Golden Days est moins un rendez-vous nostalgique qu’un moment de mise au point culturelle : une invitation à réécouter le compositeur, dramaturge et musicien disparu le 26 juillet 2025 à l'âge de 69 ans, ensemble, et dans le Nord, au cœur de la Foire internationale Rachid Karamé, dans sa vaste salle couverte.

L’événement, organisé par The Curtain en partenariat avec le programme Zaki Nassif pour la musique de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), constitue le deuxième volet d’un hommage entamé à l’Assembly Hall et désormais volontairement déplacé vers le Nord. Tripoli, trop souvent racontée à travers le prisme de la crise et du manque, est ici réaffirmée comme une capitale culturelle capable d’accueillir la complexité, l’ampleur et une ambition artistique exigeante.

Ramener la scène à la maison

Pour Louana Fadel, l’une des fondatrices de The Curtain, l’idée n’a jamais été abstraite. Elle est née d’une question simple et radicale : pourquoi l’art devrait-il toujours circuler de manière centralisée dans la capitale et pourquoi les publics du Nord devraient-ils systématiquement suivre ? « Pourquoi ne pas l’amener ici ? » se souvient-elle s’être demandée, avant de transformer cette intuition en action. The Curtain est né de l’ambition d’apporter le théâtre et la musique à Tripoli dans toute leur essence : non comme une version diluée de la vie culturelle beyrouthine, mais comme des productions complètes et soigneusement mises en scène, à la hauteur de l’attention, de la qualité et du respect qu’elles méritent.

Le choix de la Foire Rachid Karamé n’était pas seulement logistique ; il était aussi hautement symbolique. Ce chef-d’œuvre moderniste conçu par Oscar Niemeyer résonnait, dans les mots de Louana Fadel comme dans la réflexion du maestro Fady Yaacoub, avec quelque chose de profondément « ziadien » : moderne, audacieux, résolument différent et souvent incompris.

Les dimensions monumentales de la salle ont mis la vision à l’épreuve : près de soixante musiciens et chanteurs, une scénographie lumière et son complexe, et un espace public réduit juste ce qu’il faut pour préserver l’intimité et la visibilité. « Nous voulions faire quelque chose qui convienne à Ziad, explique Louana Fadel, lui qui nous a offert tant de souvenirs et de moments marquants au fil de nos vies. »

Il ne s’agissait ni de maximiser la billetterie ni de rechercher le profit – le projet, en l’état, n’est d’ailleurs pas rentable. C’est plutôt une affirmation : celle que les régions, les générations et les milieux sociaux ont un droit égal à l’art et à la culture, et que Tripoli doit pouvoir décider elle-même de la manière d’accueillir des événements de cette envergure.


Ziad Rahbani comme passerelle, pas comme monument

Au cœur du concert se trouve le programme Zaki Nassif pour la musique, dont l’implication inscrit l’hommage dans un cadre historique et pédagogique plus large. Le Dr Nabil Nassif, l’un des fondateurs du programme et neveu du compositeur Zaki Nassif, évoque Ziad Rahbani non comme un génie isolé, mais comme une passerelle entre les générations, les styles et les réalités sociales. « Il porte les racines rahbaniennes, explique-t-il, tout en parlant le langage de la guerre, de l’instabilité et de la vie moderne. »

Cette dualité est au cœur de la mission du programme. C’est en 2004, à la suite de la disparition de Zaki Nassif, que le projet de l’AUB a été lancé, avec pour objectif de préserver le patrimoine musical libanais en le présentant sous des formes contemporaines. Le programme englobe de nombreuses activités : constitution d’archives, soutien à la recherche, formation d’ensembles, organisation de concerts. Autant d’initiatives qui supposent que la musique ne soit pas seulement interprétée, mais aussi pleinement comprise – dans ses contextes linguistiques, historiques et culturels. « L’œuvre de Ziad est comme un pont entre le passé et l’avenir : très populaire et en même temps profondément authentique, souligne Nabil Nassif. C’est un don pédagogique rare : une musique qui parle aux jeunes générations sans les couper de leurs racines. »

Pour lui, l’université a une responsabilité qui dépasse la seule formation technique. Chanter en arabe, s’engager dans le dialecte et l’histoire libanaise, n’est pas une contrainte mais un chemin vers la maturité culturelle. Ziad Rahbani, par son sarcasme mordant et son audace mélodique, rend ce chemin à la fois exigeant et irrésistible.


Diriger une beauté inconfortable

Pour le maestro Fady Yaacoub, diriger Ziad Rahbani n’est ni un hommage de routine ni un simple exercice : c’est une confrontation. « Ziad réunit le génie technique et la rébellion artistique », affirme-t-il, évoquant une musique qui semble d’une simplicité trompeuse mais requiert une compréhension fine de l’ironie, du rythme et de la charge émotionnelle. Les compositions de Ziad Rahbani sont déjà orchestrales dans leur esprit, mais en traduire l’âme – notamment le sarcasme et la critique sociale – exige précision et courage.

Le programme traverse délibérément les époques : les débuts de Ziad, ses chansons théâtrales et satiriques, ses moments avec Feyrouz, puis ces « jours dorés » élargis qui englobent Walid Gholmieh et Marcel Khalifé. Des medleys remplacent les tubes isolés, laissant les thèmes dialoguer entre eux, tandis que le chœur – intensivement formé sous la direction de Manal Bou Malhab – transforme des chansons familières en expérience collective. Pour Yaacoub, Ziad offre aux jeunes musiciens quelque chose de rare : une manière d’être moderne sans effacer l’identité, d’habiter le présent tout en conservant intacte la mémoire musicale du Liban.

« El-fann mich mitil el-wardé… El-fann biwajje3 bas bikhallik tfakker. »L’art n’est pas une fleur, laissait entendre un jour Ziad Rahbani ; il fait mal, dérange et oblige à penser. Peu d’artistes libanais ont su incarner cette tension avec autant d’acuité que lui. Le 24 janvier, Tripoli sera le lieu où ce malaise fécond, cette beauté, cette ironie et cette mémoire se rejoindront. Le concert Tribute to Ziad & the Golden Days est moins un rendez-vous nostalgique qu’un moment de mise au point culturelle : une invitation à réécouter le compositeur, dramaturge et musicien disparu le 26 juillet 2025 à l'âge de 69 ans, ensemble, et dans le Nord, au cœur de la Foire internationale Rachid Karamé, dans sa vaste salle couverte.L’événement, organisé par The Curtain en partenariat avec le programme Zaki...
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