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Fièvre persane et thérapies


Encore plus emblématique que le tapis persan est le Grand Bazar de Téhéran. Par-delà ses magasins et échoppes s’étendant sur plus de dix kilomètres, ce pittoresque marché couvert désigne plus largement la communauté du commerce et des affaires, particulièrement sensible donc aux difficultés socio-économiques de l’Iran. Depuis le milieu du siècle dernier c’est là le plus souvent que naît la contestation, aussitôt rejointe par les étudiants, les corporations de métiers et les foules en colère.

Nombreuses sont les amorces du détonateur, comme on le constate depuis dimanche dernier. Au risque de se faire tuer, les Iraniens protestent périodiquement, en vrac, contre la dépréciation sans précédent de la monnaie nationale face au dollar, contre la cherté insensée des produits de première nécessité, la corruption ambiante, les pénuries d’essence et de courant électrique. Or ce n’est plus des réformes que réclament soudain les manifestants mais un changement du système, la chute claire et simple du régime des mollahs. Pour la toute première fois, on entend même lancer des appels au rétablissement du trône impérial.

Pour autant, il serait téméraire d’escompter l’effondrement imminent d’un appareil répressif aussi impitoyablement efficace que celui de la République islamique. En revanche, on ne saurait exclure le rôle d’instigateur qu’auraient pu jouer, dans cette agitation, des services de renseignements étrangers. Célèbre, devenue un cas d’étude et matière à de nombreux ouvrages, est ainsi l’opération Ajax de 1953 par laquelle la CIA et le MI-6 britannique éliminaient – nulle part ailleurs que dans la rue – le Premier ministre Mossadegh, qui avait osé nationaliser l’industrie pétrolière iranienne. Toujours est-il que CIA ou pas, Mossad ou non, Donald Trump ne cache plus sa volonté de voler au secours des insurgés si ceux-ci devaient être tués. Mais, dans l’immédiat du moins, l’objectif de Washington semble être de fragiliser suffisamment l’État iranien pour l’amener à composition. Et c’est précisément là que nous, Libanais, sommes tenus de jouer des coudes pour ne pas faire les frais des bazars régionaux à venir.

Car selon toute probabilité il va bientôt s’agir d’âpres marchandages, de pénibles concessions en échange de compensations plus ou moins satisfaisantes. Outre le nucléaire, un des dossiers capitaux est notoirement la neutralisation des bras armés de l’Iran qu’a multipliés l’Iran en divers lieux du monde arabe, et à leur tête le Hezbollah. Or il n’existe pas trente-six moyens de parvenir à de telles séparations, pour ne pas dire amputations : seul est offert en effet le choix entre la négociation et la force. Entre conseil de famille et bloc opératoire. Entre décapant ménager et douleurs chirurgicales dont Israël s’acharne à montrer échantillon sur échantillon.

Serait-ce trop espérer, à ce propos, que de voir la communauté chiite du Liban, longtemps sacrifiée sur l’autel des ambitions néo-impériales, peser sur l’option que retiendra Téhéran ? Faut-il croire à l’apparition, au sein même des sphères dirigeantes du Hezbollah, de courants pragmatiques penchant pour un désarmement dans l’honneur ? Ce qui est certain est le rôle d’éclaireur, de prudent explorateur et débroussailleur, dévolu (bien qu’il s’en défende) au président de l’Assemblée. Un pied planté dans le camp de la milice et l’autre dans celui du pouvoir, ce dernier ne fait pas toutefois que des contents. Car accuser l’Amérique de chercher à dissocier Berry du Hezbollah, comme le faisait tout récemment Naïm Kassem, n’est-ce pas déjà douter de la fidélité à toute épreuve de l’allié ?

L’année qui débute devrait apporter des réponses à ces questions et à beaucoup d’autres. Encore faut-il qu’elles soient bonnes. Aussi bonnes que ce mot que vous vous êtes usé les doigts à pianoter sur votre téléphone pour les vœux de saison.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Encore plus emblématique que le tapis persan est le Grand Bazar de Téhéran. Par-delà ses magasins et échoppes s’étendant sur plus de dix kilomètres, ce pittoresque marché couvert désigne plus largement la communauté du commerce et des affaires, particulièrement sensible donc aux difficultés socio-économiques de l’Iran. Depuis le milieu du siècle dernier c’est là le plus souvent que naît la contestation, aussitôt rejointe par les étudiants, les corporations de métiers et les foules en colère. Nombreuses sont les amorces du détonateur, comme on le constate depuis dimanche dernier. Au risque de se faire tuer, les Iraniens protestent périodiquement, en vrac, contre la dépréciation sans précédent de la monnaie nationale face au dollar, contre la cherté insensée des produits de première nécessité, la...