Depuis notre plus jeune âge, Noël c’est les cadeaux sous le sapin, les mets délicieux, les réunions familiales, les décorations scintillantes, les crèches, les chants et les prières.
C’est la période de joie et de paix. Mais, au fil des années, on réalise que Noël n’apporte pas la même joie à tous…
Si l’on faisait le tour de la terre à bord d’un drone, que verrions-nous ?
D’abord, dans certains quartiers oubliés, j’apercevrais la veille de Noël des enfants qui pleurent de faim ; des criminels qui commettent des atrocités et qui fuient, pour apaiser leur conscience ; des malades qui gémissent sous le poids accablant de leur souffrance.
Puis, en survolant mon cher Liban, j’apercevrais un peuple dans sa majorité, fatigué, appauvri et trahi ; des jeunes, le regard vide d’espérance, qui ne voient leur avenir qu’au-delà des frontières…
Et, parmi les décombres du port de Beyrouth, trois cents cierges allumés, en hommage aux martyrs, aux blessés et à cette justice… qui tarde à se lever. Ainsi, comment les parents, endeuillés, pourraient-ils vivre la joie de Noël alors que le manque de justice a fait mourir leurs proches mille fois ?
Et là, tout près du tribunal des mineurs j’aperçois un jeune garçon en larmes, qui veille en silence sur le sommeil d’un juge et de son assistante « sociale » sans scrupules. Il ne dort pas, il guette, il espère qu’un jour la conscience de ces êtres s’éveillera. Ce juge l’a arraché à son père, pourtant aimant et irréprochable, non par justice, mais pour obéir à une recommandation aveugle.
Je descends de mon drone, le cœur lourd, je dépose un baiser sur le front tremblant du garçon, pour le consoler et apaiser une douleur que je ne peux guérir. Il lève vers moi des yeux pleins de silence, c’est le regard de l’enfant triste qui a beaucoup pleuré et trop seul… Dans sa main crispée, une feuille froissée. Je l’ouvre doucement, il y a là, écrite en boucle, une seule phrase, comme une prière : « Papa, je t’attends à Noël. » Chaque ligne semble plus douloureuse que la précédente, comme un cri d’amour suspendu au cœur de l’injustice.
Il me désigne le drone d’un geste discret, pour partir à la recherche de son père… Et on démarre…
Soudain, à la lueur des étoiles, il aperçoit, accrochées à la fenêtre d’une maison froide et obscure, ses amies, elles aussi arrachées à leur père, par le même juge à la conscience endormie. Leurs regards s’enlacent, comme s’ils tentent de se transmettre en silence, un peu de courage et d’espoir. Mais, aucun d’eux n’ose prononcer un mot, de peur que l’ombre de leurs mères ne rôde tout près, prête à étouffer jusqu’à leur souffle.
Soudain, les enfants éclatent de joie : ils viennent d’apercevoir leurs pères, debout, dans une petite chapelle, devant le crucifix.
Peut-être ont-ils oublié que c’est Noël, et non pas le vendredi saint ? Ou tout simplement, la force qu’ils puisent auprès du crucifix est plus grande que celle puisée auprès du nouveau-né, même s’il est divin ?
Ils insistent à leur faire un câlin. Mais, les cris de leurs « mères psychotiques » rugissent, soudain, dans l’espace, si forts, qu’ils ferment leurs yeux, de peur qu’elles ne dévoilent la joie de leur cœur, imprimée dans leurs regards.
J’atterris enfin pour les déposer chez eux. Je me dirige vers une petite chapelle pour laisser la lettre des enfants aux pieds du crucifix, où sur un papier rédigé par un adulte, figure la même phrase en boucle : « Papa, je t’attends à Noël. »
Je fixe longuement le crucifix, le souffle court, avant d’éclater en sanglots.
Ces mots répétés simples et poignants, résonnent en moi comme un écho d’innocence brisée.
Dans ce silence, le crucifix semble porter seul le poids de ces attentes, de ces douleurs et de ces injustices…
Alors, j’ai compris que l’essentiel ne se voit qu’avec le cœur, comme le dit si bien le Petit Prince. Et si ce juge avait eu cette clairvoyance et cette sagesse de voir avec le cœur, il aurait rendu un jugement équitable.
Tant que la justice sera aveugle au cœur, elle demeurera sourde à la vérité.
Alors, écoutez bien, certains, qui détenez le pouvoir judiciaire, si ces jugements maudits vous font avancer en grade, par contre, sur le plan humain vous aurez perdu toute dignité et toute votre valeur d’êtres humains.
Le jour viendra où vous serez à votre tour jugés, car il est écrit « À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur ». Alors, les regrets et les grincements des dents ne serviront plus à rien.
Alors, imitez le divin Messie par son humilité. Si vous faites souffrir des innocents, si vous choisissez d’écouter les puissants au lieu des justes, ce n’est pas seulement la loi des hommes que vous trahissez, mais celle de Dieu lui-même.
Ainsi, comme il existe le Noël blanc, il existe aussi le Noël noir. Mais, cette noirceur est plus amère et profonde lorsqu’elle est causée par une injustice de l’homme !
Je conclus sur un ton d’espérance, car cette dernière ne trahit jamais, puisque rien n’est impossible à Dieu.
Mes vœux sincères d’un Noël blanc de paix et de lumière, dans l’attente de jours meilleurs où la justice finira par triompher.
Cynthia HATEM ABI GHANEM
Avocate à la Cour
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