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Nos lecteurs ont la parole

Trois obstacles aux négociations et une issue espérée

Un philosophe français souligne l’importance de la clarté et de la précision dans l’usage des termes, écrivant en substance : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. » Autrement dit, toute ambiguïté dans l’expression n’est que le reflet d’une confusion dans la pensée.

Partant de ce principe, je crains que l’ambiguïté officielle entourant la nature des négociations – directes ou indirectes, militaires ou sécuritaires, ou encore menées par l’intermédiaire d’un médiateur – ne traduise en réalité une hésitation de fond et un manque de vision clairement définie.

Cette confusion est d’autant plus frappante que l’on insiste sur l’intégration d’un représentant civil au sein de l’équipe de négociation, ce qui ne peut que susciter des interrogations légitimes quant aux objectifs réels et aux intentions sous-jacentes de ces pourparlers.

Ce n’est d’ailleurs pas une première. Le Liban a déjà connu des négociations quasi directes avec la participation de civils, depuis l’accord d’armistice, en passant par les négociations de 1982-1983, jusqu’à l’accord sur la délimitation des frontières maritimes.

Si l’on revient aux fondements mêmes de toute négociation, certaines constantes s’imposent. La première est la définition claire de l’objet des négociations et de l’objectif recherché, assortie de la fixation de lignes rouges. Vient ensuite une évaluation rigoureuse des rapports de force, ainsi que de la réalité des alliances, des amis et des adversaires.

Je ne doute nullement des compétences élevées de l’équipe libanaise, composée de militaires, d’experts et de civils, et placée sous la direction de l’ambassadeur chevronné Simon Karam. Toutefois, un doute subsiste quant à la clarté de la vision stratégique relative à ces constantes, tant l’écart est important entre le sujet des négociations tel que présenté par la partie libanaise et ce que la partie israélienne avance ou manœuvre pour imposer.

À la lumière de ce qui précède, on peut identifier trois obstacles majeurs à la réussite de cette phase.

Premièrement, l’absence de consensus national. Face à un ennemi avec lequel on négocie, il est essentiel d’afficher une force intérieure fondée sur l’unité nationale ou, à tout le moins, sur un minimum de cohésion entre les différentes composantes du pays. Or, le Liban continue d’exposer publiquement des divisions internes profondes et verticales, ainsi que des positions contradictoires, ce qui affaiblit considérablement sa capacité de négociation.

Deuxièmement, une lecture insuffisamment réaliste des rapports de force. Une approche rationnelle impose d’analyser la situation militaire à la lumière des revers subis par les forces de la « résistance », et d’évaluer objectivement notre capacité à atteindre nos revendications – lesquelles relèvent pourtant du strict minimum, à savoir la libération du territoire et la restauration de la souveraineté. À cela s’ajoute l’absence de soutien extérieur effectif. Dans ce contexte, le recul du poids géopolitique de la France, dans cette région où l’allié américain impose sa doctrine, constitue une perte majeure pour le Liban, la France ayant longtemps été son principal soutien, rôle que lui reconnaît la communauté internationale.

Troisièmement, l’effondrement économique et financier. La gravité des crises économiques et financières place le Liban dans une position de dépendance vis-à-vis de l’aide internationale, ce qui affaiblit davantage sa capacité de négociation et le rend vulnérable aux pressions extérieures, susceptibles de conditionner tout redressement financier à des concessions politiques.

Malgré tout, l’espoir demeure. Depuis sa création, le Liban est inscrit dans l’ordre international fondé sur les principes du droit international et de la Déclaration universelle des droits de l’homme – un cadre qui demeure la principale protection des petits États et des minorités à travers le monde.

Certes, la scène internationale connaît aujourd’hui des mutations qui favorisent parfois le retour à la loi du plus fort, au détriment de l’éthique du droit international, au profit d’intérêts égoïstes fondés sur la puissance brute. Mais l’histoire démontre qu’aucun accord imposé par la force et fondé sur la contrainte ne saurait être durable.

Dès lors, notre véritable protection réside dans l’attachement au droit international et dans la reconstruction d’une cohésion nationale lucide et responsable, seule à même de traduire une indépendance réelle et de conduire à une souveraineté pleine et entière.

Ancien ministre

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Un philosophe français souligne l’importance de la clarté et de la précision dans l’usage des termes, écrivant en substance : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. » Autrement dit, toute ambiguïté dans l’expression n’est que le reflet d’une confusion dans la pensée.Partant de ce principe, je crains que l’ambiguïté officielle entourant la nature des négociations – directes ou indirectes, militaires ou sécuritaires, ou encore menées par l’intermédiaire d’un médiateur – ne traduise en réalité une hésitation de fond et un manque de vision clairement définie.Cette confusion est d’autant plus frappante que l’on insiste sur l’intégration d’un représentant civil au sein de l’équipe de négociation, ce qui ne peut que susciter des interrogations légitimes quant aux...
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