Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea (à gauche), et le président du Parlement, Nabih Berry. Montage à partir de photos de l'AFP et du Parlement libanais
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a jugé « totalement fausse » l'affirmation du président du Parlement, Nabih Berry mardi, selon laquelle le Hezbollah « a respecté dans son intégralité les dispositions de l’accord de cessez-le-feu ».
« Vous dites que la 'résistance' (le Hezbollah, Ndlr) a respecté dans son intégralité les dispositions de l’accord de cessez-le-feu, or cette affirmation est totalement fausse », a d'abord lancé M. Geagea dans un communiqué adressé à M. Berry. « L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, négocié et approuvé à l’époque par votre gouvernement, présidé par Nagib Mikati, stipule de manière claire et explicite, dans la plupart de ses clauses et notamment dans son préambule, la dissolution et le démantèlement de toutes les organisations militaires illégales», explicite Samir Geagea. « Cet accord cite nommément les institutions autorisées à détenir des armes légales dans le pays, à savoir : l’armée libanaise, les Forces de sécurité intérieure (FSI), la Sûreté générale, la Sécurité de l’État, les douanes et la police municipale. Tout le reste est considéré comme armement illégal », note le chef des FL, qui cite le préambule de l'accord.
Le Hezbollah estime, pour sa part, que l'accord ne concerne que le sud du Litani, fleuve situé à une trentaine de kilomètres de la frontière, au niveau de la côte. Nabih Berry, principal allié politique du Hezbollah, avait déclaré que le parti chiite pro-iranien « a totalement respecté les modalités de l'accord de cessez-le-feu », qui prévoit notamment le démantèlement de son arsenal, à commencer par le sud du Litani, une région dans laquelle l'armée libanaise a pu déployer « plus de 9.000 soldats et officiers », selon M. Berry. Samir Geagea juge cette dernière information « correcte, mais incomplète, puisque les combattants du Hezbollah sont toujours présents au sud du Litani ».
Dans son communiqué, le leader chrétien affirme n'avoir « jamais souhaité entrer avec (Nabih Berry) dans une polémique médiatique », mais s'est senti obligé de « mettre les points sur les i » en raison des « circonstances particulières que traverse le pays ».
Le Liban est sous pression pour accélérer le désarmement de la formation pro-iranienne, à l'heure où Israël aurait pris la décision de l'escalade militaire, arguant du fait que le parti chiite a restauré ses capacités militaires et reconstruit sa force.
« Le Hezbollah agit comme une faction dépendante du Corps des gardiens de la révolution islamique »
Le chef des FL a ensuite critiqué la fonction de « résistance » du Hezbollah, mise en avant par Nabih Berry. « Concernant votre étonnement face aux positions de certains acteurs libanais à l’égard de la « résistance », la réalité est que ces positions reflètent la majorité de l’opinion publique libanaise ». Avant d'expliciter : « Car, s’il est vrai que le Hezbollah a pu, à certaines époques très anciennes, jouer un rôle de résistance, il a, en revanche, durant toutes les autres périodes, agi comme une faction dépendante du corps des gardiens de la révolution islamique iranienne, servant les intérêts de l’État iranien, et ce au prix de milliers et de milliers de martyrs libanais, au détriment de l’État et de l’ensemble des Libanais ».
Le Hezbollah a ouvert unilatéralement un « front de soutien » à Gaza et au mouvement islamiste Hamas, le lendemain de l'attaque du 7-Octobre 2023. La guerre qui s'en est ensuivie au Liban a fait plus de 4 000 morts et 16 500 blessés, selon les chiffres officiels libanais. Malgré l'accord de cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses bombardements meurtriers au Liban, tuant plus de 300 personnes, selon notre décompte à partir de données du ministère de la Santé et de l'ONU.
Samir Geagea est également revenu sur les propos de Nabih Berry, selon lesquels les négociations avec Israël, réclamées par Washington et que le président Joseph Aoun estime inévitables, pouvaient se faire via le comité de surveillance du cessez-le-feu (dit le « Mécanisme »), avec la participation éventuelle d'experts « civils ou militaires ». « Vous savez, Monsieur le président (Berry), que cela ne changera rien, ne résoudra rien, au moment même où le Liban s’enfonce toujours davantage dans l’escalade, l’instabilité et la confusion » a-t-il écrit.
Le chef des FL a rappelé, en outre, que la reconstruction des zones détruites par la dernière guerre, au Liban-Sud notamment, instamment demandée par Nabih Berry, qui en fait porter la responsabilité à l'État, est conditionnée par la communauté internationale au désarmement du parti chiite. « La reconstruction requiert deux éléments essentiels : premièrement, la stabilité dans le Sud, et nous en sommes malheureusement très loin ; deuxièmement, la disponibilité des fonds nécessaires, car l’opération de reconstruction exige des milliards et des milliards de dollars, des sommes que le Liban ne possède pas et qu’il ne pourra obtenir que lorsque l’État libanais deviendra un véritable État, détenant seul le monopole des armes et de la décision de guerre et de paix, en actes et non en paroles », a estimé Samir Geagea. La facture définitive des dégâts provoqués par les affrontements entre le Hezbollah et Israël est de 11 milliards de dollars, selon un rapport de la Banque Mondiale publié en mars dernier.
M. Geagea a enfin mentionné la première réunion de haut niveau sur la reconstruction, tenue à Msayleh mardi, visant à « lancer le processus », selon le chef du Législatif : « elle ne saurait, hélas, ni assurer la stabilité dans le Sud ni fournir les fonds nécessaires à la reconstruction » a-t-il conclu. La réunion a été l'occasion pour le tandem chiite Hezbollah-Amal d'insister sur l'inclusion, dans le budget de l'État pour l'exercice 2026, d'une clause pour le financement des chantiers de reconstruction du Sud, sans quoi le Hezbollah et le mouvement Amal de M. Berry refuseront de l'adopter.




Il est temps de separer le pays
11 h 53, le 06 novembre 2025