Quelle gageure, quel défi que de vouloir s’aventurer à aborder le thème de la religion lorsqu’on vit dans un pays qui compte plus de 18 communautés confessionnelles ! Une mosaïque religieuse inédite.
Omniprésent au pays du Cèdre, le cléricalisme se manifeste par l’intégration des communautés religieuses dans la politique et la vie sociale, perpétuant ainsi leur influence dans la société.
Quoi qu’il en soit, et quelles que soient les religions qui jalonnent la planète, elles sont toutes, sans exception, instrumentalisées depuis la nuit des temps !
Ces cultes sont utilisés à des fins détournées.
Par les hommes, cela va sans dire.
Il est certain que c’est l’homme qui a créé la religion. Elle n’a rien à voir avec la foi.
J’ai la foi lorsque je crois en une force qui me dépasse, lorsque ma croyance admet l’existence d’un Dieu, créateur de l’univers, sans accepter ou admettre une quelconque religion. Autrement dit, à mon sens, toute révélation, tout dogme religieux institué n’a rien à voir avec la foi.
Ma foi est également pleine du Christ en tant qu’homme. L’humanité de Jésus étant confirmée par sa naissance, sa vie terrestre et sa mort. Et lorsqu’il vécut sur terre, Jésus établit son Église, la seule véritable Église. La mission propre que le Christ a confiée à son Église n’est pas d’ordre politique.
D’ailleurs, nous ne sommes pas sans savoir que les religions n’ont pas toujours existé. Les sciences humaines nous enseignent que les hommes se sont passés des religions durant la plus longue partie de leur présence sur cette planète ! Aujourd’hui, les anthropologues sont portés à affirmer que cette période sans religion a été l’ère la plus « spirituelle » de l’humanité.
Ils considèrent en effet la spiritualité comme une quête individuelle et subjective, se dissociant des croyances dogmatiques des religions. Les individus se sentent libres de recourir à une exploration personnelle des expériences de vie, des ressentis et des sagesses, ce qui rend la spiritualité plus authentique, plus profonde et non contrainte par des dogmes.
Dans l’histoire de l’humanité, les religions sont donc un phénomène culturel et social relativement récent. Elles ont fait l’objet de recherches universitaires dans les domaines de l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie voire la philosophie. Pas une seule et unique définition n’est reconnue valable pour tout ce qu’il est permis d’appeler religion.
Ainsi, savoir ce qu’est une religion est et restera une question ouverte.
On oppose la religion naturelle à la religion révélée. La première est une croyance basant la foi sur la raison et l’observation du monde, sans s’appuyer sur des textes sacrés ou des révélations divines.
Tandis que la religion révélée serait trop institutionnalisée et sujette à l’autorité politique. Comme c’est le cas pour les trois religions monothéistes.
Notre raison, notre intelligence et l’observation de la grandeur de la nature suffisent à nous faire croire au divin.
Osons le dire : la religion a toujours été et restera, jusqu’à la fin des temps, un outil politique de contrôle social.
C’est dans ce sens qu’elle peut être vue comme ce qu’il y a de contraire à la raison et jugée synonyme de superstition.
Pour ne se référer qu’à la religion chrétienne, on peut critiquer l’Église en tant qu’institution. Sans oublier que l’Église primitive, fondée sur les enseignements originaux du Christ, s’est progressivement divisée au fil des siècles, en différentes Églises qui affirmaient, chacune, détenir la vérité, en enseignant des doctrines contradictoires.
D’où beaucoup de confusion et de querelles au sujet de la religion.
Quoi qu’il en soit, les fidèles n’ont pas besoin d’intermédiaire terrestre pour communiquer avec leur dieu. Historiquement, les religions ont été conçues comme des ordres dans lesquels est recommandé ce qu’il faut faire et ce qu’il faut croire. C’est ainsi que sont apparus des partis religieux s’opposant les uns aux autres, dont les premiers sont le catholique et le protestant.
Oui, la religion et la superstition entretiennent des liens complexes, où les croyances superstitieuses peuvent trouver refuge dans des pratiques religieuses. La superstition répond souvent au besoin de contrôle face à l’incertitude et la peur, mais reste sans fondement rationnel et adhère aux dogmes.
Que font les religions à part nourrir l’intolérance, le fanatisme et la violence ?
Les innombrables pages sombres de l’histoire et de l’époque contemporaine récente témoignent de cette réalité et rappellent la dangerosité des cultes pour nos sociétés.
J’ai grandi en pensant que les fanatiques religieux étaient des gens qui avaient « trop de Dieu » dans leur vie.
En fait, le fanatisme défend une conception intransigeante de la religion, au risque d’une confrontation avec la société environnante. La spiritualité y est dénaturée pour justifier une domination ou l’affirmation d’une supériorité.
Certaines institutions religieuses vont jusqu’à faire l’éloge de la guerre, considérée comme morale, puisque sainte !
Le fanatisme religieux ne vient donc pas d’un excès de Dieu en soi, mais de son absence. Cette révélation m’a frappée lors d’une récente conversation que j’ai eue avec un théologien : « Écoutez attentivement un fanatique quand il parle. Oui, il mentionne Dieu sans cesse. Mais observez ce dont il parle vraiment : les règles, les rituels, les dogmes, l’identité de son groupe. Il parle de tout cela sauf d’une relation vivante avec le dieu qu’il prétend servir. »
Le fanatisme religieux vise à convertir par la force, à asservir, voire à éliminer ceux qui ne croient pas en leur vérité, prétendument d’inspiration divine.
Les fanatiques ont un modus operandi immuable.
Ils font preuve d’un zèle démesuré, excessif et aveugle.
L’une des encycliques de Jean-Paul II – ces textes solennels adressés à l’Église catholique et qui ont valeur d’enseignement – décrit bien les écarts qui se sont creusés entre la foi et la raison depuis le XIXe siècle.
Les religions ont également donné naissance à des dérives, telles la bigoterie et la bondieuserie, voire les sectes.
La bigoterie est une dévotion fourvoyée étroite et excessive, s’attachant obstinément aux détails extérieurs de la religion, quitte à être superstitieuse. D’ailleurs, la bigoterie n’est pas considérée comme faisant partie de la foi au sens positif du terme.
Mais pourquoi serait-on bigot ? Pour la simple raison que la religion peut être perçue comme une réponse à des manques, des faiblesses ou des besoins affectifs et cognitifs, menant à un attachement excessif aux pratiques religieuses.
Les bondieuseries désignent également une dévotion outrée, souvent ostentatoire et extérieure. Il s’agit d’une piété jugée outrancière, un comportement religieux trop démonstratif. Le mot est souvent utilisé de manière péjorative pour critiquer une forme de religiosité jugée exagérée, voire hypocrite.
Oui, je préfère Dieu à la religion.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


Excellent!
09 h 37, le 19 novembre 2025