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Nos lecteurs ont la parole

Le Liban à l’épreuve du regard du pape

Le pape Léon XIV lors d’une audience privée avec le président Joseph Aoun au Vatican, le 13 juin 2025. Mario Tomassetti/Vatican Media/AFP

À l’occasion de la visite du souverain pontife à Beyrouth, une réflexion sur le sens de cette rencontre.

La visite du pape Léon au Liban, prévue pour la fin de ce mois, a été officiellement confirmée. Un événement qui dépasse la simple dimension religieuse pour devenir un moment de vérité, à la fois spirituel et politique, dans un pays en quête de repères et de cohésion.

L’époque actuelle se caractérise par ce que j’avais déjà décrit dans un précédent texte comme un réalisme généralisé – qu’il soit politique, économique ou culturel – en contraste avec le romantisme qui nous habite, nous, Orientaux, et qui accorde à la foi, aux valeurs et aux vertus une place essentielle dans notre lecture du monde.

Dès lors, une question s’impose : quelle est la portée d’une telle visite, menée par le chef d’un État parmi les plus petits de la planète, sans puissance militaire, qui, jadis avait intrigué Staline, mais dont la voix continue d’influencer les consciences et de peser sur les débats mondiaux ? C’est là toute la singularité du Saint-Siège : son autorité n’est pas matérielle, mais morale, et c’est précisément ce qui lui confère sa force et sa légitimité.

Pour le Liban, le choix du pape est particulièrement significatif : c’est son premier déplacement en dehors du Vatican. Ce geste met en lumière le rôle culturel et spirituel du Liban, à un moment où se succèdent les délégations amies venues réitérer les signes d’indifférence internationale à notre égard. Nous savons que ce symbole ne suffira pas à nous protéger, mais il constitue une occasion unique de faire entendre notre voix, défendre nos droits à condition d’atteindre un minimum de consensus national.

Il est significatif dans un monde saturé de menaces et de discours belliqueux de voir un leader mondial venir à nous avec humilité, parlant d’amour, de fraternité, de justice et d’équité, loin des menaces et des avertissements auxquels nous sommes habitués. Son objectif n’est pas de dominer, mais de réconcilier ; non pas d’imposer, mais d’ouvrir une brèche de paix dans une région trop souvent en proie à la division.

Comment accueillir un homme qui a toujours œuvré aux côtés des faibles et des pauvres, et qui – paradoxe saisissant – est un Américain connaissant parfaitement la mentalité des dirigeants du monde et leur langage ?

Nous ne pouvons que rougir de nos querelles intestines, de nos allégeances étrangères, de nos divisions stériles et de nos gestions défaillantes, sources des crises que nous subissons à tous les niveaux. Nous avons honte de notre manque d’amour, face à celui qui en incarne le message.

Mais il nous reste encore la possibilité de montrer quelque chose de notre rôle civilisationnel véritable : celui d’un pays dont la singularité repose sur l’interaction des différences – religieuses, culturelles et sociales – bien au-delà de la simple coexistence. Ce chemin est difficile, semé d’embûches, mais il demeure le seul capable d’assurer la continuité de notre identité et de notre mission civilisationnelle.

Oui, notre démocratie est fragile, parfois incomplète, mais elle reste unique dans la région : la seule à avoir permis, malgré les épreuves, une alternance pacifique du pouvoir, et la seule au monde, fondée sur une gestion paritaire du pouvoir entre chrétiens et musulmans. Oui, nous interagissons avec notre environnement arabe, et notre aspiration demeure de contribuer à la fraternité et au dialogue, dans le respect mutuel et la dignité.

Rien de tout cela n’est étranger au Saint-Père. Mais, fidèles à notre hospitalité orientale, accueillons-le avec ce que nous avons de meilleur, et non en exhibant nos blessures.

Dans les circonstances existentielles que traverse le Liban, puisse cette visite être l’occasion de reprendre souffle, de renouer un minimum de cohésion nationale autour de valeurs fondamentales : souveraineté extérieure et intérieure, unité, respect réciproque et fidélité à notre rôle au sein de notre environnement et de pont entre l’Orient et l’Occident.

Ibrahim HANNA EL-DAHER

Ancien ministre

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

À l’occasion de la visite du souverain pontife à Beyrouth, une réflexion sur le sens de cette rencontre.La visite du pape Léon au Liban, prévue pour la fin de ce mois, a été officiellement confirmée. Un événement qui dépasse la simple dimension religieuse pour devenir un moment de vérité, à la fois spirituel et politique, dans un pays en quête de repères et de cohésion.L’époque actuelle se caractérise par ce que j’avais déjà décrit dans un précédent texte comme un réalisme généralisé – qu’il soit politique, économique ou culturel – en contraste avec le romantisme qui nous habite, nous, Orientaux, et qui accorde à la foi, aux valeurs et aux vertus une place essentielle dans notre lecture du monde.Dès lors, une question s’impose : quelle est la portée d’une telle visite, menée par le...
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