Une épaisse fumée s'echappant d'un immeuble détruit par une frappe israélienne sur la banlieue-sud de Beyrouth le 21 novembre 2024. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La Banque mondiale a finalisé et publié son rapport définitif sur les dégâts et les pertes subis par le Liban en raison de la guerre qui a opposé Israël au Hezbollah du 8 octobre 2023 jusqu'à la trêve du 27 novembre 2024.
Ce rapport réalisé en coopération avec le gouvernement de Nawaf Salam et celui de Nagib Mikati estime la facture du redressement et de la reconstruction à 11 milliards de dollars à « court et moyen terme », soit un peu moins que les 12 milliards qui avaient circulé lors de cette même réunion. La Banque mondiale décompose ce montant ainsi : 8,4 milliards de dollars en besoins « immédiats » pour la période 2025-2027 et 2,6 milliards supplémentaires à « moyen terme », soit entre 2028 et 2030.
La Banque mondiale évalue la facture totale des dégâts à 6,8 milliards de dollars dans les régions touchées par les bombardements israéliens, pour des pertes économiques qui se chiffrent à 7,2 milliards de dollars. Ces estimations couvrent la période allant du 8 octobre 2023, date du début des affrontements entre les deux belligérants, au 20 décembre 2024.
Ce total de 14 milliards de dollars avait déjà fuité il y a quelques semaines en marge d'une réunion organisée au Grand Sérail sur ce dossier avec une délégation de la Banque mondiale. En termes de méthodologie, les pertes sont calculées sur une période de 26 mois, incluant les 14 mois de guerre et la première année de redressement.
Selon le rapport, Nabatiyé a subi les plus importants dégâts provoqués par les bombardements (3,2 milliards de dollars, soit 47 % du total des dommages estimés), les plus lourdes pertes économiques (2,0 milliards de dollars, soit 28 % du total). Le mohafazat requiert aussi les besoins de financement les plus importants (4,7 milliards de dollars, soit 43 % du total) pour réparer les ravages de la guerre, toujours selon la Banque mondiale. Vient ensuite le mohafazat du Sud, qui représente respectivement 23 %, 23 % et 22 % du total des dégâts, des pertes et des besoins. Le Mont-Liban, qui comprend la banlieues-sud de Beyrouth, a également été considérablement touché, avec 16 % des besoins totaux. Les besoins de Baalbeck-Hermel et de la Békaa représentent respectivement 7 % et 6 % du total.
Les quartiers résidentiels, secteur le plus touché
La Banque mondiale ajuste aussi son estimation du PIB libanais en 2024, tablant désormais sur une contraction de 7,1 % au lieu de 5,7 % lors d'une précédente évaluation publiée en décembre. Sans la guerre, le PIB libanais aurait pu croître de 0,9 %, ajoutent les experts de l’institution.
En ce qui concerne les détails des pertes, les auteurs du rapport ont constaté que le secteur résidentiel a payé le plus lourd tribut, avec 4,6 milliards de dollars de dégâts, principalement dans la banlieue-sud de Beyrouth, la Békaa et le Liban-Sud, soit 67 % du montant total des dommages estimés. Les infrastructures suivent, avec 10 % du total.
Les besoins estimés les plus élevés concernent le secteur du logement, avec 6,3 milliards de dollars (57 % du total), suivi du commerce, de l'industrie et du tourisme, qui nécessitent 1,8 milliard de dollars (17 % du total). Les infrastructures viennent ensuite, avec des besoins combinés de 1 milliard de dollars (9 % du total).
La précédente estimation de l'organisation, publiée en novembre et excluant le dernier mois de guerre, tablait sur une enveloppe de 8,5 milliards de dollars, cumulant les dégâts matériels (3,4 milliards) et les pertes économiques (5,1 milliards).
Le Liban n'a d'autre choix que de compter sur l'aide étrangère pour financer la reconstruction, notamment celle du Fonds monétaire international, ce qui suppose que le gouvernement actuel lance les réformes structurelles qui lui sont demandées, qui prévoient notamment l'assainissement du passif du pays et la restructuration de ses banques.
En février, l'Institut de la finance internationale, qui regroupe plusieurs grands groupes bancaires à travers le monde, a estimé que le Liban pourrait espérer plus de 12,5 milliards de dollars d’aides, dont 4,5 milliards de dollars du Conseil de coopération du Golfe, si la nouvelle administration, née dans le sillage de l’élection de Joseph Aoun le 9 janvier, réussissait là où les précédentes ont échoué.




De grâce ne mettez point ces chiffres en livres libanaises
15 h 08, le 08 mars 2025