Sary et Ayad Khalifé en concert dans le cadre des Musicales de Baabdate. Photo Léon Markarian
Les frères Khalifé (Ayad et Sary) sont certainement de grands musiciens et interprètes. Ils l’ont démontré lors de leur récital violoncelle-piano, le samedi 25 octobre 2025, dans le cadre des Musicales de Baabdate – en collaboration avec Mon Liban d'Azur – avec des compositeurs comme Boghos Gélalian, Camille Saint-Saëns, Gabriel Fauré, Edvard Grieg, ainsi que Sary et Ayad Khalifé.
La Sonate brève pour violoncelle et piano de Boghos Gélalian est une œuvre courte, dense et hautement expressive, surtout en son andante. Le langage en est emblématique, alliant une modernité occidentale (Debussy et Ravel) à des racines orientales.
Elle demande une interprétation intellectuelle et intérieure, nourrie d’une grande écoute mutuelle entre le violoncelliste et le pianiste. Gélalian fut un compositeur profondément humaniste et méditatif. Élève de Bertrand Robillard, qui jouait aux grandes orgues de l’Université Saint-Joseph, il fut influencé par Bartók, Prokofiev, Honegger et Khachaturian, mais aussi par les modes du Proche-Orient. Leur interprétation était tendue, incisive, architecturée.

Ayad était au piano et Sary au violoncelle. Le piano était percussif sans pour autant dominer le violoncelle. Le silence compte dans l’écriture de Boghos Gélalian : laisser résonner l’espace comme dans une église arménienne. Nos interprètes ont laissé la musique de Gélalian respirer dans l’espace. Extrait du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, Le Cygne, œuvre pour violoncelle et deux pianos ou orchestre de chambre, Sary chantait langoureusement et d’une façon pathétique sur l’harmonie vaporeuse de son frère. Une « noble bêtise », selon le musicien, rendue célèbre par le ballet La Mort du cygne, chorégraphié par Michel Fokine et créé en 1905 par Anna Pavlova.
La Sicilienne de Fauré, extraite de sa musique de scène Pelléas et Mélisande, est devenue l’un de ses morceaux les plus populaires. Dans la transcription pour violoncelle et piano, les deux frères ont su en rendre la fraîcheur mélodique.
La pièce essentielle était la Sonate pour violoncelle et piano en la mineur d’Edvard Grieg, où s’accomplit au mieux la fusion du folklorisme et des grandes formes classiques. C’est une œuvre splendide dont la puissance et la gravité se multiplient par une construction quasi monumentale.
L’ensemble est d’un accent viril et passionné, si frappant qu’on s’étonne qu’une page aussi directe et bien sonnante soit négligée par les interprètes et soit restée presque inconnue. Les deux frères sont exemplaires d’aisance, de couleur et d’expressivité. Mais pourquoi l’avoir amputé de son mouvement lent, l’Andante molto ? Mystère. Andante molto tranquillo, quel dommage, mystère.
Les frères Khalifé ont conclu leur récital par deux œuvres de leur composition, commandes spéciales du festival des Musicales du Liban : Prière et Danse levantine. Deux œuvres à la croisée du classique, du jazz et de la musique arabe contemporaine, mais aussi un mélange de Bach, Debussy et du maqâm. C’était un très beau dialogue entre l’Orient et l’Occident, entre violoncelle et piano. Leur interprétation évoquait parfois la mélodie improvisée du Levant.



Excellent article… Bravo aux frères Khalifé! Comment peut-on écouter leur composition prière et sonates levantines?
22 h 13, le 26 octobre 2025